Sept langues pour informer le monde. Plongée dans les coulisses de Radio Prague Int. (8e épisode)

Radio Prague International fête ses 90 ans. À cette occasion, nous vous proposons de retracer l’histoire de la station des années 1930 jusqu’à nos jours. Dans ce huitième et dernier épisode, découvrez les coulisses du travail quotidien des journalistes des sept rédactions de Radio Prague International, qui œuvrent chaque jour pour informer le monde sur l’actualité de la République tchèque.

Extraits. Pour découvrir l’intégralité de l’épisode et écouter les archives sonores, appuyez sur le bouton « Lecture ».

Il est 9 heures du matin lorsque, au quatrième étage du bâtiment de la Radio tchèque, commence la conférence de rédaction. Autour de la table sont réunis les représentants des sept rédactions linguistiques : tchèque, allemande, française, anglaise, espagnole, russe et ukrainienne. Chaque matin, elles présentent à tour de rôle les sujets qu’elles envisagent de traiter au cours de la journée. Un moment essentiel dans le travail d’un média, d’autant que, pour beaucoup d’auditeurs et de lecteurs, Radio Prague International constitue la seule source d’information fiable et continue sur la République tchèque dans leur langue.

Klára Stejskalová | Photo: Hana Řeháková,  Radio Prague Int.

« Différentes études le confirment. Lorsqu’un événement majeur survient, comme pendant la pandémie de Covid-19 ou lors d’inondations, la fréquentation de notre site augmente considérablement : les gens cherchent alors des informations fiables et actualisées. Pour le public anglophone, les sources d’information sur la République tchèque sont plus nombreuses. En revanche, en allemand, en espagnol ou en français, nous faisons certainement partie des rares sources d’information disponibles », explique la rédactrice en chef de la station, Klára Stejskalová.

Rédacteur de la rédaction allemande, Ferdinand Hauser poursuit :

« Nous informons sur tout ce qui se passe en Tchéquie. Évidemment, à la rédaction allemande, nous accordons une large place aux relations tchéco-allemandes et tchéco-autrichiennes, ce qui me plaît tout particulièrement, car il n’existe pas d’autre média qui informe quotidiennement les publics allemand et autrichien sur l’actualité de la République tchèque. »

Ferdinand Hauser | Photo: Till Janzer,  Radio Prague Int.

Pour son reportage d’une demi-heure consacré aux ravages du tourisme lié à l’alcool bon marché et à ses conséquences sur la vie des habitants du centre de Prague, Ferdinand Hauser a reçu en 2025 le Prix journalistique tchéco-allemand.

« J’ai filmé des touristes qui arpentaient Prague avec pour seul objectif de se saouler, mais aussi des habitants qui avaient précisément quitté le centre de la capitale, lassés par le bruit. Après la diffusion du reportage, j’ai reçu plusieurs e-mails de personnes effarées par ce qu’elles avaient découvert. Beaucoup d’Allemands aiment Prague : voir la ville ainsi malmenée les a donc forcément touchés. »

« Favoriser la compréhension commune, pour qu’un Français, un Belge ou un Suisse, sache ce qui se passe plus à l’Est »

Mais que diffuse concrètement Radio Prague International ? En premier lieu, des informations sur la République tchèque : des informations d’actualité, vérifiées et traitées de manière professionnelle.

Anna Kubišta | Photo: Ondřej Tomšů,  Radio Prague Int.

« Quand on cherche sur Internet des informations sur la République tchèque, on tombe généralement soit sur des sites touristiques, soit sur des sites historiques. On ne trouve pas vraiment d’informations sur l’actualité. Nous comblons en quelque sorte ce vide. Nous n’allons pas analyser certaines affaires ou certains sujets de manière aussi approfondie que pourraient le faire les médias tchèques pour leur public tchèque. Nous essayons plutôt d’expliquer la situation et de la résumer pour notre public francophone.

« C’est un travail qui a, je pense, son utilité, notamment dans le cadre de l’Union européenne, où se côtoient de nombreux États aux intérêts parfois différents. Il me semble important de favoriser cette compréhension commune, pour qu’un Français, un Belge ou un Suisse, par exemple, sache ce qui se passe un peu plus loin à l’Est, au-delà du Rhin, en Europe centrale », explique Anna Kubišta, journaliste de la rédaction française.

Guillaume Narguet avec Petr Čech | Photo: Radio Prague Int.

Quant au contenu des programmes de la rédaction française de Radio Prague International, il se veut volontairement aussi large que possible, comme l’explique l’un de ses rédacteurs, Guillaume Narguet :

« Cela va de la politique à l’économie, en passant par la culture, le sport, les faits de société et le tourisme. Il y a vraiment de tout. Je dirais que notre mission est de présenter la République tchèque telle qu’elle est réellement.

