Presse : pour la deuxième année consécutive, la Tchéquie mise sur un documentaire aux Oscars

'If Pigeons Turned to Gold'

Cette nouvelle revue de presse se penche sur le documentaire choisi par la Tchéquie pour représenter le pays aux Oscars, sur l’attrait qu’exerce la Tchéquie sur les entrepreneurs slovaques et sur l’éventuelle candidature à la présidentielle de l’ancien chef de l’Etat Miloš Zeman. Elle évoque également le déclin des bibliothèques publiques et la présence croissante des femmes tchèques dans les forces armées.

If Pigeons Turned to Gold (Kdyby se holubi proměnili ve zlato), voilà le nom du documentaire que la Tchéquie a choisi de présenter pour la compétition des Oscars. Pour la deuxième fois consécutive, il s’agit d’un documentaire, et pour la deuxième fois, d’un film qui a commencé son parcours au Festival de Berlin où il a été sacré meilleur documentaire. Selon la chroniqueuse de l’hebdomadaire Respekt, ce choix témoigne non seulement de la qualité du film, mais aussi d’un changement d’approche dans la sélection des candidats aux Oscars. « Les Oscars ne sont plus perçus comme un prix quasi mythique. Ils représentent aussi un jeu stratégique, et la Tchéquie commence enfin à en tenir compte », écrit-elle, avant de présenter le film :

« Dans son premier long métrage, Pepa Lubojacki raconte de manière bouleversante l’addiction au sein de sa propre famille. Avec une franchise et une vulnérabilité rares, mais aussi beaucoup d’empathie, elle compose un récit mêlant journal intime, photographies, images documentaires et animations. Son frère et son cousin, tombés dans l’alcoolisme, vivent dans la rue depuis des années. Pendant cinq ans, elle a filmé leur quotidien, leurs errances entre sans-abrisme et petits boulots, ainsi que leurs rechutes répétées. En explorant l’histoire familiale, elle cherche à comprendre les causes de leur dépendance, tout en racontant ses efforts déployés pour les aider et sa volonté de continuer à les aimer. »

La chroniqueuse de Respekt rappelle que, pendant de longues années, le cinéma tchèque s’est tenu à un principe bien établi pour ses candidatures aux Oscars : privilégier les films consacrés à la Seconde Guerre mondiale, considérée comme une période de l’histoire partagée avec les Etats-Unis. La Tchéquie pouvait d’ailleurs s’appuyer sur deux précédents, avec les Oscars remportés par Le Miroir aux alouettes (Obchod na korze) en 1965 et Trains étroitement surveillés (Ostře sledované vlaky) trois ans plus tard. « Mais les temps ont changé, tout comme la composition du jury. Ce sont désormais l’originalité formelle, les histoires personnelles fortes et la signature de l’auteur qui trouvent le plus d’écho », souligne-t-elle.

L’hebdomadaire rappelle également que Kolya, réalisé par Jan Svěrák et oscarisé en 1997, est le dernier film tchèque à avoir remporté la prestigieuse statuette depuis la chute du régime communiste. A noter que cette année, c’est une co-production tchéco-danoise qui a raflé l’Oscar du meilleur long métrage documentaire : la célèbre statuette a été attribué au film « Mr Nobody contre Poutine » de Pavel Talankin.

La Tchéquie, une destination privilégiée pour les entrepreneurs slovaques

Les Slovaques constituent depuis longtemps le deuxième groupe le plus important de ressortissants étrangers sur le territoire tchèque et, selon les données de l’Office tchèque des statistiques, leur nombre est en augmentation. Il n’est donc guère étonnant que le nombre d’entreprises tchèques détenues par des Slovaques augmente également : une hausse de  plus de 30 % depuis 2017, selon le quotidien économique Hospodářské noviny, une tendance qui va se poursuivre :

Photo illustrative: skeeze,  Pixabay,  Pixabay License

« La proximité géographique, un passé commun ou une très faible barrière linguistique. Tels sont les facteurs qui rendent la Tchéquie attrayante pour les entrepreneurs slovaques. Cet attrait peut cependant sembler paradoxal, car la Slovaquie fait partie de la zone euro depuis 2009, ce qui réduit les obstacles au commerce et aux investissements avec les autres pays de l’union monétaire. D’un autre côté, de nombreux entrepreneurs ne considèrent pas l’environnement entrepreneurial global en Slovaquie comme favorable, s’agissant notamment de la prévisibilité, de la continuité et de la stabilité. »

Le journal indique que l’économie tchèque a progressé de 2,6 % l’année dernière, tandis que la performance de l’économie slovaque n’a augmenté que de 0,8 %, soit à un rythme nettement plus lent. La différence entre les évolutions économiques des deux pays voisins est donc évidente. Un constat qui permet de prévoir que la présence croissante d’entrepreneurs slovaques en Tchéquie va se traduire par des répercussions économiques sur les deux pays.

Une nouvelle candidature présidentielle de Miloš Zeman ?

