Le château de Děčín : la « grande descente » et le piano sur lequel jouait Chopin

Děčín, foto: Archiv Radia Praha

Direction aujourd’hui le château de Děčín, l’un des plus imposants et des plus visités de la région d’Ústí nad Labem, dans le nord de la Bohême. Une voie baroque longue de 300 mètres baptisée la « grande descente » conduit jusqu’aux portes du château érigé sur un promontoire qui dévoile toute la vallée de l’Elbe à la frontière avec l’Allemagne. Autre curiosité à l’intérieur du château : le piano sur lequel jouait Frédéric Chopin qui a composé ici sa valse connue en République tchèque sous le nom de « Valse de Děčín ». Propriété pendant 300 ans de la famille Thun-Hohenstein qui l’a revendu en 1932 à l’Etat tchécoslovaque, le château a servi pendant près de 60 ans de caserne pour les armées tchécoslovaque, allemande puis soviétique. Depuis 1991, la ville de Děčín poursuit une importante reconstruction grâce à laquelle le château retrouve peu à peu sa beauté d’antan.

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
Le château de Děčín a failli être détruit, après avoir été transformé en caserne, d’abord pour les gardes-frontière, ensuite, pendant la Deuxième Guerre mondiale, pour les officiers de la Wehrmacht, et après 1945 à nouveau pour l’armée tchécoslovaque. Après 1968, il a été occupé par l’armée soviétique qui n’a quitté les lieux qu’en 1991. Aucun mobilier d’origine de l’époque des Thun et antérieure n’a été conservé, tout a été pillé. Notre guide Barbora Altnerová commence la visite par un peu d’histoire du site qui remonte au Xe siècle :

« Là où se dresse aujourd’hui le château de style baroque et classiciste se trouvait, dès 992, un lieu fortifié qui a servi de centre administratif de la province de Děčín et de station de la route du sel transporté de Saxe en Bohême par l’Elbe. Le château fort médiéval édifié à cet emplacement au XIIIe siècle a été remanié, trois siècles plus tard, par les seigneurs de Bünau, en un château Renaissance. »

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
En 1628, les seigneurs de Bünau ont été contraints de quitter la Bohême en raison de leur foi et le château est devenu propriété de la famille Thun-Hohenstein, originaire du Tyrol du Sud :

« La famille Thun a été propriétaire du château de Děčín jusqu’en 1932 où pour des raisons financières elle l’a vendu à l’Etat tchèque. Grâce à cette famille, le château a subi deux remaniements importants : lors de la première étape qui s’est déroulée à la fin du XVIIe siècle a vu le jour le jardin de roses avec une gloriette du haut de laquelle s’ouvre la plus belle vue sur le port fluvial de l’Elbe. A cette même époque a été bâtie la voie d’accès : longue de 292 mètres et large de 10 mètres, la voie baptisée la ‘grande descente’ n’était pas qu’un accès majestueux. En même temps, son rôle était de protéger le château. »

Château de Děčín, photo: Jan Zejda, ČRo
Le château doit beaucoup au XVIIIe siècle où il a reçu une nouvelle façade ainsi qu’une tour d’horloge. Depuis 1991 se poursuit la remise en état des parties endommagées par la présence des armées. L’aile sud tombée en ruines permet de se faire une idée de l’apparence du château après le départ des soldats soviétiques. En revanche, trois ailes sont déjà rénovées : l’aile orientale qui accueille les expositions du musée de Děčín, l’aile nord qui est le siège des archives régionales et l’aile ouest qui propose un circuit de visites à travers les grandes salles du château. Barbora Altnerová :

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
« Nous sommes entrés dans le salon de thé. Ce qui attire le plus le regard, ce sont les tableaux. Le salon est rempli de portraits des personnalités célèbres de la famille Thun : Friedrich, diplomate et ambassadeur à Saint-Pétersbourg et à Munich, Léopold Thun, ministre de l’Education, ou Franz Thun, deux fois gouverneur de Bohême qui occupa brièvement le poste de ministre-président d’Autriche. »

Les tableaux exposés sont tous des originaux. Ils ont été préservés grâce à la clairvoyance des comtes Thun qui, en quittant Děčín, les ont transférés au château voisin de Jílové. Un objet toutefois n’a pas été déménagé : installé dans le salon musical, il est une belle surprise pour les visiteurs :

