Présidé par le Tchèque Lukáš Jirsa, le jury œcuménique du Festival de Cannes a récompensé le film des frères Dardenne
Journaliste francophone, Lukáš Jirsa travaille pour plusieurs médias tchèques à vocation chrétienne, notamment pour la chaîne de télévision Noe. Convaincu que le film est un outil qui permet de mieux se connaître soi-même, il organise, depuis 2011, le ciné-club mensuel Film et spiritualité (Film a spiritualita) à la Bibliothèque municipale de Prague et a également créé le site web de ce projet de plus en plus populaire auprès des cinéphiles tchèques. Avant de quitter Cannes, Lukáš Jirsa a expliqué, au micro de Radio Prague Int., la mission et le fonctionnement du jury œcuménique du festival, qui a récompensé cette année le film « Jeunes mères » de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Ce film sur cinq adolescentes qui font leurs premiers pas dans la maternité a également reçu le Prix du scénario au festival.
« Nous nous sommes mis d’accord sur le film gagnant assez facilement. ‘Jeunes mères’ était l’un des derniers films projetés dans le cadre de la sélection officielle et nous l’avons immédiatement retenu. Le film est extrêmement humain et humble : c’est une manière d’approcher les personnages que l’on connaît également des précédents films des frères Dardenne. Autre aspect important : on ne trouve pas beaucoup de films qui soient de très haut niveau artistique et qui arrivent en même temps à toucher le grand public, comme c’est le cas de ‘Jeunes mères’. Le film pourrait très bien être présenté à un public adolescent, pour lequel ce serait peut-être sa première rencontre avec le cinéma d’auteur. Personnellement, j’enseigne dans une école de journalisme à Prague et il m’arrive fréquemment de discuter de cinéma avec des étudiants qui n’ont jamais vu un film d’auteur. »
« L’autre candidat au prix du Jury œcuménique était ‘Un simple accident’ de Jafar Panahi (Palme d’or 2025, ndlr). Pour moi, c’est un film sur la force de faire face à la violence. »
Parmi les films qui l’ont interpellé lors de cette 78e édition du Festival de Cannes, Lukáš Jirsa mentionne encore « Die, My Love » de la réalisatrice britannique Lynne Ramsay, l’histoire d’un couple qui se dégrade après l’accouchement de leur premier enfant.
« Le jury œcuménique est mis en place chaque année par deux associations, à savoir Inter-film, l’Organisation internationale protestante pour le film, et une organisation catholique SIGNIS. Ses membres sont donc des chrétiens engagés dans le monde du cinéma, que ce soit des journalistes, des théologiens, des enseignants universitaires ou des représentants de l’industrie cinématographique », explique le critique de cinéma tchèque, qui se souvient de sa première expérience de membre d’un jury œcuménique, en l’occurrence au Festival de Cannes de 2008. Dès lors, il a participé à de nombreux jurys aux festivals de Locarno, de Berlin, de Varsovie ou de Karlovy Vary.
« Il existe une quarantaine de jurys œcuméniques dans le monde. On est présent dans tous les principaux festivals de cinéma », précise Lukáš Jirsa.
« La particularité du Festival du Cannes et d’avoir le jury œcuménique le plus ancien : depuis 1974, il décerne son prix à un long métrage de la sélection officielle. Une autre particularité tient au fait que les membres du jury œcuménique et du jury principal sont les seuls jurés du festival qui ont le privilège de rencontrer le maire de Cannes. »
La qualité artistique au service d’un message
Comment est alors effectuée la sélection du film gagnant ? « Nous avions deux projections par jour », explique encore Lukáš Jirsa. « Durant le festival, nous nous sommes réunis à plusieurs reprises pour établir une short-list, puis pour choisir le meilleur film parmi trois ou quatre favoris. Tous les films en compétition sont potentiellement intéressants pour notre jury. On en discute de manière approfondie. Il arrive fréquemment qu’un juré révèle pour les autres un film qui, initialement, semblait ne pas répondre à nos critères. »
Pour le président tchèque du jury œcuménique, la qualité artistique du film est importante. « Au Festival de Cannes, il n’y a aucun doute à ce propos : toutes les œuvres en compétition officielle sont d’un excellent niveau », constate Lukáš Jirsa.
Il remarque toutefois que le jury œcuménique propose un regard particulier sur la production cinématographique : « Les films que nous distinguons doivent être en accord avec les valeurs de l’Évangile mais dans le sens large du terme. Ils ont des qualités humaines, c’est-à-dire qu’ils mettent en lumière le rapport de notre monde avec les minorités, s’intéressent aux gens qui ne se font pas entendre, sont sensibles aux questions environnementales etc. »
De son côté, le jury œcuménique du plus important festival de cinéma tchèque, celui de Karlovy Vary, décernera son prix à la fin de sa 59e édition qui se tiendra, dans la ville thermale, du 4 au 12 juillet.






