Presse : avec Trump, les Tchèques multiplient les dons pour l’Ukraine

'Un cadeau pour Poutine'

Les dons des Tchèques en soutien à l’Ukraine se multiplient. Explications dans cette nouvelle revue de presse qui s’intéresse également aux positions de certains partis politiques à l’égard de la sécurité. Autres sujets à son menu : les Lions tchèques qui ont récompensé le meilleur de la production cinématographique locale, la violence parmi les les enfants ou encore le goût des Tchèques pour l’automobile.

« Trump a incité les Tchèques à faire preuve de générosité. Les dons en soutien à l’Ukraine ont été multipliés par dix », titre un texte publié sur le site Novinky.cz, qui précise :

« Chaque fois que Donald Trump attaque verbalement Volodymyr Zelensky, les dons des Tchèques montent en flèche. Comme, par exemple, lorsque le 19 février, le président américain a déclaré sur X que Zelensky était un ‘comédien médiocre’ et un ‘dictateur sans élections’. Pour les donateurs tchèques, la rencontre dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, qui s’est terminée par une dispute entre les deux hommes, a constitué un tournant. Dès le lendemain, les dons pour l’initiative appelée ‘Un cadeau pour Poutine’, qui collecte des fonds pour l’achat d’armes pour l'Ukraine, ont considérablement augmenté. »

D’autres organisations à but non lucratif constatent également une nette augmentation des dons depuis cette fameuse altercation, comme, par exemple, l’ONG ADRA. L’auteur de Novinky.cz remarque encore que les Tchèques donnent souvent 1 968 couronnes très exactement, un chiffre qui fait bien évidemment référence à l’année où la Tchécoslovaquie a été envahie par les troupes du Pacte de Varsovie, et notamment soviétiques.

La sécurité en marge de l’intérêt des partis SPD et ANO ?

« Le mouvement ANO et le parti SPD menacent la sécurité de la Tchéquie » : tel est le titre percutant d’un texte publié dans le journal en ligne Forum24.cz, dans lequel son auteure explique :

La réunion sur la sécurité de la Tchéquie organisée par Petr Fiala | Photo: Roman Vondrouš,  ČTK

« Les représentants du parti d’extrême droite SPD dirigé par Tomio Okamura, puis ceux d’ANO, avec Andrej Babiš à leur tête, ont refusé de participer à la réunion organisée par le Premier ministre, Petr Fiala. Elle devait concerner la sécurité de la Tchéquie en temps de guerre, qui plus est, à un moment où les États-Unis changent fondamentalement de cap. Bien que leur absence ne soit pas une bonne nouvelle, elles présente néanmoins un avantage : elle pourrait aider les derniers sceptiques à ouvrir les yeux. Certes, le gouvernement commet diverses erreurs dans un certain nombre de domaines, certains estimant, par exemple, qu’aucune réforme ou presque n’a été menée. »

Mais tout ceci, comme le souligne encore l’éditorialiste du journal, est complètement marginal à la lumière des événements actuels :

« Ce qui est en jeu, c’est un changement de fond en comble de l’ordre mondial, et il s’agit de savoir de quel côté du conflit nous allons nous situer et si nous serons capables de promouvoir nos intérêts en tant que pays fier et digne de confiance. Il appartient à chacun de nous de répondre à la question de savoir si des politiciens qui, le temps d’une réunion, n’arrivent pas à subordonner leurs intérêts à ceux de l’État, sont capables et prêts à garantir de telles choses. »

Le Lion tchèque du meilleur film : une entente rare entre le jury et le public

« Joyeuse mais fatigante en raison du grand nombre de récompenses. » Telle a été, selon la chroniqueuse du quotidien Mladá fronta Dnes, la 32e édition de la cérémonie de remise des Lions tchèques, l’équivalent des Césars français, qui s’est déroulée, samedi 8 mars, dans la salle du Rodolphinum à Prague et qui « a pu se targuer d’avoir un présentateur étonnamment discipliné issu du milieu des youtubers ». La statuette du meilleur film a été décernée au film « Radio Prague, les ondes de la révolte » (Vlny) de Jiří Mádl, un drame historique sur la fin des années 1960 qui a obtenu cinq autres récompenses et qui a déjà été vu au cinéma par plus d’un million de personnes en Tchéquie et en Slovaquie :

Český lev | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

« Nous sommes les témoins d’un phénomène rare grâce à ce film. Pour une fois, en effet, les professionnels de l’académie du cinéma et le grand public, qui peine souvent à comprendre leurs préférences, sont d’accord. Un phénomène confirmé par l’audience, puisque 647 000 personnes ont regardé la remise de prix à la télévision. »

