Presse : du sommet de l’OTAN à Ankara au retour de Kundera en tchèque
Cette nouvelle revue de presse se penche sur les controverses liées à la participation tchèque au sommet de l’OTAN d’Ankara. À son menu également : les prises de position des anciens présidents tchèques, l’évolution des relations entre Andrej Babiš et Václav Klaus, la parution en tchèque du roman La Lenteur de Milan Kundera, ainsi qu’un regard sur certains aspects de la paternité.
Ce lundi, le cabinet d’Andrej Babiš a décidé que trois de ses membres participeraient au sommet crucial de l’OTAN qui se tiendra début juillet à Ankara, tandis que le président de la République, Petr Pavel, n’y sera pas convié malgré son souhait d’y prendre part. L’éditorialiste du site Seznam Zprávy observe:
« Le président représente l’Etat à l’étranger et est le commandant en chef des forces armées. Il n’est donc pas étonnant qu’il veuille participer au sommet de l’OTAN, comme il l’a fait par le passé. De plus, il a présidé pendant plusieurs années le Comité militaire de l’OTAN, ce qui pourrait également s’avérer utile pour l’Etat. Ecarter ostensiblement Pavel est une erreur. Le gouvernement gaspille ainsi le ‘capital humain’ dont dispose la République tchèque. D’autant que, selon un sondage, 50 % des gens sont satisfaits de la manière dont Pavel représente les intérêts tchèques à l’étranger. C’est deux fois plus que le nombre de personnes qui, selon une autre enquête d’opinion, font confiance au gouvernement. «
Et le chroniqueur de déplorer le fait que le président et le gouvernement se soient publiquement disputés au sujet de la participation à un événement où l’intérêt national devrait être la seule priorité. « Par ailleurs, depuis janvier, leur communication est rompue. Le président et le gouvernement discutent peu de politique étrangère et ne coopèrent pas comme ils le devraient. C’est un constat grave et triste », écrit-il avant de rapporter que le président a réagi en déposant ce qu’on appelle un recours en compétence.
Deník N rappelle pour sa part que toutes les tensions entre le gouvernement et le Château proviennent de la décision de Petr Pavel de ne pas nommer Filip Turek (Automobilistes), connu pour ses propos et comportement controversés, au poste de ministre. Ce moment précis a conduit à plusieurs mois d’attaques de la part des Automobilistes à l’encontre du président et a abouti à la décision actuelle du gouvernement. Selon le journal, il est difficile de désigner un vainqueur :
« De nombreux électeurs peuvent percevoir cela comme un conflit politique mesquin et bizarre. Une grande partie d’entre eux ne se sentent manifestement pas concernés par cette affaire et peuvent avoir du mal à comprendre pourquoi Andrej Babiš ne parvient pas simplement à s’entendre avec Petr Pavel. Toutefois, sur le plan politique, l’enjeu est de taille. Il s’agit de relations entre les principaux acteurs constitutionnels, de la position des partis au pouvoir, des prochaines ambitions présidentielles de Pavel, ainsi que du rôle de l’opposition. »
Ces anciens présidents tchèques qui ont du mal à quitter le devant de la scène
La manière dont les deux anciens présidents tchèques encore en vie, Václav Klaus et Miloš Zeman, se comportent depuis leur départ de la fonction est pour le moins unique en Europe, voire dans le monde. Un constat fait par le chroniqueur du site Info.cz qui explique :
« Le président en Tchéquie, contrairement au Premier ministre ou aux ministres, a droit à une pension à vie après avoir quitté ses fonctions. On suppose que, à l’issue de son mandat, il se consacre à la représentation du pays, à des œuvres caritatives, à la rédaction de ses mémoires. Mais Václav Klaus et Miloš Zeman semblent ne s’être jamais résigner à l’idée que leur heure était passée. Au lieu d’accepter le rôle d’anciens hommes d’Etat, ils se sont transformés en commentateurs permanents, critiquant leurs successeurs, leurs anciens alliés et les partis qu’ils ont autrefois contribué à bâtir. Ils ressemblent de plus en plus à d’anciennes stars qui refusent de quitter la scène. En Europe occidentale, il est d’usage que les anciens chefs d’Etat s’effacent progressivement et laissent la politique à leurs successeurs. Il n’y a probablement aucun pays en Europe où ceux-ci interviennent avec une telle fougue dans les querelles politiques quotidiennes. Et encore moins de pays où les médias les soutiennent ».
Quelle est la raison pour laquelle nos anciens présidents se comportent différemment de leurs homologues étrangers? Le commentateur du site Info.cz émet l’idée que cette particularité tchèque est liée à la génération de politiciens qui a façonné la république après 1989 et que les deux ex-présidents considèrent leur rôle comme inachevé. « Ils donnent une image un peu triste », ajoute-t-il.
