Jo Corbeau, entre Marseille et Prague : une rencontre musicale et humaine

Jo Corbeau

Douze ans après un premier concert intitulé « Marseille envahit Prague », Jo Corbeau, sous son vrai nom Georges Ohannessian, était récemment de retour dans la capitale tchèque avec un projet d’envergure : un clip tourné à Prague, en collaboration avec des producteurs et artistes locaux. Cette création raconte avant tout une histoire de rencontres, tissées entre Marseille et Prague.

De la fanfare de rue au reggae méditerranéen

Jo Corbeau n’a pas toujours baigné dans le reggae. À 15-16 ans, il fait ses débuts dans un groupe de rock. Après des études aux Beaux-Arts de Paris, il cofonde une fanfare de rue, avant de participer à l’élaboration du tout premier opéra rock français, La Malédiction des Rockeurs, signé chez Barclay en 1973. On l’écoute :

« On a monté un groupe de rock… En réalité, le groupe existait déjà, mais je suis venu le rejoindre, alors qu’on cherchait un chanteur. Dans les années 1960, j’étais plein de rock dans la tête. De Marseille, je suis parti aux Beaux-Arts de Paris, avec toute une équipe de Marseillais. Et c’est là qu’on a créé une fanfare qui jouait dans la rue et qui faisait des spectacles. »

Dans les années 1980, il crée son premier groupe de reggae, Rock Reggae Méditerranéen, mêlant ses racines musicales à son amour naissant pour le reggae. À Paris, ses compositions étonnent les musiciens antillais établis, impressionnés par son authenticité et son approche instinctive.

« Le reggae me ramenait à quelque chose d’essentiel. Et c’est là que j’ai monté mon premier groupe de reggae en 1980 ; il s’appelait Jasaritarius, mais comme j’avais mes racines marseillaises, j’ai appelé ça le rock reggae méditerranéen. »

Le reggae, pour Jo, c’est un langage universel qui fait écho à toutes ses influences : rock, blues, jazz, musique indienne et balinaise.

« Un jour j’ai découvert le reggae », raconte-t-il. « Une amie m’a emmené voir un chanteur que je ne connaissais pas du tout : c’était Bob Marley. Et ça m’a complètement bouleversé. J’ai commencé à écouter cette musique, et j’avais l’impression que c’était ce que j’attendais depuis toujours. »

Prague, une renaissance créative

C’est à Prague aujourd’hui que Jo Corbeau retrouve cette énergie créative qu’il a connue à Marseille dans les années 1980 : celle d'un espace où tout semble possible. Il est particulièrement frappé par la qualité de la scène musicale tchèque :

« J’ai un peu l’impression d’être comme quand je suis revenu à Marseille au début des années 1980 où tout semblait possible et où tout a été possible. Ici, à Prague, c’est pareil. Sur la scène tchèque, ce ne sont pas des amateurs, c’est un sacré niveau. Le plus étonnant, c’est la langue. Ce flow, je le ressens presque comme une langue latine. Et c’est une langue qui coule, parfois, comme l’italien. »

Attaché aux symboles et aux atmosphères, il rend hommage à Prague dans un clip tourné en noir et blanc, près du couvent Sainte-Agnès, dans le quartier historique de Josefov. À contre-courant des clips reggae traditionnels, souvent très colorés, il a choisi l’esthétique sobre et intemporelle de la Vieille-Ville. Prague, il y revient régulièrement. Il y chante, il y enregistre, et surtout, il y respire.

Ce tournage est aussi l’occasion pour Jo Corbeau d’évoquer son attachement pour la capitale tchèque. C'est dans ce contexte qu’il a rencontré Boldrik, producteur et figure de la scène reggae/dub tchèque. Il a tissé des liens solides avec la scène reggae locale. Parmi ses rencontres majeures : Cocoman – aussi connu sous le nom de Cocojammin ; le collectif MessenJah ; les producteurs Boldrik, Docta Carry ; ou encore le groupe Urban Robot. Ensemble, ils créent, jouent, enregistrent.

Une histoire de racines

Au-delà de la musique, Jo Corbeau porte en lui une histoire personnelle marquée par les tragédies du XXe siècle. Ses parents ont survécu au génocide des Arméniens avant de reconstruire leur vie à Marseille, en travaillant dans les usines et ports.

Pour Jo, la musique est à la fois poésie et thérapie. Il soigne ses textes, partant d’une idée forte pour construire chaque morceau.

« Je vois un peu la musique comme une thérapie et la poésie aussi, du coup », explique-t-il.

À Prague, il a retrouvé cette liberté créative, ce goût pour l’authenticité et la rencontre, dans un environnement urbain qu’il décrit avec affection. Entre Marseille et Prague, entre mémoire et création, Jo Corbeau poursuit son voyage musical. Avec toujours en lui, cette envie de chanter, de transmettre, et d’espérer.

Auteur: Lisa Hecq
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