Interdiction des trottinettes électriques en libre-service à Prague, décision diversement appréciée

À compter du 1er janvier prochain, la ville de Prague mettra en place un nouveau système de réglementation des moyens de transport individuels partagés, qui prévoit notamment l’interdiction de stationnement des trottinettes électriques en libre-service. L’objectif est clair : bannir du centre-ville des véhicules jugés trop envahissants et dangereux.

La mesure, qui ne concernera pas les vélos, dont le stationnement restera autorisé à des emplacements prévus à cet effet, a été approuvée  par le conseil municipal, lundi 20 octobre. Comme d’autres grandes villes en Europe, dont Paris notamment, et comme cela avait été le cas pour les segways il y a quelques années, Prague veut donc faire disparaître les trottinettes électriques de son paysage, jugeant, comme le confirme le conseiller Adam Zábranský, membre du Parti des Pirates, qu’elles ne contribuent pas comme souhaité au développement de la micro-mobilité dans la capitale :

Adam Zábranský | Photo: Vojtěch Havlík,  Le maire de Prague/Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0 DEED

« Les trottinettes électriques en libre-service ne seront pas intégrées dans ce nouveau système. Nous sommes majoritairement d’accord sur le fait que leur utilisation à Prague ne contribue pas beaucoup à la mobilité ni à quoi que ce soit d’autre. Les entreprises qui seront intégrées au système, c’est-à-dire celles qui exploitent des vélos ou des vélos électriques en libre-service, signeront des contrats avec le service de la ville chargé des transports, qui comprendront certains droits et obligations. »

Concrètement, les opérateurs de vélos en libre-service seront tenus de passer un accord avec le service de la municipalité chargé de la gestion des transports et des voies de communication. Selon cette nouvelle réglementation, les vélos ne pourront alors plus être garés qu’à des emplacements spécialement prévus à cet effet. Elle permettra aussi à la ville de toucher une commission sur l’utilisation des véhicules (25 couronnes, soit 1 euro, par mois pour chaque vélo utilisé sur les places de stationnement) tout en en contrôlant leur nombre dans chaque zone de stationnement autorisé.

Photo: Lenka Žižková,  Radio Prague Int.

Comme Alena, dame d’une cinquantaine d’années qui se déplace dans le centre-ville essentiellement à pied ou en empruntant les transports en commun, et qui regrette que « la plupart des gens ne respectent pas les règles », cela fait déjà un certain temps que certains habitants du centre de Prague se plaignent de ces trottinettes en libre-service. Ils estiment tout à la fois que leur stationnement « sauvage » dans les rues entrave la circulation et que leurs utilisateurs, majoritairement des touristes, mettent en danger les piétons en roulant sur les trottoirs ou en enfreignant le code de la route.

Selon le document adopté, la ville souhaite encourager la mobilité partagée, mais les trottinettes électriques sont le plus souvent utilisées non pas comme moyen de transport, mais plutôt de divertissement dans des lieux inadaptés à ce type de déplacement, tels que les parcs et jardins publics ou les trottoirs. Cette interdiction ne concernera toutefois pas les trottinettes personnelles des habitants de Prague, qui pourront donc continuer à circuler.

Photo: Tomáš Kemr,  ČRo

De leur côté, les sociétés qui, jusqu’à présent, exploitent trottinettes et vélos en libre-service à Prague, comme Lime et Bolt, ont réagi différemment à l’annonce de cette décision, « regrettable » selon eux. Si le directeur de Lime a indiqué que la société entendait se concentrer désormais sur son offre de vélos, celle de Bolt, en revanche, envisagerait d’abandonner ses services de micro-mobilité dans la capitale tchèque.

Dans les médias également, l’annonce de l’interdiction a été diversement appréciée, certaines voix regrettant que dans une ville dont les rues sont devenues essentiellement un immense parking où la voiture est reine, « un dialogue plus constructif », comme dans d’autres capitales européennes, ne puisse pas être mené avec les opérateurs de micro-mobilité et que des aménagements ne soient pas entrepris pour permettre une circulation moins problématique de ces trottinettes.