Le passé et le présent du café-théâtre Viola

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Le célèbre café-théâtre pragois, que je voudrais vous faire découvrir, s'appelle Viola, alto, en français. Son histoire remonte aux années 60. A l'époque, c'était un bistrot ordinaire : le panorama de Prague sur le mur et de la vraie musique de boui-boui... Des débits de vin de ce genre, on en comptait des centaines au centre de Prague. Un seul parmi eux, le Viola, a été transformé en café poétique, l'un des plus réputés en ex-Tchécoslovaquie et même au-delà de ses frontières. A l'origine, il y avait une poignée de vedettes du cinéma et du théâtre, désireux de faire partager leur passion pour la poésie avec le public. Et si possible, dans un lieu convivial, où l'on peut, en même temps, déguster un bon vin. Le succès n'a toutefois pas été immédiat. Pas facile en l'occurrence d'attirer un public peu habitué aux déclamations de comptoir... Le Viola connut donc des débuts difficiles, d'autant que ce café-théâtre ne recevait aucune subvention de l'Etat. Pour le Viola, gagner la faveur des spectateurs était donc une question de survie. Au lendemain du Printemps de Prague, le Viola est devenu une sorte d'oasis dans l'atmosphère étouffante et pesante qui régnait alors. Les oeuvres des écrivains honnis par le pouvoir communiste y étaient présentées par les auteurs en personne ou par des acteurs, eux aussi étiquetés "rebelles". Le café-théâtre est devenu le lieu de référence pour les amateurs de jazz et pour les adeptes des textes beatnik. La petite salle du Viola, avec sa vingtaine de tables était toujours bondée, tandis qu'à l'extérieur, on faisait la queue durant des heures.

Fermé pour des travaux, le Viola échappe à la fièvre révolutionnaire. Ensuite, il s'ouvre, bien sûr, aux artistes et écrivains dissidents. C'est là que l'on découvre l'oeuvre de Vaclav Havel, de Josef Skvorecky et de beaucoup d'autres. Mais, comme sous l'ancien régime, la petite scène doit faire face aux problèmes économiques. Et comme hier, les meilleurs acteurs tchèques s'y produisent, non pas tant pour l'argent que pour la gloire. A la grande stupéfaction des étrangers de passage qui, dans leurs pays, n'ont guère l'opportunité de voir des vedettes jouer dans un bar, devant une centaine seulement de spectateurs. A Prague, c'est donc possible, juste en face du Théâtre national, où, ironie du sort, se trouve le Viola. Une bonne adresse, où culture et bons vins font excellent ménage...

Auteur: Magdalena Segertová
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