La radicalisation des mineurs au cœur des préoccupations des autorités tchèques
Le rapport sur l’extrémisme du ministère de l’Intérieur tchèque pour l’année 2024 tire la sonnette d’alarme sur la radicalisation des mineurs et des adolescents, pour qui le recours à la violence comme moyen d’expression ne serait plus un tabou.
Le 12 novembre dernier, une adolescente originaire de Moravie du Sud était condamnée à deux ans de prison pour avoir justifié la fusillade de l’Université Charles de décembre 2023, lorsqu’un étudiant avait tué 14 personnes et blessé 25 autres. Le verdict du tribunal d’Olomouc a également pris en compte les résultats de l’enquête menée sur cette adolescente qui a été reconnue coupable d’avoir préparé elle aussi l’assassinat de trois de ses camarades de classe.
Ce cas extrême et particulièrement marquant ne doit pas cacher, selon les autorités tchèques, une tendance de fond observée dans la société : le rapport sur l’extrémisme de 2024, qui met tout particulièrement l’accent sur la violence chez les jeunes et adolescents, évoque une radicalisation individuelle des mineurs, sans nécessairement d’assise idéologique, avec l’environnement virtuel, en ligne, comme terreau fertile.
Actuellement, la police tchèque dit intervenir dix fois par semaine en raison de violences signalées à l’école. Cette hausse notable des violences – pas spécifique à la Tchéquie, d’ailleurs – est confirmée par Barbora Vegrichtová, membre de la Société tchèque de criminologie :
« Je dirais qu’il ne s’agit pas d’une tendance tout à fait nouvelle. Elle a débuté lors de la pandémie de Covid-19, quand la plupart des interactions sociales et pédagogiques se sont déplacées en ligne – ce qui a principalement touché les mineurs et les adolescents. On en voit bien entendu beaucoup plus les conséquences aujourd’hui. La fusillade de l’Université Charles a également marqué un tournant, car il s’agit d’un dangereux précédent. Dans une certaine mesure, cet événement s’apparente à une sorte de déclencheur pour ceux qui voudraient l’imiter, le copier ou s’en inspirer… »
Cette tendance à la hausse est confirmée également par Lenka Bradáčová nommée récemment procureure générale et qui a fait de la criminalité des mineurs une de ses priorités. Selon elle, les statistiques à long terme montrent bien que le types de crimes les plus graves chez les jeunes n’a cessé d’augmenter.
A titre d’exemple les statistiques de la police montrent qu’en 2021, 458 crimes violents ont été commis par des mineurs âgés de 15 à 17 ans, tandis qu’en 2024, leur nombre s’élevait à 707. Pour les enfants de moins de 14 ans, on en comptait 237 il y a quatre ans, un nombre qui, trois ans plus tard, était de 427. Pour les homicides, il y a une augmentation plus faible, l’année dernière, six ont été commis par des jeunes mineurs, quatre par des enfants.
De la radicalisation en ligne au passage à l’acte, il n’y a parfois qu’un pas qui se manifeste le plus souvent dans l’espace de sociabilité principal des mineurs : l’école, comme le souligne Barbora Vegrichtová :
« Tout à fait. Je peux confirmer que de nombreuses écoles sont confrontées à des élèves à problèmes ou à des élèves qui se comportent déjà de manière violente ou agressive. Souvenons-nous du cas de cette école de Bohême du Sud à Rudolfov, où un élève mineur avait apporté une arme à feu légalement détenue par sa famille. Bien entendu, cette tendance ne se manifeste pas uniquement dans l’espace virtuel, mais il convient de noter que l’environnement en ligne est une source d'inspiration et qu’il est malheureusement possible d’y trouver divers manuels, guides ou instructions sur la manière de commettre de tels actes de violence. »
Les jeunes de moins de 15 ans ne peuvent pas faire l’objet de poursuites. Toutefois, lorsqu’ils commettent un délit, le ministère public prend des mesures. Dans les tribunaux civils, les procureurs, avec la participation des parents des enfants, proposent notamment diverses mesures éducatives pour éviter la récidive. Mais la nouvelle procureure générale s’est donné pour objectif de déterminer l’efficacité de ces procédures alternatives à la prison.
Du côté des autorités tchèques, à tous les niveaux concernés, on prend ce phénomène de radicalisation très au sérieux, comme l’explique Barbora Vegrichtová :
« Ce phénomène fait déjà l’objet de travaux, et le ministère de l’Intérieur tout comme les responsables de la sécurité en sont bien conscients, mais aussi, bien sûr, le ministère de l’Education. Avant tout, nous devons améliorer la communication, l’interaction entre les élèves et les enseignants et, bien sûr, il faut une coopération plus intensive avec les familles, ce qui est compliqué ces derniers temps, comme le confirment les enseignants. Il est donc important de nommer ces choses, de ne pas sous-estimer le fait que l’enfant souffre d’un problème. Dans certains cas, il peut s’agir d’un appel à l’aide. Il est important de pouvoir détecter rapidement que quelque chose ne va pas, qu’il s’agisse d’un processus de radicalisation ou que l’enfant se mette à avoir une fascination pour la violence. »
Pour certains experts, cette réalité est à mettre en parallèle avec les études alarmantes concernant la santé mentale des jeunes, également en lien avec les périodes de confinement durant la pandémie : en 2023, une étude de l’Institut national de la santé mentale estimait que jusqu’à 40 % des élèves en neuvième année de l’enseignement primaire en Tchéquie (l’équivalent des classes de 3e au collège en France) présentaient des signes de dépression modérée à sévère, et 30 % des signes d’anxiété.







