Presse : la difficile quête d’un leader au sein de l’opposition tchèque

Jan Grolich

Les conséquences des dernières élections municipales et sénatoriales sur la vie politique tchèque, la compatibilité de la législation nationale sur les conflits d’intérêts avec le droit européen et les effets des évolutions démographiques sur le marché du travail : tels sont les principaux thèmes de cette nouvelle revue de presse, qui se penche également sur l’actualité française. Enfin, retour sur la fin de la production de chaussures Baťa en Tchéquie.

Le camp gouvernemental a subi un revers majeur lors des dernières élections municipales et sénatoriales, perdant notamment tous les sièges en jeu au Sénat. Pour le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Respekt, « il s’agit d’une nouvelle importante pour la scène politique tchèque. Mais le plus dur reste à venir pour l’opposition et ses partisans ».

« Penser que l’opposition pourrait désormais remporter les élections à la Chambre des députés au point de pouvoir former un gouvernement serait faux. C’est plutôt pour elle l’occasion de reprendre son souffle et de retrouver confiance en soi en attendant les prochaines élections législatives d’ici trois ans. Et, aussi, de coopérer. Aujourd’hui, il n’y a pas de force dominante unique, ni de leader incontestable. Certes, le chef de file des chrétiens-démocrates, Jan Grolich est devenu le visage du succès au Sénat. Grâce à sa politique et à une campagne pleine d’humour, il a su retourner à son avantage la campagne massive menée contre lui. Hélas, les partis choisissent généralement leur chef en fonction du parti le plus fort, même si ce n’est pas forcément le meilleur choix. »

L’éditorialiste signale que l’heure des décisions approche également pour le mouvement ANO, principal parti de la coalition gouvernementale :

« Si, là encore, le chef de gouvernement slovaque Robert Fico peut faire office de modèle, on peut s’attendre à une vengeance acharnée contre tous les courants qui ne sont pas au diapason avec le gouvernement. Qu’il s’agisse de la culture, des villes, des organisations non gouvernementales, des médias publics, des libéraux, etc. Mais la Slovaquie montre en même temps que cela n’apporte rien de bon à l’Etat. La société s’y est encore plus divisée et l’économie s’effondre. »

« Les électeurs ont montré au monde entier que la Tchéquie libérale existait toujours », s’émerveille en conclusion l’éditorialiste de Respekt avant de rappeler que « le prochain grand rendez-vous électoral aura lieu dans le pays dans un an et demi, avec l’élection présidentielle. »

La loi tchèque sur le conflit d’intérêt peu conforme à la législation européenne

Selon l’Union européenne, le Premier ministre Andrej Babiš (ANO) reste en situation de conflit d’intérêts. Pour l’éditorialiste du journal Deník, c’est une mauvaise nouvelle pour Agrofert et les autres entreprises liées au chef du gouvernement, ainsi que pour Andrej Babiš lui-même. « Mais la situation actuelle est surtout une très mauvaise nouvelle pour la République tchèque en tant que telle », souligne-t-il. Il explique pourquoi :

Andrej Babiš | Photo: Bureau du Gouvernement tchèque

« Elle montre en effet que la loi tchèque sur les conflits d’intérêts, que les partis de l’actuelle opposition auraient pu renforcer lorsqu’ils étaient au pouvoir, est insuffisante. Elle ne permet manifestement pas de prévenir les conflits d’intérêts comme l’exige l’Union européenne. Plutôt que de se réjouir que Bruxelles confirme les soupçons de conflit d’intérêts visant Babiš, les partis d’opposition (l’ODS, STAN, les Pirates, TOP 09 et les chrétiens-démocrates) devraient donc s’interroger sur les raisons pour lesquelles ils n’ont pas réussi, pendant toutes ces années, à faire adopter une loi conforme au droit européen. »

On se retrouve une nouvelle fois dans une situation où Andrej Babiš respecte la loi tchèque sur les conflits d’intérêts, tandis que l’Union européenne estime que les exigences ne sont pas satisfaites. Pour l’éditorialiste de Deník, il est particulièrement préoccupant qu’après des années de débats, la Tchéquie ne dispose toujours pas d’un cadre juridique clair et efficace, conforme à ses engagements européens.

