Canicule en Tchéquie : les records de chaleur contredisent le discours politique
41, 9 °C mesurés dimanche à Doksany dans le nord de la Bohême : un record de chaleur jamais mesuré en Tchéquie. Alors que le week-end dernier, le mercure a dépassé les 37 °C dans la plupart des régions et que les records sont tombés les uns après les autres, les météorologues rappellent que ces vagues de chaleur ne sont plus une exception mais une tendance de fond. L’Europe est aujourd’hui le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde, et l’Europe centrale figure parmi les régions où cette accélération est la plus marquée.
Quand il a pris provisoirement la tête du ministère de l’Environnement en décembre dernier, l’actuel ministre des Affaires étrangères Petr Macinka a lancé devant les caméras une formule qui a immédiatement provoqué la polémique : « à compter de ce jour, la crise climatique est terminée en Tchéquie ». Quelques jours plus tard, le dirigeant du parti des Automobilistes qui avait parlé de faire « couler du sang vert », supprimait la section de protection du climat au sein du ministère, en vertu d’une prétendue « désidéologisation » de l’administration, estimant que la politique environnementale devait désormais privilégier l’industrie et l’agriculture plutôt que les objectifs climatiques.
Quelques mois plus tard, pourtant, la canicule qui a assommé pendant plusieurs jours la France et d’autres pays de l’ouest de l’Europe, et qui, dans la foulée, a touché également l’Europe centrale en général et la Tchéquie en particulier, s’apparente à un démenti criant de ces déclarations spectaculaires. En effet, les données accumulées par les scientifiques racontent une tout autre histoire.
Selon les observations du service européen Copernicus et de l’Organisation météorologique mondiale, la température moyenne en Europe augmente environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Au cœur de l’Europe centrale, la Tchéquie est particulièrement exposée.
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Les mesures de l’Institut hydrométéorologique tchèque montrent que la température moyenne du pays a déjà augmenté d’environ deux degrés depuis le début des années 1960. Les dix années les plus chaudes jamais enregistrées appartiennent toutes ou presque au XXIe siècle. Exsangues après des coupes budgétaires sans précédent directement liées à l’arrivée au pouvoir de partis politiques climatosceptiques, les météorologues tchèques avaient déjà tiré la sonnette d’alarme au printemps : les mois de mars et d’avril 2026 figurent en effet parmi les plus secs jamais enregistrés depuis le début des relevés modernes en 1961.
Si les pluies tombées au début du mois de juin ont permis d’atténuer la sécheresse des sols, qui avait atteint un niveau extrême dans certaines régions et causé des dommages irréversibles à une partie des cultures, cette amélioration ne concernait que la couche superficielle du sol. Les couches plus profondes, elles, sont restées largement asséchées, notamment en Moravie, où les pluies ont été bien moins importantes que dans une grande partie de la Bohême.
Des épisodes météorologiques plus extrêmes
Une visualisation publiée récemment par la Radio tchèque illustre de manière frappante cette évolution. Au fil des décennies, le graphique concernant la Tchéquie (et le reste de l’Europe centrale) passe progressivement du bleu au rouge foncé : les températures qui étaient autrefois considérées comme exceptionnelles deviennent progressivement la nouvelle norme.
Les conséquences sont visibles dans tout le pays. Les journées dépassant les 30 °C sont de plus en plus nombreuses, les nuits où le mercure ne retombe pas en-dessous d’un certain seuil de fraîcheur nécessaire à un bon sommeil concernent désormais régulièrement Prague, Brno ou Ostrava, tandis que les sécheresses prolongées fragilisent les forêts, réduisent les rendements agricoles et mettent sous pression les ressources en eau. A titre d’exemple, Adolf Vondrka, pisciculteur dans la région de Pardubice, a récemment alerté sur la sécheresse chronique qui frappe les étangs locaux, menaçant d’ores et déjà l’élevage des jeunes poissons, dans un pays sans accès à la mer et très friand des poissons d’eau douce.
A l’inverse, lorsque les précipitations surviennent, elles prennent davantage la forme d’orages violents capables de provoquer des inondations locales. Il en va ainsi de la ville de Jihlava, dans la région de la Vysočina, dont certaines rues se sont retrouvées sous l’eau, lundi, et où les pompiers ont dû intervenir à plusieurs reprises pour dégager des arbres tombés sur des voies ferrées, interrompant le trafic. Les scientifiques rappellent que le changement climatique, ce n’est pas uniquement la chaleur, mais des épisodes météorologiques extrêmes : lundi, dans le piémont de la Šumava, des grêlons de 10 cm de diamètre sont ainsi tombés à la faveur d’orages puissants, endommageant toitures, serres et véhicules.
Des conséquences néfastes pour la population
Au-delà des records météorologiques, les conséquences concernent désormais directement la santé des populations. L’OMS rappelle que la chaleur est l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières en Europe. En France, les premiers bilans évoquent une surmortalité liée à la récente canicule, faisant état d’environ 1 000 morts supplémentaires.
Déjà en 2022, des experts tchèques mettaient en garde contre la sous-estimation des vagues de chaleur, estimant, sur la base de celles survenues entre 2010 et 2019, qu’elles devraient être traitées avec la même attention et le même sérieux que les inondations auxquelles le pays est régulièrement confronté. Des chercheurs de l’Académie tchèque des sciences soulignaient que la chaleur provoquait un nombre croissant de décès prématurés, notamment à Prague, où l’effet d’îlot de chaleur urbain aggrave les risques pour les personnes âgées et les malades chroniques. Ils appelaient les autorités à développer des systèmes d’alerte, des plans d’adaptation et une meilleure protection des populations vulnérables.
Depuis, rien ou peu a été fait en la matière. Il y a quelques jours, des élues du Parti pirate ont appelé à un débat sur la préparation du pays aux vagues de chaleur, un enjeu de santé publique et de sécurité civile. Or, leur intervention a été accueillie par des moqueries sur les bancs de la majorité. Le ministre des Affaires étrangères Petr Macinka a ironisé en affirmant que « la crise climatique consiste à ce qu’il fasse chaud en été, froid en hiver et nuit la nuit », avant d’ajouter que « les Verts sont particulièrement surchauffés ».
Les propositions des Pirates visant à débattre de la communication de crise de l’Etat et de son adaptation aux épisodes de chaleur extrême ont finalement été rejetées, repoussant donc aux calendes grecques la prise en compte concrète d’un paradoxe saisissant : au moment où certains responsables politiques affirment que « la crise climatique est terminée », les indicateurs climatiques, eux, continuent leur inexorable passage du bleu au rouge.







