Motion de défiance contre le gouvernement : la presse tchèque très critique envers l’opposition

Andrej Babiš

Au bout de trois jours de débats, le gouvernement dirigé par Andrej Babiš a, sans surprise et sans aucun mal, survécu à la motion de défiance déposée par les différents partis de l’opposition de centre-droit. Au lendemain du vote, les médias tchèques considèrent que l’opposition, en agissant de la sorte, a fait pire que mieux et a davantage nui à ses propres intérêts qu’à ceux de la coalition.

Tout ça... pour ça, pourrait-on être tenté de dire, et c’est aussi le constat que dressaient la majorité des médias tchèques ce vendredi matin, au bout de près de vingt-huit heures de palabres entamés mardi après-midi et qui se sont achevés jeudi soir avec un vote dont le résultat, compte tenu de la confortable majorité dont dispose les députés des trois partis de la coalition (ANO, SPD et Automobilistes), était couru d’avance.

Photo: Ladislav Křivan,  MFDNES + LN/Profimedia

Comme en février dernier déjà, où une motion de défiance avait alors été déposée vingt jours seulement après que le gouvernement a obtenu la confiance de la Chambre des députés, l’initiative des cinq partis de l’opposition de centre-droit (ODS, Maires et Indépendants, Pirates, chrétiens-démocrates et TOP 09) a donc échoué.

Non seulement le cabinet n’a pas été renversé, loin même s’en faut puisque seuls 83 des députés du camp opposé à Andrej Babiš ont voté en faveur de l’adoption de la motion de défiance, alors qu’un minimum de 101 voix (dans une assemblée qui compte 200 sièges) était nécessaire pour parvenir à la majorité absolue. Mais aux yeux de nombreux observateurs de la scène politique tchèque, l’opposition, « lamentablement mal préparée » et qui « a perdu le show parlementaire sur toute la ligne » comme l’estime le quotidien Hospodářské noviny, ressort même affaiblie de ces trois jours pour rien, ou si peu.

Dès mardi, avant donc même l’ouverture d’une séance qui n’a eu d’extraordinaire que l’appellation, un chroniqueur de la Radio tchèque, pas convaincu lui non plus par l’intérêt de la chose, avait d’ailleurs posé la question que, comme lui, se posaient beaucoup d’autres Tchèques : « L’opposition pense-t-elle vraiment mobiliser les électeurs avec une nouvelle motion de censure contre le gouvernement ? »

À désormais une semaine de la tenue d’élections sénatoriales partielles (renouvellement d’un tiers des 81 sièges) et municipales qui constitueront le premier test dans les urnes de la popularité de la coalition gouvernementale un an après les législatives, la réponse est, selon le même auteur, évidente : « L’opposition tend une fois de plus un miroir au gouvernement pour que les citoyens puissent constater à quel point il est mauvais. Toutefois, le gouvernement devant survivre à ce nouveau vote de défiance, la seule conclusion que les électeurs pourront tirer de cet épisode est l’incapacité de l’opposition à changer quoi que ce soit. »

Photo: Petr Topič,  MFDNES,  LN/Profimedia

Vendredi dernier, 25 septembre, au moment du dépôt de cette motion de défiance, les partis de l’opposion avaient expliqué que leur démarche était motivée tout à la fois par l’ampleur du déficit budgétaire prévu pour 2027, par le conflit d’intérêts toujours non résolu selon eux du Premier ministre, par la remise en cause de l’impartialité de certaines institutions, et notamment de la justice, ou encore par le fait que le gouvernement, insuffisamment conscient de la menace que constitue la Russie, mettait en jeu la sécurité nationale.

Finalement, comme Andrej Babiš lui-même l’avait annoncé au moment de l’ouverture de la séance, celle-ci a ressemblé à « un immense rassemblement électoral en un même lieu ». Une séance « inutile » également toujours selon lui, et sur ce point, même l’hebdomadaire libéral Respekt donne raison au chef du gouvernement en faisant remarquer que pas même les députés de l’opposition, du fait de la répartition des forces à la Chambre basse, ne considéraient cette motion de défiance comme « une tentative sérieuse de renverser le gouvernement » et que « même si, dans l’hypothèse purement théorique, ils y étaient parvenus [...], ils n’avaient pas de plan B prêt ».

Finalement, comme le note aussi le site Lidovky.cz, même si l’ancien Premier ministre Petr Fiala a été « excellent » et a prononcé « le meilleur discours », ces « trois jours passés à la Chambre des députés auront d’abord été, à bien des égards, un festival de futilité ».