« Cette situation pourrait coûter des milliards de couronnes à la République tchèque si les subventions versées à des entreprises liées à Andrej Babiš devaient être remboursées. Elle suscite également, au sein des institutions européennes, des interrogations sur la capacité du pays à garantir le respect des règles régissant l’utilisation des fonds européens. Désormais, seuls Andrej Babiš et sa coalition gouvernementale peuvent remédier à cette situation délicate. »

L’évolution démographique en Tchéquie, une bombe à retardement

Alors qu’en Tchéquie les générations nombreuses vieillissent et partiront à la retraite dans les années à venir, elles seront remplacées sur le marché du travail par des générations nettement moins nombreuses. Or, comme le prévoit le journal en ligne Echo24.cz, le marché du travail, à l’instar de nombreux autres domaines importants, sera touché par cette évolution démographique défavorable :

Photo illustrative: wal_172619,  Pixabay,  Pixabay License

« Le déséquilibre le plus marqué apparaîtra avec le départ à la retraite des générations nées dans les années 1970, période durant laquelle près de 200 000 enfants sont nés chaque année. Les générations qui entreront alors sur le marché du travail seront, quant à elles, près de deux fois moins nombreuses. En Tchéquie, par ailleurs, les départs à la retraite sont rarement différés. A partir de la seconde moitié des années 2030, puis au début des années 2040, le départ progressif de ces générations pèsera donc de plus en plus lourdement sur le marché du travail. Les tensions se font d’ores et déjà sentir, notamment dans les métiers qualifiés, pour lesquels il est particulièrement difficile de trouver des remplaçants. »

S’appuyant sur les analyses d’experts, le journal souligne également que l’immigration ne saurait, à elle seule, apporter une solution durable à ce problème. Quant aux conséquences de l’essor rapide de l’intelligence artificielle observé ces dernières années sur le marché du travail, elles restent encore difficiles à anticiper.

Quelle aide pour l’Ukraine après la présidentielle en France ?

En lien avec les émeutes qui secouent la France, le journal en ligne Forum24.cz émet l’idée que « la situation tendue à l’approche de l’élection présidentielle profite aux adversaires politiques d’Emmanuel Macron, notamment à Marine Le Pen, qui dirige depuis longtemps son parti nationaliste. » Sa victoire qui paraît de plus en plus probable représente, selon lui, un problème majeur pour la défense de l’Ukraine :

Marine Le Pen | Photo: Zuma Press/Profimedia

« Certes, la France n’a pas fourni autant d’aide militaire que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, mais elle a fourni de nombreux systèmes d’armement importants, allant des avions de chasse Mirage 2000 aux obusiers automoteurs Caesar, en passant par les missiles Scalp capables d’atteindre des cibles situées profondément à l’intérieur du territoire russe. Marine Le Pen a déjà fait savoir qu’elle n’avait pas l’intention de poursuivre ce soutien si elle était élue, en invoquant précisément la situation budgétaire difficile. L’aide militaire à l’Ukraine, estimée jusqu’à présent à environ huit milliards d’euros, est toutefois tout à fait négligeable au regard du déficit budgétaire français. Les raisons invoquées pour mettre fin à cette aide sont donc très probablement d’une autre nature. »

Le journal rappelle que Le Pen a longtemps entretenu des liens étroits avec Poutine, s’est servie de lui dans ses campagnes politiques et s’est notamment appuyée par le passé sur un prêt accordé par une banque liée au régime russe :

« Depuis l’invasion russe de 2022, le Rassemblement national a pris ses distances avec Moscou et affiché, du moins dans ses déclarations, son soutien à l’Ukraine. Pourtant, tant au niveau national qu’européen, ses représentants continuent de voter contre des propositions visant à soutenir le pays attaqué. Marine Le Pen a également remis en cause les mécanismes de prêts européens communs, dont l’Ukraine dépend largement pour éviter la faillite. Reste à savoir si, dans l’hypothèse où elle accéderait au pouvoir, elle continuerait à soutenir l’Ukraine, ne serait-ce que sur le plan diplomatique. »

Comme le souligne le site d’information Forum24.cz, la France figurait pourtant parmi les principaux membres de la coalition des volontaires et avait également contribué aux efforts visant à convaincre Donald Trump de ne pas couper totalement l’aide américaine à l’Ukraine.

Clap de fin pour la production Baťa en Europe centrale

Fondée en 1894 dans la ville de Zlín, le légendaire fabricant de chaussures, Baťa, met définitivement fin à sa production sur le territoire tchèque. La fermeture de sa dernière usine en Europe centrale, située à Dolní Němčí près d’Uherské Hradiště, représente une étape clé de sa stratégie de restructuration et est censé améliorer les résultats financiers insatisfaisants du groupe.  Une information fournie par le site Info.cz qui ajoute :

L’usine Baťa de Dolní Němčí | Photo: Dalibor Glück,  ČTK

« L’usine de Dolní Němčí qui fait partie de l’entreprise depuis 1992 a produit environ 150 000 paires de chaussures l’année dernière. Elle est spécialisée dans les chaussures barefoot, dont la production sera désormais assurée dans plusieurs pays, notamment en Inde et en Chine. La société qui est actuellement présente dans 56 pays à travers le monde va mettre fin à ses activités de manière progressive. La moitié des 92 employés devrait quitter l’'entreprise à la fin de cette année, l’autre moitié en mars de l’année prochaine. »