Lorsque l’animosité cède au pragmatisme
Le magazine Reflex réfléchit sur l’évolution des relations entre Václav Klaus et l’actuel chef de gouvernement Andrej Babiš. Il rappelle que lorsque ce dernier s’est engagé en politique, il ne supportait pas Václav Klaus. Il le considérait comme « le plus grand mal de l’après-Novembre » (en référence à novembre 1989) et comme l’une des raisons pour lesquelles il est entré sur la scène politique avec son mouvement anti-corruption, ANO. Klaus non plus ne mâchait pas ses mots à l’égard de Babiš. « Que s’est-il passé depuis pour qu’aujourd’hui, les responsables du mouvement ANO aillent exprimer leurs vœux à l’ancien président pour son 85ème anniversaire ? », se demande-t-il avant de répondre :
« Les tensions se sont apaisées au moment où Babiš a commencé à dominer totalement la politique tchèque, en gagnant les élections en 2017. La pandémie de Covid-19 a marqué un tournant. Klaus est devenu l’un des leaders idéologiques de la scène antisystème, se plaçant à la tête de la résistance contre les mesures anti-pandémiques. Pendant son passage dans l’opposition, Babiš s’est radicalisé. La barrière qui existait entre lui et Klaus, due au fait que c’était précisément le gouvernement de Babiš qui avait imposé les restrictions anti-pandémiques, est tombée au fur est à mesure. ANO s’est engagé dans une direction nettement plus eurosceptique et nationaliste qu’auparavant. Et comme ils avaient le gouvernement de Petr Fiala comme ennemi commun, Klaus et Babiš ont commencé à se rapprocher à grands pas sur le plan idéologique. Par ailleurs, Václav Klaus a acquis un certain pouvoir grâce au succès électoral des Automobilistes, parti devenu membre de la coalition gouvernementale et dont le chef, Petr Macinka, était pendant de longues années son porte-parole. »
La relation entre Babiš et Klaus, comme l’indique Reflex, est donc pragmatique, éminemment axée sur le pouvoir.
Première parution en tchèque de La Lenteur de Milan Kundera
« Le retour de Milan Kundera dans son pays natal est désormais achevé », signale le rédacteur culturel du site Seznam Zprávy en lien avec la publication en langue tchèque du roman La Lenteur par la maison d’édition Atlantis de Brno dans une traduction d’Anna Kareninová:
« La parution de l’ouvrage, une semaine après que l’urne contenant la dépouille de l’écrivain de renommée mondiale ait été inhumée au cimetière de Brno, constitue un événement majeur pour la littérature tchèque. Sa publication vient clore l’œuvre romanesque de Kundera parue en Tchéquie après 1989. Ce n’est que maintenant que les lecteurs tchèques disposent pour la première fois de l’intégralité de l’œuvre de fiction de l’un des auteurs mondiaux les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, lauréat du Grand Prix de l’Académie française, décédé il y a trois ans, à l’âge de 94 ans. »
La baisse de la natalité : les hommes également concernés
Le Jour de la fête des pères a inspiré le journal Deník N à constater que nous ne vivons plus dans une société où toute la responsabilité de la famille, de la gestion du foyer et de la parentalité reposait sur les épaules des femmes. Et que l’éducation des enfants et la décision de devenir ou non parent sont également des questions qui concernent les hommes. Ceci au moment où le taux de natalité en Tchéquie continue de baisser :
« Le logement de plus en plus inabordable, la rigidité du marché du travail ou encore les difficultés psychologiques ou de santé des futurs parents, le désir d’une vie libre, mais aussi les craintes quant à l’avenir de notre planète et à l’évolution de la situation géopolitique mondiale. Autant de choses qui sont les causes principales de la baisse de la natalité, qui préoccupe la société tchèque et qui n’est en aucun cas l’affaire exclusive des femmes qui donnent réellement naissance aux enfants. La décision de devenir parent est tout aussi exigeante pour les hommes. »
En effet, tous ces obstacles, comme l’indique le journal, ne touchent pas uniquement les femmes, même si la baisse de la natalité leur est généralement imputée, par exemple par des affirmations genre « elles tardent à fonder une famille ». Le thème de la paternité est tout aussi fondamental et brûlant que celui de la maternité. Pour en donner des exemples marquants, le journal donne la parole à une dizaine d’hommes qui expliquent les raisons on ne peut plus variées pour lesquelles ils hésitent ou refusent de devenir pères.






