Miss République tchèque : « Cette expérience m’a appris à être plus tchèque »
A 22 ans, Sophia Osako, la toute nouvelle Miss République tchèque, représentera le pays au concours Miss Universe, organisé en novembre prochain à Porto Rico. Née d’une mère morave et d’un père japonais, élevée principalement en anglais, cette étudiante en histoire de l’art revendique une identité multiple sans jamais oublier ses racines tchèques. Dans un entretien accordé à Radio Prague Int., elle revient sur son parcours, sa vision de la beauté et les ambitions qu’elle nourrit pour son pays.
Interrogée sur les raisons qui l’ont poussée à participer au concours de beauté, Sophia Osako reconnaît que sa réponse évolue avec le temps. Si l’idée de découvrir l’Amérique latine a compté, elle affirme surtout avoir voulu « mettre en valeur la beauté tchèque » sur la scène internationale. Plus encore, cette expérience lui a permis de redécouvrir son propre pays :
« Plus que tout, cette expérience m’a appris à être plus tchèque. Cela peut paraître assez ironique, puisque je représente la Tchéquie, que je suis tchèque et que j’ai vécu ici. Mais comme je parle anglais au quotidien, y compris avec mes parents et mes frères et sœurs, c’était la première fois que j’entrais dans un univers où je devais utiliser le tchèque non seulement dans un cadre informel, mais aussi de manière professionnelle. Cela m’a permis de m’immerger pleinement dans la culture tchèque et de vraiment apprécier tout ce que la République tchèque a à offrir. »
Cette identité tchèque s’enracine notamment dans ses origines moraves. Sophia Osako évoque les séjours passés dans la campagne morave auprès de sa famille, qu’elle décrit en contraste à son autre univers familial, au Japon. Les veillées autour d’un feu de camp, les « špekáčky » (saucisses) grillés, les parties de cache-cache avec sa grand-mère et même son arrière-grand-mère incarnent, selon elle, une philosophie de vie fondée sur la simplicité et les liens familiaux. « Il est bon de revenir les pieds sur terre de temps en temps », souligne-t-elle, expliquant que ces souvenirs sont pour elle une sorte de point d’ancrage pour ne pas perdre le sens des réalités. Au-delà des traditions folkloriques, c’est surtout un système de valeurs qu’elle dit avoir hérité de cette partie de sa famille :
« Ma mère dirige la marque Tradice, spécialisée dans la mode inspirée du folklore (Zuzana Osako avait réalisé la collection de costumes officiels de la délégation tchèques aux JO de Tokyo en 2020, ndlr). Mais plus que les traditions elles-mêmes, c’est un art de vivre qu’elle m’a transmis. Bien qu’elle ait vécu au Japon depuis ses 17 ans, ses racines moraves restent très profondes. C’est avant tout un système de valeurs : l’importance de la bienveillance, de l’entraide et du sens du devoir envers les autres. Elle m’a toujours appris qu’aider quelqu’un ne devait pas dépendre de l’envie du moment, mais relevait d’une responsabilité en tant qu’être humain. Pour moi, cela reflète profondément l’esprit de la Moravie, très différent de celui de Prague. La culture morave fait incontestablement partie de moi. »
Son double héritage lui permet aussi de comparer les cultures tchèque et japonaise avec humour. Elle raconte ainsi avoir découvert la célèbre tradition japonaise consistant à faire plusieurs heures de queue pour acheter un repas chez KFC à Noël, une coutume bien réelle qui amuse souvent les étrangers.
Interrogée sur la question de la place des concours de beauté dans une société où ils sont régulièrement critiqués pour leur focalisation sur l’apparence physique. Sophia Osako défend une vision bien plus large de ces compétitions :
« La beauté des femmes est plus importante et plus précieuse qu’on ne veut bien l’admettre. Je ne dis pas cela de manière arrogante ou au sens littéral, mais je pense qu’elle exerce une forme de soft power, une influence souvent inconsciente sur le monde. Quant aux concours de beauté, contrairement aux idées reçues, ils ne jugent pas seulement l’apparence. On y évalue aussi la détermination, la bienveillance, les compétences et le potentiel des candidates à avoir un véritable impact. Au fond, il ne s’agit pas d’être la plus belle, mais d’être celle qui inspire le plus de sympathie. »
Sa propre définition de la beauté s’éloigne d’ailleurs des critères classiques. « La beauté, c’est être en paix avec soi-même », affirme-t-elle au micro de Radio Prague Int. Elle admire davantage des femmes plus âgées, épanouies dans leur vie personnelle et professionnelle, que de jeunes mannequins correspondant aux standards traditionnels. A ses yeux, le véritable rayonnement naît de la confiance en soi, de l’expérience et du sentiment d’accomplissement. L’évolution récente de Miss Universe, qui accueille désormais des candidates de tous âges, lui paraît de ce fait aller dans le bon sens.
Mais pour Sophia Osako, Miss Universe peut être un véritable outil de rayonnement international pour la Tchéquie :
« La République tchèque est un petit pays, mais elle s’est illustrée dans plusieurs compétitions internationales ces dernières années. Ce type de concours contribue véritablement à nous faire connaître dans le monde. Il attire l’attention de la communauté internationale et peut ouvrir des perspectives en matière de développement économique et de relations internationales. »
Son objectif est clair : décrocher une place parmi les cinq premières, tout en restant fidèle à ce qu’elle est. « Je voudrais montrer que nous sommes uniques dans notre manière d’accepter les gens tels qu’ils sont », conclut-elle, convaincue que cette authenticité constitue l’un des plus grands atouts du pays qu’elle représente.