Récemment, l’ancien président tchèque Miloš Zeman a évoqué à deux reprises, dans des interviews, son souhait de briguer à nouveau la présidence. Il se présenterait ainsi pour la quatrième fois, après ses candidatures de 2003, 2013 et 2018. Il y a huit ans, lors de sa réélection, Zeman avait assuré à ses partisans qu’il s’agissait de sa « dernière victoire politique » et qu’elle ne serait suivie d’aucune défaite. Mais, selon l’auteur d’un article consacré à cette éventualité dans le magazine Reflex, une nouvelle candidature pourrait aujourd’hui « contredire ces paroles triomphantes par une défaite presque inévitable ».

Miloš Zeman | Photo: Michal Růžička,  MFDNES,  LN/Profimedia

« Zeman ne deviendra pas le Biden tchèque. D’abord parce qu’il a presque aucune chance de l’emporter face à l’actuel président Petr Pavel, qui envisage sérieusement de briguer un second mandat. En janvier 2023, Pavel avait recueilli un niveau de confiance électorale inédit en République tchèque depuis l’époque du Forum civique, dans les années 1990. Pour que Zeman puisse l’emporter, il faudrait que Pavel perde près d’un demi-million de voix et que, de son côté, l’ancien président en obtienne au moins autant qu’il y a huit ans, alors qu’il était encore en bien meilleure forme physique. Une mission qui relève de l’impossible. »

Toutefois, l’éditorialiste de Reflex estime que, malgré son âge avancé (Zeman aura 83 ans au moment de la campagne), l’ancien président pourrait constituer un adversaire redoutable pour Petr Pavel, notamment lors d’éventuels débats télévisés. Selon lui, une candidature de Zeman pimenterait considérablement la campagne présidentielle, sans pour autant avoir beaucoup de chances d’en modifier l’issue.

Le déclin des bibliothèques publiques tchèques

Selon les données de Public Libraries 2030, l’Europe compte quelque 67 000 bibliothèques publiques, dont une sur treize se trouve en Tchéquie, qui en compte au total 5 097. Le pays dispose ainsi de l’un des réseaux de bibliothèques les plus denses d’Europe. Pourtant, le nombre d’établissements, comme celui des lecteurs titulaires d’une carte de bibliothèque, diminue progressivement. Le quotidien Deník N constate que, pour enrayer cette désaffection, les bibliothèques misent sur une programmation toujours plus riche et attractive :

Photo: Olga Vasinkevich,  Radio Prague Int.

« Le nombre d’événements organisés dans les bibliothèques a presque triplé au cours de la dernière décennie. Celles-ci s’adressent notamment aux seniors, proposent des activités autour de la santé mentale et misent sur l’intérêt croissant pour le numérique. Et au-delà des livres, certaines permettent désormais d’emprunter des jeux de société, du matériel sportif, des outils ou encore des instruments de musique. »

La baisse des inscriptions ne signifie toutefois pas, souligne le journal, que les Tchèques lisent moins. Selon une comparaison européenne, ils comptent même parmi les lecteurs les plus assidus : 64 % d’entre eux ont lu au moins un livre au cours de l’année écoulée, soit le dixième meilleur taux en Europe.

« Les bibliothèques parviendront-elles à s’imposer à l’ère des algorithmes ? Parviendront-elles à préserver leur ouverture, ou seront-elles confrontées à des tentatives visant à la restreindre ? » Autant de questions qui seront abordées, comme le souligne le journal, lors de la conférence de l’Association des bibliothèques prévue en septembre. Les débats porteront notamment sur le rôle des bibliothèques, sur la manière de mieux faire connaître leur valeur et sur leur sécurité dans le contexte actuel.

En Tchéquie, le nombre de femmes en uniforme militaire en hausse

L’armée tchèque compte 5 000 femmes militaires de carrière. Il s’agit du plus grand nombre de femmes dans l’histoire moderne. Un constat fait par le site Seznam Zprávy qui donne à ce sujet quelques précisions :

Photo: Armée tchèque

« A l’heure actuelle, les femmes représentent près de 16 % des militaires de carrière. Selon les dernières données disponibles, datant de 2024, leur proportion s’élève en moyenne à 13,9 % au sein de l’OTAN. En 1999, au moment de l’adhésion de la République tchèque à l’Alliance, les femmes ne représentaient que 7,4 % des effectifs militaires. Leur part s’est ensuite maintenue autour de 13 % pendant de nombreuses années, avant de dépasser 15 % l’an dernier et de continuer à progresser légèrement. Cette évolution intervient alors que le recrutement au sein de l’armée tchèque connaît une dynamique favorable. Outre l’armée professionnelle, les femmes sont également de plus en plus nombreuses à s’intéresser au service dans la réserve active. Sur quelque 5 200 réservistes, on comptait ainsi 600 femmes au printemps dernier. »

Seznam Zprávy indique que les femmes militaires tchèques ne travaillent pas uniquement dans les bureaux, mais sont présentes dans toutes les branches de l’armée. Il n’existe aujourd’hui dans l’armée tchèque aucun poste réservé exclusivement aux hommes. Toutefois, comme il l’ajoute, « même si le nombre de femmes en uniforme augmente, selon une analyse en matière de genre, elles accèdent trop rarement à des postes de commandement. »