« Il existe en France un certain intérêt pour ce qui se passe en Tchéquie, puisque nos deux pays ne sont distants, en fin de compte, que de quelques centaines de kilomètres. Les Français s’intéressent notamment à la culture et au sport tchèques. Et je ne pense pas trop m’avancer en disant que la République tchèque est, par exemple, mieux connue en France qu’au Royaume-Uni. »

Eliška Oplová,  Klára Schindlerová et Anna Kubišta | Photo: Helene Buisson

En Amérique latine, les auditeurs en ondes courtes toujours au rendez-vous

Depuis 90 ans, Radio Prague International sert de pont entre la République tchèque et le reste du monde. Y compris avec des régions du monde parfois très éloignées, comme le confirme le directeur de la rédaction espagnole, Daniel Ordóñez.

Daniel Ordóñez avec la pilote automobile Gabriela Jílková | Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

« En Amérique latine se trouve une importante diaspora tchèque. Il y a encore un siècle, de nombreuses associations de Tchèques expatriés y existaient. Ces personnes nous écoutent toujours régulièrement. Elles ont conservé leur identité tchèque et perpétuent les traditions de leurs ancêtres, qui ont émigré pour la plupart il y a une centaine d’années. En revanche, elles ne parlent plus tchèque, ou alors seulement de façon très limitée. »

L’espagnol est l’une des dernières langues dans lesquelles Radio Prague International émet encore en ondes courtes. Le signal ne part toutefois pas de République tchèque : il est repris puis retransmis à destination de l’Amérique latine par une station de radio à ondes courtes située à Miami, en Floride.

« En Russie, nous sommes officiellement bloqués, mais nous trouvons des parades »

Après le service ukrainien, créé au lendemain de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, la rédaction russe est la deuxième plus jeune rédaction de Radio Prague International. Elle a été créée en 2000 et était alors dirigée par David Vaughan.

David Vaughan | Photo: Pavla Horáková,  Radio Prague Int.

« Pour être tout à fait honnête, j’étais un peu sceptique au début, mais je suis vraiment très heureux que la rédaction russe ait finalement vu le jour. C’était très stimulant de constituer cette équipe et de faire en sorte qu’une toute nouvelle rédaction, sans tradition ni histoire derrière elle, commence à fonctionner. Et puis, c’était une époque complètement différente. La Russie avait alors un nouveau président, nommé Vladimir Poutine. Tout le monde pensait qu’il apporterait un peu de modernité.

« Nous avions trouvé des partenaires en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques pour rediffuser nos programmes sur leurs stations en très hautes fréquences et en ondes moyennes. Mais, progressivement, la situation a changé. Soudain, il y a eu des signes étranges, comme si l’on ne souhaitait plus que nous soyons présents là-bas. Aujourd’hui, le gouvernement russe considère Radio Prague International comme un ennemi. Mais de notre côté, rien n’a changé. »

La journaliste de la rédaction russe, Olga Vasinkevitch précise :

Olga Vasinkevitch | Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

« En Russie, nous sommes officiellement bloqués. Cependant, nous constatons, dans nos statistiques mensuelles, que des personnes en Russie parviennent, d’une manière ou d’une autre, à accéder à nos contenus. Elles peuvent nous lire sur Facebook et Telegram ou nous écouter sur les plateformes de streaming. Avec un VPN [Virtual Private Network], il est également possible de contourner le blocage et d’accéder à notre site.

« Nous travaillons donc dans des conditions un peu différentes de celles des autres rédactions. Malgré notre blocage, nous essayons de trouver des parades et nous y arrivons, certes à une échelle plus réduite, mais cela fonctionne toujours. »

A la Radio tchèque, le service international, pionnier de l’Internet…

Radio Prague International a cessé ses émissions en ondes courtes le 31 janvier 2011. Depuis, l’intégralité de ses programmes est disponible sur Internet. Peu de gens savent, cependant, que, dans le domaine des nouvelles technologies, le service international de la Radio tchèque a longtemps fait figure de pionnier. Radio Prague International a, en effet, été le premier média en République tchèque à disposer de son propre site web. La station s’est lancée sur Internet dès 1994, à une époque où la plupart des gens ne savaient même pas encore ce que ce mot signifiait.

La première rédaction d'Internet avec son fondateur,  Dušan Pálka | Photo: Radio Prague International

Ce statut de précurseur, Radio Prague International le doit à son directeur de l’époque, Dušan Pálka.

« Lorsque j’ai entendu parler d’Internet pour la première fois, c’était dans les dépêches des agences de presse. Plus tard, ma future épouse est venue me voir avec une présentation expliquant ce qu’était Internet et comment l’utiliser. J’ai immédiatement compris que c’était une occasion incroyable et qu’il fallait la saisir.

« À cette époque, je réfléchissais justement à la manière de réduire notre budget. Environ 50 % de celui-ci était consacré aux émetteurs à ondes courtes, ce qui représentait une somme considérable. Il nous fallait donc trouver un autre moyen de transmettre nos informations. »

… et du podcasting !