Frédéric Chopin
« C’est le piano sur lequel jouait le compositeur Frédéric Chopin lors de ses séjours au château de Děčín. Un lien étroit liait Chopin à la famille Thun. Il a appris le piano à tous les enfants du comte François-Antoine. Pour l’une de ses filles, la jeune comtesse Joséphine, Chopin a même composé sa célèbre Grande Valse brillante en la bémol majeur, op. 34 n° 1, appelée ‘Valse de Děčín’. »

D’autres personnalités comme le peintre Josef Mánes ou le romancier écossais Walter Scott ont aussi séjourné au château de Děčín. Nous continuons notre visite, en passant tour à tour par les salles du château : dans le cabinet de travail des Thun, nous nous arrêtons devant les portraits de François-Antoine qui a fondé à Děčín un établissement d’enseignement agricole, et de Maxmilian Thun qui a fait construire les écuries du château. Certains tableaux représentent des événements historiques, comme celui daté de 1851 sur lequel on voit la mise en service de la première ligne de chemin de fer du nord qui continuait de Děčín vers Dresde. Des photos datées de 1901 revèlent l’aménagement intérieur des salles qui ne s’est hélas pas conservé. La majeure partie des meubles exposés a été empruntée au château de Sychrov. La plus belle et la plus précieuse des salles du château de Děčín est celle surnommée la salle bleue explique Barbora Altnerová :

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
« Nous voici dans la salle bleue qui doit son nom aux fresques de couleur bleue sur les murs. Les restaurateurs ont admirablement réussi à restaurer ces fresques qui sont l’œuvre du peintre baroque praguois injustement tombé dans l’oubli, Jan Hoffmann. Elles représentent des motifs antiques typiques : arcs, colonnes, palais et temples grecs antiques. »

Un coup d’œil par les fenêtres d’une autre salle aménagée à l’intérieur de la tour d’horloge dévoile des constructions intéressantes en face et en-dessous du château :

« Par la fenêtre droite on aperçoit le pont Tyrš construit en 1854. L’édifice romantique sur le rocher d’en face, c’est le restaurant panoramique surnommé Nebíčko – Le ciel. En regardant par la fenêtre gauche, on peut contempler le cours de l’Elbe surplombé par un petit pont Renaissance au pied du château. Au-dessus du fleuve, nichée dans une forêt, se trouve la chapelle néo-gothique Saint-Jean-Népomucène où ont été enterrés, jusqu’en 1935, les membres de la famille Thun. »

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
Une autre curiosité attend le visiteur dans le salon gris du château de Děčín : il s’agit d’un immense arbre généalogique de la famille Thun. Ses dimensions sont de 4,5 mètres sur 3,5. Dessiné sur toile, il pèse près de 150 kilogrammes. Y sont rassemblés plus de 400 noms des membres de la famille Thun sur vingt générations. Le personnage central en haut, au milieu, symbolise Rome dont la famille Thun était originaire. Trois membres de la famille Thun qui sont nés et qui ont vécu au château de Děčín sont toujours en vie : la comtesse Ida, le comte Ferdinand et la comtesse Thérèse née en 1929. Comme l’observe Barbora Altnerová, ils n’ont pas oublié leur pays d’origine :

« Installés à Munich, des représentants de la famille Thun reviennent de temps en temps dans la ville de Děčín, notamment à l’occasion des fêtes et des manifestations solennelles. Ainsi, la comtesse Thérèse a assisté à la nouvelle consécration de la chapelle de l’Elévation-de-la-Sainte-Croix dans laquelle étaient transférées les dépouilles de ses ancêtres. Toujours très attachée au château de Děčín, la famille Thun reste en contact avec son ancienne résidence. Elle aide, par exemple, à acquérir de nouveaux tableaux pour les collections du château. »

Château de Děčín, photo: Archives de ČRo7
Ainsi, grâce à une collecte publique permettant de financer la restauration des tableaux confisqués après 1945, le château de Děčín a pu s’offrir une nouvelle galerie de tableaux exposée dans le hall d’entrée. La restauration des tableaux retrouvés et la recherche du mobilier d’origine est aussi au cœur d’un projet de collaboration transfrontalière tchéco-saxon entre les châteaux de Děčín et de Weesenstein.

Plus d’infos sur : www.zamekdecin.cz

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