Les vestiges du communisme sur les photos d'Anthony Suau

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Anthony Suau est un photographe américain. Ou plutôt journaliste - photographe. Ou encore journaliste, puis photographe... Ce titulaire de plusieurs prix prestigieux, y compris World Press Photo, expose jusqu'à la fin d'août, ses photos à l'Hôtel de Ville de la Vielle Ville de Prague. Et c'est une exposition remarquable qui a immédiatement attiré l'attention des médias et du public. Tout a commencé au début des années 90, lorsque le magazine Time a demandé Anthony Suau de faire un cycle de photographies sur la vie dans le bloc ex-communiste. Sans hésiter une seconde, le journaliste est parti en Roumanie, à la rencontre des agriculteurs et des ouvriers, puis en ancienne URSS, secouée par des guerres, ensuite en Pologne, en Hongrie et... en République tchèque. « J'ai voulu créer un 'document' qui permettrait d'ouvrir un débat entre l'Est et l'Ouest », a dit Anthony Suau. « Quand j'ai photographié des zones industrielles et rurales dévastées, la guerre, les changements dans la vie des gens, leurs illusions et attentes, je me suis dit : tiens, ça, c'est le meilleur moyen. » Les photos d'Anthony Suau sont, pour ainsi dire, vivantes, reflètent les destins de gens un peu perdus dans le labyrinthe post-communiste, éblouis par les splendeurs et broyés par les misères du capitalisme, de la liberté. Et c'est, à mon avis, leur plus grande force. On y voit, par exemple, un Tchétchène cherchant son fils dans un fossé plein de cadavres. Un retraité russe, écoutant une télévision en panne, sans image. Une maison délabrée avec un magasin en bas : dans la vitrine un seul objet - une magnifique robe de mariée. La nouvelle « haute société », composée d'enrichis, de maffioso. Des pauvres marchands de rue et des danseuses dans des clubs de nuit. Et l'image préféré du photographe ' Un guichet au milieu d'un vieux mur, entouré de vitrines, où, jadis, les communistes plaçaient des avis au public, photo prise dans une ville tchèque...

Les témoignages du journaliste américain sont assez grands, en noir et blanc. Pourquoi ? Anthony Suau explique : « Les photos en noir et blanc s'adressent plus directement au public que celles en couleurs. Elles se gravent plus facilement dans la mémoire, les gens comprennent mieux ce qu'elles communiquent. Et encore, elles vivent plus longtemps. Avec le temps, les couleurs pâlissent et la photo n'a plus aucun sens. Mais la photo en noir et blanc peut être d'actualité même cent ans après. J'espère que mon cycle documentaire, lui aussi, va prendre de l'importance plus tard. Peut-être que dans 70, 80 ans, les gens prendront mes photos, prises dans cette époque bouleversante, en se disant : voyons, qu'est-ce qui s'est passé, en fait, dans ces pays, jadis totalitaires ?... »

Auteur: Magdalena Segertová
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