Jan Sibik et les femmes de Kibera

Photo: Jan Sibik
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La Galerie Louvre, sur l'Avenue nationale de Prague, présente jusqu'au 23 juin prochain une exposition du photographe de presse Jan Sibik, sur les femmes de Kibera, au Kenya. Jan Sibik, qui travaille, entre autres, pour l'hebdomadaire d'actualité Reflex, a déjà reçu plusieurs prix pour ses photos, dont la troisième place au concours de la World Press Photo en 2004. Il s'est spécialisé depuis de nombreuses années sur les conflits et les drames humanitaires. Nous l'avons rencontré lors du vernissage de sa nouvelle exposition.

C'est en janvier dernier que Jan Sibik s'est rendu à Kibera, un quartier de la capitale kenyane Nairobi, considéré aujourd'hui comme le plus grand bidonville d'Afrique. Jan Sibik nous explique sa démarche et l'objectif de cette exposition:

« Là-bas vivent 900 000 personnes qui végètent et qui s'appauvrissent parce qu'ils sont abrités simplement dans des tôles, du papier, ou du contre-plaqué. Quand je suis allé en Afrique, je me suis rendu compte que la majorité de ceux qui sont séropositifs et qui ont le Sida sont des prostituées. J'ai compris par la suite qu'elles ne sont pas prostituées volontairement. Elles ont des enfants, elles avaient des maris qui se sont très mal comportés avec elles, de façon très brutale. Souvent, ils ont violé ces enfants. Souvent ils ont abandonné ces femmes. Ces gens dans ces bidonvilles sont extrêmement pauvres. Et pour faire vivre ces enfants, le seul moyen que ces femmes ont trouvé est la prostitution. Mais pour du sexe elles gagnent peut-être un demi dollar ou un dollar. Parfois les clients ne paient même pas. Et ces femmes se retrouvent contaminées, et maintenant, elles meurent. Et il y a tout le temps de nouvelles prostituées parce qu'il y a toujours de nouvelles familles abandonnées par les maris et ces femmes doivent faire vivre leurs enfants. Les femmes qui sont contaminées mais qui peuvent encore se déplacer s'occupent des femmes qui sont alitées. Et c'est cela que j'ai photographié. C'était vraiment affreux, effroyable et effroyablement triste, déprimant. C'est pourquoi nous avons décidé de faire une action humanitaire "For Africa". On va essayer de collecter de l'argent pour ces enfants. Donc on va acheter des uniformes ou de la nourriture, enfin ces choses élémentaires que nous avons ici. Là-bas, évidemment, c'est différent. Le problème c'est que l'Afrique n'intéresse personne. Chacun dit que l'Afrique est loin. C'est pour ça qu'il faut médiatiser la question. La fondation ProAfrica a ouvert un compte spécial sur lequel les gens peuvent envoyer de l'argent. La deuxième chose est qu'il y a ici une petite caisse où l'on peut donner de l'argent. Et le troisième moyen sont ces petites étoffes qui viennent du Kenya et qui sont à vendre. »

La dureté des photos contraste fortement avec la fastueuse Galerie Louvre, qui sert de cadre à l'exposition. En effet, les clichés concernent des femmes malades du Sida en phase terminale, et les conditions dans lesquelles ont été pris ces clichés peuvent paraître assez dérangeantes. Le but de Sibik est donc de récolter des fonds pour aider ces populations, en espérant que les moyens mis en oeuvre à cet effet soient suffisants.

www.forafrica.cz