A Prague, Andrej Babiš a reçu Péter Magyar, l’homme qui a fait tomber son ancien allié hongrois
Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš (ANO) a accueilli jeudi à Prague son homologue hongrois Péter Magyar et huit membres de son gouvernement pour la toute première réunion intergouvernementale entre les deux pays. Une rencontre à la portée politique particulière puisque le chef du gouvernement tchèque recevait celui qui a mis fin, en avril dernier, aux seize années de pouvoir de Viktor Orbán, avec lequel il n’a jamais caché sa proximité.
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Les délégations tchèque et hongroise se sont retrouvées à la villa Kramář pour des consultations consacrées notamment à la sécurité énergétique, à la migration, à la compétitivité européenne et à la coopération économique. Les discussions ont également porté sur les infrastructures de transport puisque Prague et Budapest souhaitent faire la promotion de l’édification d’une ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Prague, Brno, Bratislava et Budapest. Péter Magyar a évoqué la possibilité de relier Budapest à Prague en trois heures seulement (contre sept actuellement). Les deux gouvernements ont à cette occasion signé un mémorandum de coopération dans le domaine des transports et entendent rechercher activement des financements européens pour ces projets d’ici les sept prochaines années.
Andrej Babiš a qualifié cette première réunion de « jalon important » dans les relations tchéco-hongroises. Il a également salué la relance du groupe de Visegrád, qui réunit la Tchéquie, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie. Celui-ci était largement en sourdine suite aux nombreux désaccords entre les gouvernements sur la question de la guerre en Ukraine. Mais le vent a tourné depuis, avec les divers changements de législatures.
Alors que la Tchéquie doit prendre la présidence du groupe en juillet 2027, Andrej Babiš a rappelé les pays d’Europe centrale ont davantage de poids lorsqu’ils agissent ensemble. Péter Magyar a lui aussi plaidé pour une coopération régionale renforcée, estimant que les pays concernés pouvaient obtenir de meilleurs résultats en défendant ensemble leurs intérêts au niveau européen. Une prochaine réunion intergouvernementale est d’ailleurs prévue à Budapest au printemps.
Cette volonté de rapprochement affichée ne peut toutefois faire oublier les liens étroits qui unissaient jusqu’alors Andrej Babiš et l’ancien Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Sur la même longueur d’onde à propos de certaines questions européennes, les deux hommes appartiennent au groupe politique du Parlement européen des Patriotes pour l’Europe. Andrej Babiš avait ouvertement soutenu son allié avant les élections hongroises d’avril, aux côtés de son homologue slovaque Robert Fico. Pas plus tard que mi-octobre, les deux hommes s’affichaient encore, dans les bras l’un de l’autre, lors d’un sommet des Patriotes pour l’Europe à Bruxelles, comme en témoignent des photos publiées par Viktor Orbán sur sa page Facebook.
Interrogé sur cette proximité passée, Andrej Babiš a minimisé les divergences avec le nouveau gouvernement hongrois. Péter Magyar, lui, n’y est pas allé avec le dos de la cuiller pour évoquer son prédécesseur défait : interrogé sur une éventuelle candidature de Viktor Orbán au poste de secrétaire général de l’ONU, il a estimé que l’organisation ne devait pas être dirigée par « le chef d’une mafia », réitérant ses dénonciations contre l’ancien gouvernement qu’il accuse d’avoir pillé le pays. Le Premier ministre tchèque s’est gardé de tout commentaire sur les accusations de son homologue et a préféré insister sur les intérêts communs des deux pays.
Péter Magyar a par ailleurs été reçu par le président tchèque Petr Pavel. Les discussions ont notamment porté sur l’élargissement de l’UE, sur la guerre en Ukraine et sur la nécessité pour l’Europe d’être représentée par une personnalité disposant d’un mandat clair pour d’éventuelles négociations de paix.
Avant de se rendre à Prague, Péter Magyar avait symboliquement placé sa visite sous les auspices de deux grandes personnalités tchèques, en invoquant l’écrivain Bohumil Hrabal et l’ancien président Václav Havel dans un post sur le réseau X : une façon d’annoncer le ton qu’il souhaite donner à ces nouvelles relations bilatérales au sein d’une Europe centrale en recomposition ?





