Des étudiants français sur les traces de Václav Havel à Prague

Un petit groupe d’étudiants en tchèque, de l’Inalco et de la Sorbonne à Paris, a réalisé la semaine dernière un voyage d’étude autour de la figure du dramaturge, ancien dissident et premier président de la Tchécoslovaquie post-communiste, Václav Havel. Deux d’entre eux, Victor Biou et Noé Malagammana ont répondu aux questions de Radio Prague Int.  

VB : « Je suis Victor Biou, je suis étudiant à l’INALCO et à l’université Paris-Cité, Sorbonne-Paris-Nord. Je fais des études tchèques, de géographie et de l’économie. J’habite à Paris et on est là pour un voyage d’études sur les pas de Václav Havel. »

NM : « Moi c’est Noé, je suis étudiant en master. Je viens tout juste de terminer mon master en commerce international à l’INALCO, spécialisé dans l’Europe centrale. Je suis franco-tchèque et du coup je renoue un peu avec mes racines avec ce voyage pour découvrir le grand personnage qu’était Václav Havel. »

Noé Malagammana et Victor Biou | Photo: Anna Kubišta,  Radio Prague Int.

Pourquoi avez-vous choisi Václav Havel comme thème central de ce voyage ?

VB : « C’est son 90e anniversaire cette année et c’est une figure emblématique du paysage pragois, de la Tchéquie. Une figure politique, artistique. Une figure qui très importante qui rayonne par son combat pour les libertés et les droits humains. Et c’est un honneur de pouvoir rencontrer des gens qui ont travaillé avec lui, qui ont un souvenir encore vivant du personnage. »

Comment se déroule ce voyage ? Quelles personnes avez-vous rencontrées ? Quels lieux avez-vous visités ?

Václav Havel | Photo: Archives de ČRo

NM : « On découvre plein de personnes très intéressantes, comme Jaroslav Zajíček qui travaille avec Petr Pavel, le président tchèque actuel. Il nous a parlé de la figure de Václav Havel et comment son influence est encore bien présente dans le pays aujourd’hui. On a découvert aussi la bibliothèque Václav Havel, avec des personnes passionnées qui nous ont parlé de leur métier au quotidien. Et du travail monstrueux qu’est d’archiver tous les documents en lien avec lui. Donc c’est une expérience très enrichissante pour nous. »

Pour le coup, la bibliothèque Václav Havel est quelque peu dans la tourmente aujourd’hui. Mais c’est évidemment intéressant de rencontrer les gens qui y travaillent encore. Victor, qu’est-ce ce qui t’a marqué pour l’instant au cours de  ce séjour ?

Pièce de théâtre 'Asanace' de Václav Havel en sazmidat | Photo: Jekaterina Gerzman,  Radio Prague Int.

« En dépit du fait qu’on est arrivés en ayant en tête l’image du politique, du premier président de la Tchécoslovaquie, on découvre aussi que c’était un être humain qui est riche, qui a des défauts. On a passé bien trois heures à la librairie Libri Prohibiti. Et on a pu voir des tonnes d’archives et des récits de personnes qui, à travers l’art, essayent de combattre, de trouver une forme d’existence malgré la censure et une pensée dogmatique. »

Il faut rappeler que Libri Prohibiti est une librairie qui archive tous les samizdats, les textes interdits à l’époque du régime communiste. Est-ce que le nom de Václav Havel dit encore quelque chose aux Français aujourd’hui ?

NM : « C’est une très bonne question. Je pense que malheureusement, c’est un nom qui tombe de plus en plus dans l’oubli, en tout cas du côté français. Même si, récemment, on a pu voir l’inauguration du banc Václav Havel devant l’ambassade tchèque à Paris. Cela a pu redonner un peu d’actualité à ce personnage. Mais je pense qu’effectivement, on arrive dans un temps où de plus en plus de gens oublient qui était finalement ce grand personnage qui a façonné l’Europe centrale, qui était l’ami de nombreux politiciens aux Etats-Unis, en France, et ailleurs. »

L’inauguration du banc Václav Havel devant l’ambassade tchèque à Paris avec Petr Pavel et Dagmar Havlová | Photo: Martin Balucha,  ČRo

Qu’est-ce qui vous a le plus marqués dans sa vie et dans sa pensée ? Est-ce qu’il y a des choses qui, peut-être, sont une leçon pour nous aujourd’hui ?

VB : « Ce qui est très étrange avec Václav Havel, c’est qu’il est connu comme un modéré. Mais dans le régime communiste, qui était un régime extrémiste, in fine, sa modération était vue comme une forme de radicalité. Et c’est ce genre de radicalité qu’il nous faut. Aujourd’hui, on a des atteintes aux droits de l’homme dans le monde entier, jusqu’en Europe. Et c’est une forme de radicalité sur les droits humains, sur les droits de l’homme, de la femme, une forme d’universalité qu’il s’agit de rappeler. J’espère que ce sera l’objet de la restitution qu’on pourra faire au semestre prochain à l’INALCO. »

Václav Havel a dit : « L’inconvénient naturel de la démocratie est qu’elle lie les mains des personnes bien intentionnées et ouvre des possibilités illimitées à ceux qui ne la prennent pas au sérieux. » Qu’est-ce que cette phrase vous inspire ?

Václav Havel | Photo: Filip Jandourek,  ČRo

NM : « C’est une très belle phrase. Pour le coup, je pense que ça résume bien l’optimisme et la volonté qu’avait Václav Havel d’être purement libre. Je pense que c’était quelqu’un qui était bien plus libre dans un régime totalitaire que les gens aujourd’hui dans des démocraties. Donc je pense qu’on voit bien ces deux aspects. »

VB : « Je ne serais pas tout à fait d’accord avec Havel parce que la démocratie reste sans doute le bien le plus précieux qu’on puisse avoir. Oui, la démocratie a des failles parce qu’elle donne la liberté à chacun et chacune. Mais elle n’est pas fondamentalement fragile. Et c’est simplement les individus et les groupes qui essayent de s’emparer du pouvoir. La beauté de la démocratie, c’est sa fragilité. C’est pour ça qu’il nous faut une radicalité dans les droits humains, dans la liberté d’expression, et avoir une forme de garde-fou. Donc non, je ne pense pas que la démocratie nous lie les mains, elle nous donne un socle commun qu’il s’agit de protéger.

Photo: Anna Kubišta,  Radio Prague Int.