« Pixels et poétique », un nouveau projet artistique des Centres tchèques

Lenka Hámošová avec Pavol Rusnák, 'Attractions étranges', 2019–2020, installation multimédia

Londres, Paris, Francfort, New York, Belgrade : les Centres tchèques basés dans ces villes présenteront prochainement une exposition itinérante intitulée « Pixely a poetika » (Pixels et poétique). Elle met à l’honneur Josef Sudek et Jaromír Funke, deux grands photographes tchèques dont on célèbre cette année le 130e anniversaire de la naissance, tout en reliant leur création à celle d’artistes contemporains, fortement influencée par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.  

Barbora Trnková,  'Ton addiction,  c'est ton message',  2022–2024,  photographie synthétique | Photo: Barbora Trnková

Peut-on encore faire confiance aux photographies ? Cette question est au cœur de l’exposition « Pixels et poétique ». Comme l’explique sa conservatrice Johana Rittmeyer, les algorithmes génératifs ou les réseaux neuronaux permettent aujourd’hui de créer des images photo-réalistes qui ne sont pourtant basées sur aucun contact avec la réalité. Ces pratiques suscitent alors des doutes quant à la fiabilité des images :

Jaromír Funke,  Natures morte,  1929 | Photo: PPF Art Collection

« Je me demande quel rôle joue la vérité dans la photographie. Ce questionnement commence avec l’œuvre de Josef Sudek et de Jaromír Funke, grandes figures de l’avant-garde tchèque de l’entre-deux-guerres. Les deux photographes ont créé à la même époque. Ils se sont souvent intéressés à des thèmes similaires, ont utilisé le même médium, mais leur approche de la réalité et de la vérité était très différente. En même temps, ils étaient tous deux persuadés que la manipulation dans la photographie n’était pas nécessairement une tromperie, mais qu’elle pouvait être un moyen d’expression artistique. Jaromír Funke et ses natures mortes, que je présente dans cette exposition, ne sont pas de simples enregistrements de la réalité, mais des images soigneusement construites. À l’aide d’ombres et d’une composition précise, il transformait la réalité. Josef Sudek, quant à lui, a une approche légèrement différente. Il travaillait beaucoup avec l’atmosphère du lieu, le silence, le brouillard, la lumière. Ses photographies sont en fait des enregistrements lyriques d’ambiances et de changements de lumière. Il ne s’agit pas non plus d’un enregistrement objectif de la réalité. »

Josef Sudek,  'Bourgeon de rose blanche',  1951 | Photo: PPF Art Collection

L’exposition présente au total une trentaine de photographies de Sudek et Funke. Celles-ci sont complétées par des œuvres multimédias d’artistes tchèques contemporains :

Lenka Hámošová avec Pavol Rusnák,  'TroublingGAN',  2020–2021,  installation multimédia | Photo: Lenka Hámošová

« Mon choix s’est porté sur les artistes qui se consacrés à la photographie, tout en se servant d’outils de l’intelligence artificielle. Ils sont très nombreux en Tchéquie, mais j’ai dû réduire ma sélection à trois artistes : il s’agit de Barbora Trnková, Lenka Hámošová et du duo artistique composé de Barbora Trnková et Tomáš Javůrek. »

L’exposition « Pixels et poétique » sera présentée dès la semaine prochaine à Londres, pour se déplacer, fin mars, au Centre tchèque de Paris, où elle communiquera avec l’œuvre de l’artiste Tereza Kovalová, qui sera alors en résidence artistique dans la capitale française.

Auteurs: Magdalena Hrozínková , Olga Vasinkevič
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