La famille tchèque a changé
Nous n'en parlons pas souvent, et pourtant c'est elle qui forme la base de la société : la famille. Au début du troisième millénaire, après les changements intervenus sur la fin du 20e siècle, la famille tchèque a-t-elle, elle aussi, changé ? Comment cette famille tchèque se présente-t-elle, en 2003 ? C'est le sujet de notre rubrique consacrée à la vie de chaque jour des citoyens d'un petit pays au coeur de l'Europe.
Selon les sociologues, comme par exemple Milan Tucek, de l'Institut de sociologie de l'Académie des sciences, la famille tchèque ne vit pas une grave crise, comme certains voudraient le laisser entendre. D'un autre côté, il admet que les différences de niveau de vie des familles tchèques se sont approfondies, depuis la chute du communisme, en 1989. Il faut dire que la famille tchèque fonctionne, pourtant, de la même manière. La réalité actuelle, la baisse du nombre de mariages et de la natalité ne sont pas des nouveautés non plus. Cela a commencé, bien avant 1989, pour se développer d'une manière extraordinaire et inattendue, après la Révolution de velours. Le véritable changement réside dans le niveau de vie très différent des familles tchèques. Le retour de la démocratie a apporté de nouvelles possibilités : le libre choix de la profession, le droit à l'entreprise privée. La société sous le communisme était nivelée, uniforme, les différences de revenus étant minimes. De nos jours, certains Tchèques gagnent beaucoup, d'autres moins. Le Tchèque moyen doit de nouveau prendre toutes ses responsabilités, surtout quand il se lance dans l'entreprise.
La famille, ce sont les parents et les enfants, en premier lieu. Au temps du communisme, la grande majorité des enfants tchèques fréquentaient les crêches et les écoles maternelles, avant la scolarité obligatoire à l'âge de six ans. La raison ? La plus grande partie des mères étaient obligées de s'employer, en dehors des congés de maternité, naturellement. Le communisme n'avait pas institué le droit au travail seulement, mais le devoir de travailler. Ceux qui ne travaillaient pas étaient des parasites... Cela avait conduit à la situation dans laquelle l'Etat totalitaire était responsable de l'éducation des enfants en bas-âge, avant leur scolarité. De nos jours, les parents ont repris, très souvent, leur rôle de premier éducateur.
Le changement de régime a, naturellement, entraîné des changements économiques. Sur le marché du travail, il existe une concurrence féroce, le taux de chômage, en dehors de Prague, est très élevé dans certaines régions. Les Tchèques ne sont plus de simples employés d'un régime qui leur garantissait le travail, quel qu'il soit. Ils doivent travailler plus, être consciencieux, responsables. En fait, ils ne sont plus des robots. Cette nouvelle situation s'est, bien sûr, répercutée sur la condition de la famille, sa création même. C'est dans les nouvelles conditions économiques, en premier lieu, que, selon les spécialistes en sociologie, on doit rechercher les raisons de la baisse de la natalité ou du nombre de mariages. Les jeunes mariés remettent, souvent, à plus tard la naissance de leur premier enfant. Derrière cette réalité se cache un changement dans la perception et l'évaluation des valeurs. Le mode de vie a, lui aussi, changé. Un grand nombre de Tchèques donnent la priorité à d'autres valeurs que celles représentées par l'éducation d'un enfant : formation approfondie, réalisation professionnelle, acquisition d'un bon logement ou d'une maison, riche vie culturelle ou même voyages à l'étranger. Tout cela demande des moyens financiers, et il est donc logique que les deux époux préfèrent travailler à plein temps, ce qui ne serait pas possible pendant un certain temps, après la naissance d'un premier enfant. On assiste, aussi, à un changement des idées données sur la famille, en premier sur la condition de la femme, en Tchéquie. Les générations plus âgées donnaient et donnent encore la priorité à la femme au foyer. La jeune génération, elle, abandonne, peu à peu, cette conception. La carrière d'une jeune femme est considérée comme tout aussi importante que l'éducation des enfants. Il existe, d'ailleurs, un grand nombre de femmes-patronnes qui ont fait leurs preuves et sont des plus respectées dans la société. On assiste à un petit paradoxe : alors que le nombre des divorces est en hausse constante, l'augmentation du nombre de couples qui vivent sans être mariés pourrait signifier sa baisse. En effet, ces couples n'étant enregistrés nulle part, quand ils se séparent, personne n'en prend acte.Les conditions économiques mentionnées plus haut conduisent au fait que les Tchèques, en général, ne forment pas de familles nombreuses, de nos jours. Le plus souvent, les familles ont un enfant, au plus deux. Les familles roms sont l'exception, car elles sont souvent très nombreuses. Cela n'est pas dû, comme certains le pensent, aux allocations familliales ou autres prestations sociales. Chez les Rom, avoir beaucoup d'enfants découle de leur mentalité, de la tradition. Naturellement, le côté économique joue aussi un rôle assez important, quand même. Un phénomène à noter, encore : les familles tchèques n'ont que rarement des bonnes, des femmes de ménage, des précepteurs. La raison ? Treize ans seulement après la chute du communisme, elles ne sont pas, en général, assez fortunées.
Quelles sont donc les caractéristiques de la famille d'un Tchèque moyen ? Dans la grande majorité, elle compte deux enfants. 21 % des premiers enfants naissent encore avant le mariage. Les deux tiers des familles tchèques vivent dans leur propre appartement ou leur maison. Environ 24 % possèdent une maison de campagne. Pour l'électroménager, à noter une télévision couleur dans 96 % des foyers, une machine à laver automatique dans 88 %, un magnétoscope dans 55 % et un ordinateur dans 24 % des foyers. Le tiers des familles tchèques pensent qu'elles sont pauvres. 5 % seulement des familles vont régulièrement à l'église. Question revenus : 250 euros mensuels par membre. Seulement 15 % des familles ont des économies de plus de 4000 euros. Les Tchèques sont de gros lecteurs : 52 % des familles possèdent une bibliothèque comptant plus de 100 volumes. Le plus important pour la famille tchèque ? Une bonne santé et avoir des enfants sains. Ce ne sont que quelques données, choisies un peu au hasard, mais elles nous offrent, quand même, une image assez précise de la famille tchèque. Son avenir ? Plus indépendant, moins lié aux proches, grands-parents, tantes et oncles... Une conséquence, entre autres, de la libre circulation des personnes, de la migration à la recherche d'un emploi, aussi bien en Tchéquie qu'à l'étranger, après l'entrée du pays dans l'Union européenne, en 2004.




