Presse : l’histoire des relations tchéco-iraniennes à la lumière de la guerre au Moyen-Orient
L’attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran constitue le principal sujet de cette nouvelle revue de presse. Elle revient également sur l’attrait croissant de la Tchéquie pour les Américains souhaitant s’installer en Europe, propose un bref rappel de l’histoire des relations entre Tchèques et Iraniens, et explique pourquoi les smartphones ne seront finalement pas interdits dans les écoles tchèques.
« Est-il justifiable d’attaquer un régime qui, en seulement deux jours, a fait assassiner des dizaines de milliers d’habitants ? », s’interroge le site Seznam Zprávy avant de répondre par un oui prudent. Mais cela ne change selon lui rien au fait que les motivations de Trump et Netanyahou sont nettement plus pragmatiques :
« On ne sait pas encore clairement ce que Trump et Netanyahou veulent réellement obtenir en Iran. On ne peut qu’espérer qu’ils ont réfléchi à l’avance aux scénarios possibles, car laisser un pays instable de près de 100 millions d’habitants aux mains de prédateurs régionaux et de diverses ambitions ethniques risque de dégénérer en guerre civile et, par extension, en conflit transnational. Toutefois, le départ des vieillards rigides des palais de Téhéran ne nuira à personne, et encore moins à l’Iran et à ses habitants. »
Le quotidien Hospodářské noviny propose un article dans lequel on peut lire :
« A court terme, il s’agit d’une nouvelle ‘action spectaculaire’ du président Donald Trump, qui se prend pour le plus grand des artisans de la paix et qui doit apparemment déclencher une nouvelle guerre pour pouvoir l’achever glorieusement par une ‘paix magnifique’. En outre, c’est un prétexte opportun et pragmatique pour Israël de détruire son plus grand rival. Mais l’histoire nous montre qu’il est facile de renverser un ordre défaillant, alors qu’il est bien plus difficile d’en instaurer un meilleur.. Et c’est donc probablement ce qui se passera avec cette guerre. »
Le journal Deník N retient de son côté que les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont divisé la coalition gouvernementale tchèque :
« Alors que le Premier ministre et le chef de la diplomatie expriment leur compréhension pour l’action des alliés des Tchèques, le président de la Chambre des députés Tomio Okamura et chef du parti SPD (membre de la coalition gouvernementale) voit la situation d’un tout autre œil. Le troisième plus haut responsable constitutionnel évoque notamment la menace d’une nouvelle vague migratoire ou d’une crise énergétique. »
L’hebdomadaire Respekt souligne que les services secrets israéliens ont une fois de plus démontré leurs capacités exceptionnelles. « Ils ont réussi à localiser Khamenei, alors qu’il se cachait depuis longtemps dans divers bunkers et n’apparaissait pratiquement jamais en public, puis à le tuer par une frappe ciblée », écrit-il. Et de rappeler qu’il s’agissait du seul leader mondial important à avoir ouvertement soutenu, le 7 octobre 2023, le massacre perpétré par le Hamas dans les kibboutzim du sud d’Israël.
Le journal en ligne Forum 24 remarque que la guerre contre l’Iran signifie certains dangers pour l’Ukraine :
« Alors que l’attention du monde entier se concentre sur la situation au Moyen-Orient, la voix de l’Ukraine agressée, en proie à une guerre de longue durée, risque d’être reléguée au second plan. Et encore, en raison de ses propres besoins dans le conflit au Moyen-Orient, les Etats-Unis pourraient décider de détourner les livraisons d’armes destinées à l’Ukraine pour reconstituer leurs propres stocks. »
De l’avis de l’éditorialiste du journal en ligne Deník Referendum, l’agression d’Israël et des États-Unis contre l’Iran ne représente pas seulement une violation flagrante du droit international. Il estime que dans un monde soumis à la loi du plus fort, l’attaque contre l’Iran incitera tous les régimes du monde à se doter de l’arme nucléaire.
