Nouvelles Dimanche, 02. JANVIER, 2000

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Par Jaroslava Gissubelova

Fête grandiose du jour de l'An

L'ambiance de fête grandiose a marqué les célébrations de l'arrivée de l'an 2000. Les mauvaises surprises n'ont pas eu lieu. Il n'y avait pas eu de bogue informatique, ni complications quelconques liées au passage à l'an 2000. Prague a débordé des milliers de visiteurs rassemblés sur la place historique de la Vieille-Ville, où des feus d'artifice et un spectacle laser sont montés à minuit. D'autres feus d'artifice ont éclairé l'esplanade de Letna et la place Venceslas au centre ville, où les célébrations ont été les plus bruyantes. Parmi ceux qui ont fêté dans les rues, il y avait également le président Vaclav Havel qui s'y est rendu, peu avant minuit, avant de porter toast à la TV tchèque.

Les premières heures de 2000

Les médecins ont dû intervenir plusieurs fois pendant la nuit du 31 décembre au 1er janvier. A l'hôpital de Prague-Vinohrady, on a soigné une dizaine de personnes blessées lors de la manipulation de la technique explosive. C'est aussi à Prague que le premier enfant de l'an 2000 est né, la première minute après minuit.

Le passage s'est bien passé pour la centrale nucléaire de Dukovany. La centrale a maintenu le régime normal et son passage a été suivi par l'Agence internationale de l'énergie atomique à Vienne.

Au matin, le 1er janvier 2000, une colonne de voitures tchèques transportant huit blocs électrogènes en aide à la France ravagée par des tempêtes est arrivée à Reims. La République tchèque a proposé son aide à la France la semaine dernière.

Le 1er janvier 2000 est aussi la date de l'entrée en vigueur du nouveau découpage administratif de la République tchèque. Son territoire est divisé en 14 régions qui assumeront plusieurs compétences ayant appartenu jusqu'ici à l'Etat.

Discours du jour de l'An de Vaclav Havel

Le chef de l'Etat, Vaclav Havel, a présenté ses voeux et prononcé le discours du jour de l'An. En voici les grandes lignes:

Nous sommes entrés dans l'année au tournant des siècles. Ce temps est ressenti comme un appel à une réflexion plus profonde sur nous-mêmes, sur le monde, sur le sens des choses. Si je devais caractériser brièvement la situation du monde actuel, je dirais qu'elle est alarmante. Certaines prévisions disent que la Terre pourrait avoir, à la fin du siècle prochaine, jusqu'à 40 milliards d'habitants. Les problèmes dus à la mondialisation pèsent de plus en plus sur la civilisation actuelle. La tentative de certaines communautés de sauvegarder leur identité multiplie les conflits de cultures. Le commerce global de la technique sophistiquée favorise la propagation du crime organisé et du terrorisme.

La forme actuelle de l'économie de marché mondiale fait naître différentes sortes d'injustice économique. Les corporations supranationales exercent une influence de plus en plus grande sur la politique des Etats. L'économie mondiale fleurit, mais dans 80 pays du monde, le revenu moyen est nettement plus bas qu'il y a dix ans.

L'idée des droits de l'homme et de l'affermissement des institutions démocratiques est propagée de par le monde, mais parallèlement avec elle se propagent, hélas, les abus de la société moderne - la dictature de la publicité, la culture commerciale sans esprit, la manipulation...

L'humanité est bien consciente du danger mortel que les techniques modernes représentent, mais la ferme détermination de détourner cette évolution néfaste manque. Au changement de l'ère, l'humanité est plus que jamais dans son histoire reliée, mais aussi menacée. La mondialisation informatique et économique n'est pas accompagnée de la responsabilité globale. Qu'est-ce qu'il en découle?

La première chose absolument essentielle: il faut que nous nous rendions compte de notre responsabilité du sort global de l'humanité. Notre égoïsme est ce qui nous menace le plus. Nous ne devons pas rester indifférents devant ce qui se passe autour de nous. Nous ne pouvons pas que défendre nos propres intérêts. Nous devons être conscients qu'il existe le Kosovo, la Tchétchénie, la Somalie, le Rwanda, le Timor oriental. le Tibet, la Birmanie, Cuba, la Corée du Nord, le Venezuela durement éprouvé.

Parlant de l'état actuel de la société tchèque, le Président a constaté que ces derniers temps, la politique s'aliène de plus en plus de la vie de tous les jours. Le non respect des ordres juridiques et moraux, l'égoïsme, le scepticisme, le cynisme s'étendent dans la vie publique et économique. Comme si tout ce qui est de plus mauvais dans la politique de marché et ce qui est surmonté ailleurs s'installait maintenant chez nous.

Essayons de faire de l'année 2000 une année de tournant, de changement de la culture politique, de l'échelle des valeurs, a dit Havel. Essayons de donner à notre pays un programme clair à long terme, généralement compréhensible. Nous avons un espoir, un immense potentiel, mais il faut que nous l'accomplissions nous-mêmes. Le tournant des âges pourrait être le moment décisif qui montrera si nous nous refermons sur nous-mêmes ou si nous assumons notre part de décision sur l'avenir de la civilisation et devenons une société civique moderne et ouverte.

Si, dix ans après le changement de régime et mon élection aux fonctions, je veux vous remercier de quelque chose, c'est de votre option et de votre persévérance, bien que toutes vos attentes n'aient pas été accomplies.