« Penser le monde par le film » : à Jihlava, le documentaire à l’honneur pour la 30e fois
Événement toujours très attendu dans le calendrier culturel en République tchèque à l’automne, le Festival international du film documentaire Ji.hlava débutera à Jihlava, ce vendredi 23 octobre. Cette année, il s’agira de la 30e édition de l’un des plus importants rendez-vous du genre en Europe centrale et de l’Est.
Voir, regarder, mais aussi réfléchir et discuter. Depuis sa première édition en 1997, l’objectif du festival, qui se tient dans la jolie ville de Jihlava, à la frontière entre Bohême et Moravie, est toujours resté le même. Et il en sera de même cette année encore, à l’occasion de cette 30e édition-anniversaire au programme duquel, le temps de dix jours, jusqu’au 1er novembre, figurent plus de 350 films du monde entier.
Dans un entretien accordé à la rédaction anglophone de RPI, le directeur du festival, Marek Hovorka, a expliqué que, dans un monde globalisé où l’information est instantanément accessible mais où de plus en plus de contenus courts sont consommés, les documentaires continuent de jouer un rôle irremplaçable en nous permettant de réfléchir aux différents événements qui se passent aux quatre coins de la planète :
« Au bout de trente années de festival, je suis ravi de constater que ce sont désormais les documentaristes qui apportent un regard neuf sur les problématiques actuelles. Auparavant, nous recevions ce type de retour des médias. Mais avec l’avènement d’Internet et la numérisation des médias, ces derniers sont contraints d’être toujours plus rapides. »
Si choisir un thème central pour cette édition 2026 a constitué un véritable défi pour ses organisateurs compte tenu de la diversité des 350 films en compétition, Marek Hovorka explique que l’idée finalement retenue est de se concentrer sur les films qui ont changé le monde.
« « Il y a tellement de films qui ont changé des vies positivement. Certains sont très connus comme ‘Le Dossier Adams’ d’Errol Morris ou ‘Titicut Follies’ de Frederick Wiseman, mais je pense là aussi, par exemple, au travail de réalisateurs comme Rithy Panh ou Chris Marker. C’est pourquoi nous proposons une rétrospective pour cet anniversaire avec treize films qui ont vraiment eu un impact profond sur la vie des gens. »
Parmi les autres films de cette rétrospective figurent notamment ‘Harvest of Shame’, qui a contribué à attirer l’attention du public sur le sort des travailleurs agricoles immigrés aux États-Unis, ou ‘Děti bez lásky’(« Children Without Love » - « Des enfants sans amour »), un documentaire tchécoslovaque datant de 1963, signé Kurt Goldberger, qui a alimenté le débat sur la prise en charge des enfants placés et grandissant en institution.
Le festival reviendra également sur sa propre histoire à travers un essai cinématographique d’archives réalisé par Andrea Slováková, intitulé provisoirement ‘Ji.hlava 30 : Penser par le film’. S’appuyant sur près de 100 heures de diverses images d’archives, le film explore l’évolution de la réflexion des cinéastes sur le cinéma documentaire au cours des trente dernières années.
Parmi les invités d’honneur de cette 30e édition figure la cinéaste et écrivaine vietnamo-américain Trinh T. Minh-ha, qui a grandi à Saïgon pendant la guerre du Vietnam et recevra le Prix de la contribution au cinéma mondial lors de la cérémonie de clôture du festival.
La réalisatrice new-yorkaise Lynn Sachs sera quant à elle membre du jury, tandis que Viktor Kossakovski sera de retour à Jihlava. Premier lauréat de ce prix en 1999, le cinéaste russe exilé présentera ses deux derniers films « Holy Wood Dust », exploration inédite des arbres de leur point de vue, et ‘Trillion’ qui, lui, aborde le thème de la santé des océans.
Mais aux yeux de Marek Hovorka, il ne s’agit pas seulement de se retourner sur le passé, mais aussi de se tourner vers l’avenir, et ce, pour que le festival Ji-hlava conserve ce qui fait sa force et son charme :
« Il est important pour nous de créer un environnement empreint de liberté et d’audace, un environnement ouvert à toutes les perspectives et à tous les points de vue, même ceux avec lesquels nous pouvons ne pas être d’accord. Car j’ai parfois le sentiment que nous vivons dans un monde cloisonné composé de bulles dont chacune détient sa propre vérité. Nous tenons à ce que Ji.hlava reste ce que nous nous efforçons qu’il soit depuis des années, à savoir un festival ouvert d’esprit où la liberté de pensée est de mise. »