La chroniqueuse du journal Deník N observe pour sa part que les Lions tchèques révèlent la place toujours désavantageuse des femmes dans le cinéma tchèque :

« En exagérant un peu, on peut dire que la place réservée aux femmes était celle d’une décoration sur le tapis rouge. À l’instar des années précédentes, peu de femmes avaient été nommées aux Lions tchèques, à l’exception de la catégorie des films d’étudiants, où tous les nominés étaient des femmes, et de celle des courts-métrages. Les femmes étaient aussi plutôt bien représentées dans les catégories documentaires et les productions télévisées. En revanche, tout ce qui est réalisation, scénario, caméra, montage, musique et scénographie a entièrement échappé aux femmes. »

« Certes, on peut se demander si un meilleur film que celui des grands vainqueurs des Lions tchèques, ‘Radio Prague, les ondes de la révolte’, n’a pas été réalisé en Tchéquie l’année dernière », peut-on également lire dans l’hebdomadaire Respekt. « Sa victoire est pourtant une bonne nouvelle pour le cinéma tchèque », souligne l’auteur :

« Après son démarrage réussi au festival de Karlovy Vary, ce film a rencontré un véritable succès : près d’un Tchèque sur dix a acheté un billet pour le voir au cinéma. D’une certaine manière, c’est là un événement cinématographique qui n’avait pas eu lieu dans ce pays depuis plusieurs années. »

Le phénomène de la violence chez les enfants tchèques

Le site Seznam Zprávy s’est penché sur les tendances en lien avec la violence des enfants tchèques :

Photo illustrative: coyot,  Pixabay,  Pixabay License

« 72 cas signalés, parmi lesquels 29 crimes présumés. Ce sont les chiffres dont la police disposait à la fin du mois de février dernier. Les données concernent le début de cette année, période durant laquelle la police a commencé à suivre de plus près les infractions et les crimes commis dans les écoles. Si, dans la plupart des cas, il ne s’agissait que de menaces, sept cas graves ont néanmoins été relevés. Ils concernent des enfants qui ont tenté, planifié ou sérieusement menacé de commettre des meurtres similaires à la fusillade à la Faculté des lettres de l’Université Charles à Prague en décembre 2023 qui a fait quatorze morts. »

« En 2024, la police a poursuivi 14 enfants et adolescents pour tentative, planification ou menace de meurtre, soit trois de plus qu’en 2023 », ajoute encore Seznam Zprávy. Selon le site, ces chiffres et l’évolution actuelle confirment clairement l’augmentation de la violence chez les enfants tchèques. Un constat qui ne diffère cependant guère de la situation dans d’autres pays européens.

La voiture l’emporte sur les transports publics, pourtant très haut classés

« Prague possède le deuxième meilleur système de transports publics au monde, selon l’éditeur de guides touristiques Time Out, tandis qu’Ostrava possède le meilleur système de transports en Europe centrale et orientale, Prague apparaissant à la deuxième place et Brno à la quatrième, selon le classement de la société PwC. » C’est ce dont fait part le quotidien économique Hospodářské noviny, qui ajoute qu’en dépit de nombreuses études similaires qui font l’éloge des transports publics dans les villes et les régions tchèques, la situation est loin d’être idéale :

Photo illustrative: Marián Vojtek,  ČRo

« Selon les données de l’Office tchèque des statistiques, la majorité des Tchèques choisissent la voiture comme principal moyen de transport. Dans les zones rurales, près de 40 % de la population n’utilise absolument pas les transports publics. La Tchéquie est l’un des pays où le nombre de voitures augmente rapidement. En 2022, nous avons même dépassé l’Allemagne en termes de nombre de voitures par habitant. Parallèlement, le parc automobile local vieillit considérablement en raison notamment de l’importation de véhicules d’occasion, un fait qui est la conséquence du plus faible pouvoir d’achat des Tchèques. L’effet est évident : bien que le nombre d’accidents soit en baisse, le parc automobile obsolète nuit à la sécurité routière. »

Cette fragmentation extrême est un des traits caractéristiques de la situation en Tchéquie. « Plus de cinq millions de personnes, soit près de la moitié de la population, vivent dans des villes et communes de moins de 10 000 habitants », souligne l’auteur. À cela s’ajoute le fait que, le train a disparu dans de nombreux endroits et que les liaisons en bus sont de moins en moins fréquentes. « Or, dans de nombreuses régions, il est impossible sans voiture de se rendre chez le médecin ou de faire des courses », explique-t-il.