La Tchéquie, un pays où les ressortissants américains aiment s’installer
« Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis connaissent un exode de leur population. Outre le départ forcé de ressortissants étrangers dont le séjour est jugé illégal, ce sont les citoyens américains eux-mêmes qui contribuent à cette tendance. » Voilà ce dont fait part le quotidien Hospodářské noviny selon lequel ces derniers sont de plus en plus nombreux à s’installer en Europe. Parmi les pays où le nombre d’Américains résidant de manière permanente a augmenté le plus figure la Tchéquie. C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé un article intitulé Les Américains quittent les États-Unis en nombre record publié dans le Wall Street Journal :
« Selon le journal qui a illustré son article par une photo attrayante de Prague, le nombre de résidents originaires des États-Unis en Espagne et aux Pays-Bas a presque doublé au cours des dix dernières années, tandis qu’il a plus que doublé en Tchéquie. La capitale tchèque attire traditionnellement les étrangers, mais les Américains de souche, qui n’ont souvent pas d’ancêtres tchèques, sont également de plus en plus nombreux dans les campagnes tchèques. La publication Les étrangers en République tchèque en 2025 indique pour sa part que 6 500 Américains vivaient de manière permanente dans notre pays en 2015. À la fin du premier mandat de Donald Trump, soit en 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19, ils étaient un millier de plus. Cette croissance s’est accélérée ensuite, plus de 10 400 Américains établis dans le pays ayant été officiellement enregistrés il y a deux ans. »
Hospodářské noviny suppose que tous ces chiffres ne sont pas très précis, car la situation est influencée par de nombreux facteurs, notamment les déplacements dans l’espace Schengen ou l’obtention d’une seconde nationalité. Il prétend toutefois, qu’au cours des 250 ans d’histoire des États-Unis, il faut remonter à la crise des années 1930 pour trouver un exode comparable.
Les traces tchèques et tchécoslovaques en Iran
« Quelles traces la Tchéquie ou, plutôt, la Tchécoslovaquie, a laissées en Iran et que l’on peut trouver encore presque à chaque coin de rue ? », s’interroge le site info.cz avant d’évoquer certains points marquants des relations entre les deux pays :
« Déjà dans l’entre-deux-guerres, la Tchécoslovaquie était un importateur important, voire essentiel, de marchandises et de technologies en Iran (Perse). Les Tchèques et les Slovaques y ont construit des centaines de kilomètres de routes, de voies ferrées, des centaines de ponts, des dizaines de sucreries, d’usines, de centrales électriques et d’édifices. A noter aussi l’influence qu’avait dans ce pays l’école d’architecture tchèque. La Tchécoslovaquie était également l’un des principaux exportateurs d’armes vers le régime de Téhéran d’alors. »
Après le coup d’État communiste en Tchécoslovaquie en 1948, les relations culturelles et économiques avec le régime pro-occidental du shah d’Iran Reza Pahlavi se sont refroidies pendant un certain temps, mais la coopération a ensuite repris de plus belle. Outre les armes et les technologies, comme le rappelle le chroniqueur, la Tchécoslovaquie a également commencé à exporter sa culture. Ainsi, par exemple, le compositeur tchèque Zdeněk Liška a créé une œuvre multimédia célébrant les deux millénaires et demi d’existence de l’Empire perse. Les visites d’État témoignent également de l’importance des échanges économiques et culturels :
« Le shah et l’impératrice se sont rendus pour la première fois en Tchécoslovaquie en 1967. Deux ans plus tard, après l’occupation soviétique de la Tchécoslovaquie, le président tchécoslovaque de l’époque, Ludvík Svoboda, s’est rendu en Iran. La deuxième visite du shah en Tchécoslovaquie a eu lieu en 1977. À cette occasion, lui et son épouse ont reçu à Prague l’Ordre du Lion blanc. Après la révolution islamique, la République tchèque a coopéré dans une mesure limitée avec ce régime, malgré les sanctions imposées par les puissances occidentales, comme le montre la visite du ministre des Finances Ali Taieb Nia en 2015. »
Non à l’interdiction stricte des smartphones dans les écoles tchèques
« La Tchéquie reste l’un des derniers dinosaures », titre un texte publié dans le journal Deník N qui rapporte que les téléphones portables ne seront pas interdits globalement dans les écoles tchèques. Ceci au moment où la plupart des pays européens ont déjà adopté une réglementation à ce sujet, sous la pression de données internationales à grande échelle réunies, il y a deux ans, par l’OCDE, sur un échantillon de plus de 600 000 enfants de 81 pays :
« La Tchéquie, elle, a pris une autre direction. Cette semaine, le ministère de l’Education a adressé aux directeurs d’écoles et aux enseignants des instructions sur la manière de se comporter vis-à-vis des téléphones portables. Comme la méthodologie ne prévoit aucune interdiction stricte, ceux-ci sont appelés à mener au sujet des téléphones portables des débats avec les enfants. Et de prendre par la suite telle ou telle décision. »
Les réactions de la plupart des enseignants, des psychologues, des acteurs du secteur technique, auxquels le journal s’est adressé, sont claires. Pour eux, il s’agit d’une occasion manquée. « La liberté sans cadre clair n’est pas la liberté. C'est de la résignation », a déclaré, par exemple, Taťána Le Moigne, manager et ancienne directrice de Google République tchèque. D’autres pourtant, parmi les experts et les directeurs, défendent l’autonomie des écoles.






