Les classes sociales en République tchèque
La République tchèque compte dix millions d'habitants. Voyons un peu ce qui est commun à ces citoyens et ce qui les différencie. Pour se faire, il nous faut parler des classes sociales. Qu'en est-il en Tchéquie ? Une infime partie de la population forme l'élite, les deux tiers la classe moyenne et le reste la classe ouvrière. Les classes dans la société tchèque, c'est le thème de ce programme sur la vie de tous les jours des habitants de la République tchèque, sur la base d'informations publiées par le quotidien Lidove noviny.
Jusqu'à 1989, la Tchécoslovaquie vivait sous le régime communiste. L'idéologie totalitaire proclamait que le communisme avait aboli les classes. Ceci n'était pas vrai, naturellement, car certaines couches de la population étaient préférées, en premier lieu les membres du parti communiste, mais aussi la classe ouvrière en général. Il n'y avait pas de chômeurs, de sans-abri, mais cela grâce à la violation des droits de l'homme. En effet, travailler était un devoir, une obligation. Ceux qui ne voulaient pas travailler étaient considérés comme des parasites de la société. La société était nivelée, les différences salariales étant minimes. Tout cela est révolu au passé, comme l'existence même de la Tchécoslovaquie, qui s'est scindée en deux Etats indépendants, en 1993, donnant naissance à deux Etats : la République tchèque et la République slovaque.
Avec le retour de la démocratie et du système capitaliste, tout a changé dans la société tchèque : propriété privée, économie de marché, libre circulation, liberté d'entreprise, mais aussi disparition d'un grand nombre de prestations sociales garanties par l'Etat. La République tchèque a rapidement absorbé la réalité du monde occidental, ce qui a entraîné de profonds changements dans les moeurs de la société et dans sa composition, donc les classes qui la forment. De nos jours, les sociologues ont coutume de diviser la société tchèque ainsi : l'élite, la classe moyenne supérieure, la classe moyenne inférieure, la classe ouvrière et la classe du plus bas niveau. Cette dernière n'apparaît pas dans les études sociologiques, car elle est constituée des plus déshérités, les sans-abri, clochards et tous ceux qui vivent en marge de la société et n'ont aucune influence sur son développement.
Les sociologues admettent que s'ils sont capables de diviser la société tchèque en classes, il est bien plus difficile de répartir la population au sein de ces classes. La situation est plus simple dans les démocraties de l'Europe de l'Ouest ou aux Etats-Unis, par exemple. Il y existe une relation directe entre le niveau d'instruction, la profession, le revenu et la condition sociale. Cette relation n'est pas toujours valable en Tchéquie. Par exemple, un degré d'instruction élevé ne répond pas toujours à la fortune. Qui est membre de l'élite, la plus petite classe sociale ? La réponse à cette question n'est pas très claire en Tchéquie. On présume que ce sont les personnes qui occupent de hautes fonctions dans la société, les directeurs des grandes entreprises, les propriétaires de grosses sociétés, les politiciens. On pourrait dire que ce sont ceux qui ont les plus grands pouvoirs et les moyens de les appliquer. C'est ce qu'affirme le sociologue Jan Spousta. Un de ses collègues de l'Académie des sciences, Petr Mateju, définit l'élite de la société tchèque ainsi : « C'est l'élite économique, politique et culturelle ».
A l'opposé de l'élite, on trouve la classe des plus défavorisées, les chômeurs à long terme, les sans-abri. Les politiciens semblent complètement se désintéresser de cette classe de plus en plus nombreuse (le chômage a atteint les 10 %, au début de cette année). Ils se disent certainement que ces citoyens ne votent pas lors des élections, par exemple, alors pourquoi s'en occuper... Ils oublient que ne pas s'occuper de ce problème ne veut pas dire qu'il n'existe pas et, qu'un jour ou l'autre, il deviendra brûlant, et il faudra bien le régler. La Tchéquie devant bientôt devenir membre de l'Union européenne, des millions de chômeurs ne donneraient pas une bonne image de son économie.
Combien de citoyens tchèques font partie de l'élite, de la classe moyenne, de la classe ouvrière ? Bien difficile de le dire, car il est tout aussi difficile de déterminer les critères. Pourtant, l'Institut de sociologie de l'Académie des sciences a publié les données suivantes, en 2001. La classe ouvrière compterait dans les 30 % de la population. La classe moyenne serait représentée par 60 % des Tchèques mais, parmi eux, 7 % feraient partie du sommet de cette classe, alors que 20 % se situeraient à sa base. Et l'élite ? Elle représenterait seulement 1 % de la population. Cela fait tout juste, comme on dit en tchèque : les 10 000 les plus hauts. On assiste, actuellement, à une délimitation plus accentuée entre les différentes classes, elles se confondent de moins en moins. Ainsi donc, il semble que les critères seront mieux définis et qu'il sera plus facile de déterminer à quelle classe appartient tel ou tel citoyen, selon les critères valables en Europe de l'Ouest, par exemple.
Et quels sont les membres des différentes classes, selon leur profession ? Commençons par le sommet, avec l'élite. Nous l'avons déjà dit, les politiciens, les gros patrons, les directeurs de grosses sociétés. Question revenu, c'est le directeur qui est le plus haut avec dans les 5000 euros par mois, mais il est seulement 12ème sur l'échelle du prestige. En haut de la classe moyenne, on trouve le médecin, premier avec ses revenus (1000 euros mensuels) et premier question prestige. Viennent ensuite le journaliste ou l'employé de banque, dans les 700 euros par mois. Classe moyenne inférieure : le cheminot, le comptable, l'instituteur, la secrétaire avec un revenu de plus de 500 euros par mois. La classe ouvrière, le fleuron du feu régime communiste, n'est plus ce qu'elle était. Les revenus mensuels peuvent varier entre 700 euros pour un mineur, 500 pour un tourneur, 250 pour une vendeuse. La moyenne est d'un peu plus 300 euros.
En conclusion, il faut constater que la société tchèque se rapproche de plus en plus du niveau de la société des pays de l'Union européenne. Les critères de celle-ci deviennent valables en Tchéquie : haut niveau d'enseignement égale haut prestige, revenus et niveau de vie élevés. Mais, comme l'affirme le sociologue Petr Mateju, la transformation de la structure des classes sociales est un processus lent. Il ne s'accélère que lors des révolutions, ce qui ne semble pas être l'avenir de la République tchèque, à la veille de son adhésion à l'Union européenne.




