Présent et Passé : la nouvelle exposition de Sandra Klíma Jirovec à Prague
Peintre franco-tchèque qui vit entre Paris, Prague et la ville thermale de Poděbrady, Sandra Klíma Jirovec expose, jusqu’au 1er mars, ses œuvres à la Galerie Alternatif, rue Mezibranská, à deux pas du Musée national de Prague. L’artiste revient sur les thèmes qui traversent ses œuvres depuis ses débuts. À travers son rapport au temps, à la nature et à l’humain, elle défend un art profondément humaniste et sensible. Dans cet entretien, Sandra Klíma Jirovec évoque la place du passé, du présent et du futur dans ses créations, son attachement à la nature et l’influence toujours présente de sa double culture.
Entre deux cultures : une identité fondatrice
Fille de parents tchèques exilés à Paris durant le communisme, Sandra Klíma Jirovec a grandi entre la France où elle est née et la Tchéquie qui incarne ses racines familiales. Enfant, elle faisait le lien entre ses parents réfugiés en France et ses grands-parents restés en Tchécoslovaquie. Cette double appartenance, longtemps vécue comme une source de confusion, constitue aujourd’hui l’un des fondements de son art.
« C’est évident. On ne peut pas ignorer ses racines, d’où on vient, d’où l’on ne vient pas. On se cherche, oui. Cela provoque de la confusion pour se réaliser. La double culture, ce n’est jamais simple je crois. Cela peut être un plus, mais on ne sait pas vraiment, on ne sait pas dans quelle langue on se sent le plus à l’aise. À la fin, c’est un plus, quand on survit à la confusion. Et puis aussi quand l’immigration, par exemple pour mes parents, n'est st pas voulue, ce n’est jamais facile, c’est toujours un peu destructeur je pense pour les personnes. Un thème très actuel. »
Présent et Passé : un voyage dans le temps
Le titre de sa nouvelle exposition, Présent et Passé (Nové a staré en tchèque), traduit explicitement une union constante entre deux temporalités différentes qui s’influencent mutuellement. Ici, l’artiste propose un dialogue entre des œuvres anciennes et nouvelles, révélant une continuité dans sa construction artistique. Sandra Klíma Jirovec revient sur la genèse de cette exposition :
« En fait en revenant à Paris visiter mes parents, il y avait beaucoup de tableaux qui n’ont jamais été exposés. Donc à l’époque encore des Beaux-Arts de Paris. C’est mon mari qui a eu l’idée, plutôt que moi, de faire un partage entre montrer des choses du début et d'aujourd'hui. »
Dans les œuvres de l’artiste, le temps n’est jamais figé. Le passé et le présent s’entrelacent, nourrissant une créativité qui demeure tournée vers l’avenir. Ce rapport au temps est au cœur même de la fibre artistique de la peintre.
« Il est toujours aussi intense, on ne peut pas y échapper. C’est la base du travail de l’artiste – travailler avec son passé et son présent. Mais il doit être toujours un peu avec la tête dans le futur, sans être idéologue. »
Sandra souligne également le décalage temporel qu’il existe entre le temps de la peinture où l’esprit ralenti et la rapidité du monde actuel où tout doit toujours aller plus vite.
« Je pense que la peinture est ‘punk’ aujourd’hui, parce que c’est quelque chose de très immobile par rapport à ce que l’on est habitué : Internet, le mobile, IA... (…) Moi j’y crois toujours. »
Ce ralentissement du monde opéré par la peintre semble transformer le regard du public. Selon l’artiste, les spectateurs prennent aujourd’hui davantage le temps de s’arrêter devant ses œuvres pour s’offrir un moment suspendu. Elle décrit ce contraste actuel :
« Je pense que c’est plutôt positif. Les gens s’arrêtent plus devant les peintures. C’est justement que c’est un peu plus surprenant. »
La nature, les animaux et l’humain : une peinture formelle et humaniste
La nature, les animaux et les portraits occupent une place centrale dans les œuvres de Sandra Klíma Jirovec. Loin d’être un refuge ou un simple décor artistique, ces éléments participent à faire de son art une peinture profondément humaniste.
« La peinture pour moi, ce n’est plus un refuge ou un échappatoire, c’est une nécessité. Et donc moi, j’espère que cette nécessité fait sens, a du sens pour les autres aussi, pour quelques autres au moins. Mais pourquoi la nature, pourquoi les portraits ? J’ai l’impression que c’est ce qui nous réunit. J’essaie de faire une peinture très humaniste. Pour moi ce qu’on a en commun c’est qu’on est des êtres humains. »
Les autoportraits, nombreux dans ses œuvres, ne relèvent pas d’une démarche narcissique mais d’un réel face-à-face exigeant avec soi-même.
« L’autoportrait, je pense que c’est pour tous les peintres, là ça frôle le thème de la mort. Quand on peint sincèrement, d’une façon sincère, c’est un peu hard core. »
Interrogée sur l’œuvre qui la touche le plus dans cette exposition, l’artiste répond sans hésitation : la dernière. Il s’agit d’un tableau aux couleurs froides représentant un crocodile. L’artiste le décrit avec passion et explique qu’il met en scène son humour tchèque :
« C’est le rêve d’un crocodile. Sinon, je sais pas si c’est visible mais ce tableau évoque mes racines tchèques, j’espère, même si ce n’est pas évident au premier abord, qu'il y a toujours un peu d’humour dans mes tableaux. »
Le futur comme horizon : un message pour le public
Si le passé est présent dans les œuvres de la peintre, il n’est jamais une fin en soi. Pour Sandra Klíma Jirovec, la création ne puise pas dans la nostalgie du passé mais se tourne plutôt vers l’avenir. À travers cette exposition, l’artiste souhaite transmettre un message sincère au public et à la jeunesse : « Osez, n’ayez pas peur. »