Le service international a toujours eu, au sein de la Radio tchèque, une longueur d’avance. En 2007, Radio Prague International se lance ainsi dans le podcasting, aujourd’hui très populaire, même si les auditeurs pouvaient déjà, bien avant cela, télécharger les émissions dans l’une des six langues dans lesquelles la station diffusait alors, comme l’explique l’ancien directeur de la station, Miroslav Krupička.

Miroslav Krupička | Photo: Radio Prague Int.

« Nous avons commencé à enregistrer des podcasts vers 1998. À l’époque, les téléphones portables n’étaient pas aussi intelligents qu’aujourd’hui. Ils n’avaient pas d’applications aussi simples d’utilisation. Le téléchargement de ces podcasts, c’est-à-dire de fichiers audio, se faisait donc au moyen de flux RSS. C’était un peu plus compliqué, mais dans le fond, c’était déjà ce que nous appelons aujourd’hui des podcasts. Il était ainsi possible de télécharger une partie précise de nos programmes, ou même l’émission complète de trente minutes, et de l’écouter ultérieurement.

« Les auditeurs des ondes courtes continuaient malgré tout à nous écrire et à nous téléphoner. Ils aimaient aussi venir nous rendre visite à la radio durant les mois d’été, à l’occasion de leurs vacances en Europe. Évidemment, leur nombre a progressivement diminué au fil des années. Mais la jeune génération, elle, a naturellement suivi l’évolution technologique. Nous avons donc peu à peu perdu une partie de notre public, mais en avons parallèlement trouvé un autre. »

Diffusion en ondes courtes de Radio Prague | Source: ČRo

Aujourd’hui, le site Internet de Radio Prague International enregistre chaque année huit millions de visites.

8 millions de visites chaque année sur le site de la station

Et puis, Radio Prague International ne serait rien sans ses auditeurs. Difficile de savoir combien ils ont été au cours des 90 années d’existence de la station. Une chose est sûre, cependant : leur attachement aux émissions internationales reste profond, comme en témoignent les nombreux messages reçus du monde entier.

Lors d’une récente visite à Prague, Ramanou Baiou, originaire de Parakou au Bénin, a partagé son histoire avec Radio Prague International au micro de la station :

« Lorsque nous écoutions Radio Prague, nous avions pour habitude d’envoyer des rapports d’écoute à Prague et de recevoir en retour des cartes QSL. Pour la plupart, les cartes de Radio Prague montraient des monuments de la République tchèque. Et là, depuis quelques jours, je découvre en vrai certains de ces monuments… Alors, vous imaginez… J’ai conservé chez moi ces cartes QSL dans ma petite collection de toutes les stations de radio du monde et il m’arrive encore de les regarder de temps à autre. Aujourd’hui, je vois tout cela de mes propres yeux et c’est exceptionnel ! »

Ramanou Baiou au studio avec Guillaume Narguet | Photo: Archives de Ramanou Baiou

Les cartes QSL, éléments indissociables des émissions internationales

Les rapports d’écoute et les cartes QSL, mentionnés par Ramanou Baiou, sont des éléments indissociables des émissions internationales. À l’origine, lorsqu’un auditeur à l’autre bout du monde captait les émissions d’une station en ondes courtes, il pouvait signaler à la station la qualité du signal reçu. En retour, celle-ci lui envoyait une confirmation de réception, appelée carte QSL.

Kristýna Marková avec les cartes QSL | Photo: Klára Stejskalová,  Radio Prague Int.

Les cartes QSL ne remplissent plus aujourd’hui leur fonction première. Elles restent néanmoins un lien entre la station et ses auditeurs. Chaque carte est, à sa manière, une petite œuvre d’art. Depuis quelques années, leur design est réalisé par l’artiste tchèque Kristýna Marková. Cette dernière se souvient d’ailleurs très bien de la première série qu’elle a eu à réaliser, consacrée aux compositeurs tchèques.

« J’avais décidé de ne pas chercher à représenter leurs portraits, mais plutôt d’opter pour une forme plus abstraite en recourant à l’esthétique du collage et au travail du papier. Je voulais exprimer ce que leur musique me faisait ressentir personnellement.

« C’est pour moi une grande joie et un honneur de pouvoir, grâce à mes réalisations, représenter notre média de service public à l’étranger. J’aime l’idée que ces cartes QSL puissent arriver quelque part à l’autre bout du monde et que quelqu’un les expose ensuite sur son bureau ou sur son réfrigérateur », confie Kristýna Marková.

Chaque année, Radio Prague International propose une nouvelle série de cartes QSL consacrée à un thème particulier. Après la musique tchèque en 2024 et les animaux des zoos tchèques en 2025, les cartes de 2026 célèbrent le 90e anniversaire de la station.

QSL spéciale pour le 90e anniversaire de Radio Prague | Source: Kristýna Marková,  Radio Prague Int.
Auteurs: Jaromír Marek , David Hertl , Aleš Krupka , Paul-Henri Perrain
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