Sondage : de nombreux Tchèques touchés par la précarité mobile
La Tchéquie a la réputation d’être un pays avec un réseau de transports en commun particulièrement bien développé et pourtant : selon une étude menée en 2024, quelque 25% des Tchèques se trouvent dans une situation de précarité de mobilité, c’est-à-dire qu’ils ont des difficultés à trouver des solutions pour se déplacer, pour diverses raisons. Les personnes à faible revenu vivant dans des villages isolés comptant jusqu’à 5 000 habitants sont les plus vulnérables : contrairement à ce que l’on pourrait croire, il s’agit souvent de jeunes gens et de personnes âgées de 30 à 45 ans.
Nela est un cas exemplaire : elle vit, avec sa partenaire, ses trois enfants et ses parents à Vejvanov, une commune de 300 habitants située dans la région de Plzeň, en Bohême occidentale. La famille s’est retrouvée sans voiture dans un village isolé, où il n’y a qu’un petit magasin et où le bus passe seulement quelques fois par jour.
Bien qu’il soit difficile d’évaluer précisément le nombre de Tchèques souffrant de précarité mobile, la première étude du genre, menée, l’année dernière, par l’Institut 2050 auprès de presque 2 300 personnes, donne une idée des difficultés à se déplacer qu’une partie non négligeable de la population rencontre au quotidien. Selon cette enquête, 5% des Tchèques (soit un habitant du pays sur vingt) sont confrontés en permanence à des problèmes de mobilité qui les empêchent de satisfaire leurs besoins essentiels. A ce nombre s’ajoutent 6 % des Tchèques qui rencontrent de tels problèmes fréquemment et 15 % occasionnellement.
Pour les habitants d’environ 650 000 communes (autrement dit pour 6 % des Tchèques) aller au travail, à l’école, chez le médecin ou de faire des courses ne va pas de soi. Il s’agit notamment de personnes à faibles revenus et sans voiture.
Pour d’autres Tchèques également, les déplacements posent problème : ils se plaignent le plus souvent des fréquences de passage des transports publics qui sont souvent inadaptées aux besoins, voire incompatibles avec leur emploi.
« Je travaille comme esthéticienne et j’ai un emploi de temps irrégulier. Mais il m’arrive souvent d’être au travail toute la journée, même quand je n’ai pas de clients. Pour être à l’heure, je dois m’adapter aux transports et partir de chez moi deux ou trois heures en avance. Le soir, en rentrant, c’est pareil », a confié une des femmes interrogées dans le cadre de l’enquête réalisée par l’Institut 2050.
Des problèmes liés aux transports en commun touchent non seulement les villages isolés, mais également les communes situées à la limite des régions.
« Je me souviens en particulier des propos d’une femme qui, quelle que soit la météo, attend tous les jours plus de deux heures à l’arrêt de bus que son mari vienne la chercher en rentrant du travail. L’arrêt de bus n’a même pas d’abri et elle n’a pas assez d’argent pour pouvoir attendre dans un café ou un bistrot », raconte Jan Krajhanzl, psychologue environnemental et un des auteurs de l’enquête.
Celle-ci met également en lumière les difficultés des femmes en congé de maternité. « Celui qui a les clés de la voiture a gagné », constatent les experts, en s’appuyant là encore sur les chiffres fournis par l’Institut 2050 : selon ces données, 42 % des ménages tchèques disposent d’une voiture, tandis que 28 % des familles ne possèdent aucun véhicule.
Rebeka Hengalová de l’institut Europeum remarque : « Ce qui m’a choquée, c’est le nombre élevé de personnes âgées de 30 à 45 ans touchées par la précarité mobile : souvent, il s’agit de familles avec des enfants en bas âge qui disposent d’une seule voiture. Celle-ci est utilisée par une personne de la famille – en Tchéquie, c’est généralement le père de la famille qui s’en sert pour se rendre au travail. »
Autre constat alarmant qui ressort de l’étude : la précarité mobile concerne en Tchéquie de plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes, menacés d’exclusion.
« Soit ils n’ont pas encore de permis de conduire, soit ils vivent en périphérie, ils sont totalement dépendants de leurs parents. Ils ont des difficultés à se rendre à l’école ou au travail, mais cela limite aussi leurs relations sociales, leur accès à la culture et aux loisirs. À leurs yeux, la voiture est alors essentielle pour leur indépendance », explique encore Jan Krajhanzl.
Face au problème de la précarité mobile, de nombreuses communes, organisations et associations locales mettent en place des solutions innovantes, par exemple des minibus qui circulent à demande et peuvent être commandés, selon les besoins, par téléphone à la mairie ou via une application.






