La Tchéquie confrontée à la plus forte chute de natalité de son histoire moderne

Depuis 240 ans, jamais aussi peu d’enfants ne sont nés en République tchèque qu’en 2025. Avec désormais moins de 80 000 nouveaux-nés, un chiffre très insuffisant pour permettre le remplacement des générations, le pays, comme d’autres en Europe, traverse l’un des plus graves crises démographiques de son histoire.

C’est grave, docteur ? Oui, ça l’est puisque seulement quelque 77 600 enfants sont nés en République tchèque en 2025, soit le total le plus faible depuis le début des statistiques démographiques modernes dans le pays, qui remontent à 1785. C’est aussi 6 700 enfants de moins qu’en 2024, une baisse en glissement annuel de l’ordre de 8 %, ou encore, près de 37 000 naissances de moins en l’espace de huit ans.

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Plus globalement, selon les données publiées, le 31 mars, par l’Office tchèque des statistiques (ČSÚ), le taux de natalité est resté en baisse pour la quatrième année consécutive, et cette évolution toujours un peu plus marquante se répercute de plus en plus fortement sur l’évolution démographique d’ensemble du pays.

Les Tchèques ne font donc plus d’enfants, ou 30 % de moins qu’il y a encore quatre ans, et dans les tous cas  très insuffisamment pour assurer le renouvellement des générations puisque l’indice de fécondité par femme, dont l’âge moyen pour celles qui ont accouché en 2025 s’élevait à 30,6 ans, a été de l’ordre de 1,28 (et même de 1,15 à Prague).

Jan Váně | Photo: Západočeská univerzita v Plzni

Une chose est acquise : cette baisse de la natalité ne constitue assurément plus un phénomène passager, mais une tendance aux implications sociales, économiques et sanitaires majeures. Il apparaît de plus en plus souvent qu’un nombre croissant de Tchèques ne renoncent pas à fonder une famille, mais reportent ce projet. D’abord parce qu’ils ne trouvent pas de partenaire au moment voulu ou souhaitable, mais aussi pour trois autres raisons principales selon Jan Váně, sociologue de l’Université de Bohême de l’Ouest à Plzeň :

« L’instabilité économique, la précarité du logement sont les arguments qui sont les plus souvent avancés, mais il faut aussi tenir compte de la transformation structurelle du système de valeurs. Autrement dit, avoir des enfants et devenir parents n’est aujourd’hui plus considéré comme une évidence dans la société tchèque. »

Autre élément notable qui explique ce nombre historiquement faible de nouveaux-nés, la majorité des femmes actuellement en âge de procréer en République tchèque sont nées dans les années 1990, décennie qui, après la chute du régime communiste, a elle aussi été marquée par une faible natalité. Du coup, le nombre de parents potentiels est lui aussi moins important que pour les générations précédentes nées dans les années 1970 et 1980.

Jiřina Kocourková | Photo: Kateřina Cibulka,  ČRo Plus

Toutefois, à en croire Jiřina Kocourková, professeure du département de démographie et de géodémographie de la Faculté des sciences de la vie de l’Université Charles à Prague, interrogée par la Télévision tchèque, le contexte général dans le pays ne contribue pas à inverser la tendance :

« Créer les conditions d’un climat favorable à la famille concerne l’ensemble de la société. L’État ne peut pas être tenu pour seul responsable, les employeurs et, en fait, toute la société ont eux aussi leur rôle à jouer. Le plus important est de faire en sorte que la maternité ne constitue plus un obstacle à la carrière professionnelle et, parallèlement, que l’on cesse de porter un regard négatif sur les femmes qui ont de jeunes enfants et qui travaillent. C’est sans doute dans ce domaine que nous avons encore le plus de progrès à faire. »

« Il existe par ailleurs toute une série d’outils qui ne sont pas encore suffisamment mis à profit. Je pense là par exemple au télétravail, qui contribue également à un meilleur équilibre, car il offre une certaine marge de manœuvre pour mieux organiser la vie familiale en tenant compte de toutes les contraintes que celle-ci suppose. Mais c’est avant tout une question d’approche flexible de la part des employeurs. Enfin, il faudrait que les pères s’impliquent davantage encore, afin que la charge que représentent les enfants ne repose pas uniquement sur les épaules des femmes. »

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Près d’un dixième des enfants nés en 2025 en République tchèque sont d’origine étrangère. Une part qui augmente progressivement puisqu’il y a dix ans, elle était encore inférieure à 4 %. L’année dernière, plus de 7 000 enfants de nationalité autre que tchèque sont nés en République tchèque et parmi tous les petits garçons et petites filles ayant vu le jour dans une maternité, un peu plus de 13 100 avaient au moins un parent étranger.

Malgré cette baisse de la natalité, la population de la République tchèque a continué d’augmenter comme cela a toujours été le cas depuis 2014, et ce, concrètement d’environ 6 300 personnes pour atteindre à la fin de l’année un total de près de 10,916 millions d’habitants. Cette croissance est toutefois uniquement due à l’immigration, qui a permis de compenser un solde naturel négatif  (-35 700) qui, lui, a été le plus important depuis 1919.