Nouveau gouvernement : les choses se précisent, Andrej Babiš continue de mener sa barque
Un mois peu ou prou après la tenue des élections législatives, qui ont abouti à une large victoire du mouvement populiste ANO d’Andrej Babiš, la probable future coalition gouvernementale, que devraient compléter le SPD et les Automobilistes, deux partis d’extrême droite, prend, jour après jour, des contours toujours un peu plus concrets.
Ce lundi, en même temps qu'ont été présentées les grandes lignes du programme du nouveau cabinet pour les quatre prochaines années, l’accord de coalition a ainsi été signé par les trois formations partenaires.
Pour 91 des 200 députés qui composent la nouvelle Chambre basse du Parlement, parmi lesquels douze sont âgés de moins de 30 ans - soit quatre fois plus qu’à l’issue des précédentes élections législatives il y a quatre ans -, ce lundi après-midi aura marqué une grande première. À l’occasion de l’ouverture de la séance inaugurale, durant laquelle tous, l’un après l’autre, ont prêté serment et se sont engagés à respecter la Constitution, ils ont en effet pris place pour la première fois sur les bancs de la grande salle du palais Thun. Et si tout se passe bien pour eux, cette place restera la leur au moins jusqu’en 2029.
Au-delà de ces formalités protocolaires d’usage, cette réunion constitutive, qui s’étend traditionnellement sur plusieurs jours, sera également marquée, ce mercredi, par l’élection du nouveau président de l’assemblée qui dispose du pouvoir législatif. Soit la troisième plus haute fonction dans l’appareil politique tchèque.
Une élection dont le grand favori, conformément aux accords préalablement conclus entre les partenaires de la future coalition, sera Tomio Okamura, le leader de Liberté et démocratie directe (SPD). Un parti nationaliste qui est affilié au groupe de l’Europe des nations souveraines au Parlement européen et dont la participation à la formation du gouvernement constitue également une autre grande première en Tchéquie. Jamais, en effet, dans l’histoire du pays une formation d’extrême droite n’avait encore été partie prenante d’une coalition.
La signature de l’accord de coalition avec les dirigeants du mouvement ANO et des Automobilistes, autre formation très à droite sur l’échiquier politique tchèque, ce lundi en début d’après-midi, juste avant, donc, la tenue de la première session de la nouvelle Chambre des députés, a confirmé cette nouvelle réalité.
Bien que sans aucune valeur juridique, l'accord de coalition sont un document qui, de manière générale, définit les principaux objectifs qui figurent dans le programme du nouveau gouvernement, détermine le nombre de ministres et leur répartition entre les différents partis qui composent la coalition. Les parties contractantes s’engagent également à faire en sorte que ce nouveau cabinet obtienne la confiance des députés. Dans le cas présent, le vote en question ne devrait toutefois constituer qu’une simple formalité puisque, avec un total de 108 voix, ANO, le SPD et les Automobilistes disposeront à eux trois d’une confortable majorité.
Avant cela, vendredi 31 octobre, Andrej Babiš, leader du mouvement ANO et probable futur Premier ministre, a envoyé au président de la République, Petr Pavel, un autre document désigné en tchèque comme « la déclaration de programme du gouvernement », l’équivalent d’une déclaration de politique générale. Puisque le nouveau gouvernement n’a pas encore été nommé par le chef de l’État, il ne s’agit pour l’heure que d’un document au stade de projet dans lequel sont présentées les grandes orientations et les réformes envisagées par un cabinet qui devrait être composé de seize ministres.
Plus concrètement, selon les observateurs de la scène politique tchèque, et comme l’a lui-même admis Andrej Babiš à demi-mot, cette déclaration de programme, fruit d’une semaine de négociations entre les trois partis, reprend pour l’essentiel les priorités du mouvement ANO.
Si l’adoption du budget de l’État pour 2026 avant la fin de l’année constituera la priorité des priorités pour ce gouvernement en cours de formation, à la différence d’une adoption de l’euro qui, elle, n’est absolument pas envisagée, l’observateur étranger, pour sa part, retiendra d’abord l’annonce de la volonté de ne pas remettre en cause l’ancrage à la fois géopolitique et sécuritaire de la Tchéquie au sein de l’OTAN et de l’Union européenne.
Et ce, donc, malgré les positions eurosceptiques du SPD et des Automobilistes, malgré aussi la volonté de faire prévaloir ce qui est vaguement désigné comme « les intérêts nationaux tchèques » en matière d’affaires européennes - dont le poste de ministre sera d’ailleurs supprimé -, ou encore malgré la volonté d’Andrej Babiš de « rétablir et renforcer les relations perturbées » avec la Slovaquie de Robert Fico et la Hongrie de Viktor Orbán au sein du groupe de Visegrád.






