Sous le drapeau des Sokols

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Les 1er et 2 juillet, Prague sera le théâtre de la XIIIe fête fédérale des Sokols. La dernière fête, la XIIe, fut organisée en 1994. Après 1989, le Sokol tchèque ressuscite et essaie de renouer avec la tradition interrompue... Voici l'histoire du mouvement des Sokols dans les pays tchèques.

Le mouvement des Sokols est né comme l'expression d'une prise de conscience nationale et l'achèvement d'une étape dans la lutte pour l'émancipation nationale tchèque. Au début des années soixante du XIXe siècle, à la suite du retrait de la scène politique du ministre autrichien de l'Intérieur, Alexander Bach, et de la relative détente politique, la société tchèque procéda à des actions énergiques: elle commença à imposer ses intérêts nationaux jusqu'alors opprimés au sein de l'empire austro-hongrois. Pour affronter l'élément allemand, les Tchèques fondèrent, en février 1862, l'Union gymnique de Prague, rebaptisée plus tard Sokol prazsky (Faucon de Prague). Cet organisme national purement tchèque considérait la culture physique comme un moyen de regagner la dignité nationale ainsi que l'harmonie corporelle et spirituelle. Parmi ses fondateurs citons Miroslav Tyrs et Jindrich Fügner, le premier ayant le mérite d'avoir formulé l'idée et le programme du Sokol et d'avoir mis en place son système d'organisation et lancé ses bases sportives. En sa qualité d'historien d'art , Tyrs avait une bonne connaissance de l'antiquité et s'appuya sur le principe antique de la kalokagathia, à savoir l'équilibre des qualités physiques et psychiques. Tyrs fonda aussi la revue spécialisée "Sokol" qui devint l'élément unificateur de tous les membres du Sokol, rédigea et publia beaucoup d'ouvrages sur l'éducation physique, organisa et présida les sessions et les fêtes des Sokols. Il lança aussi les bases de la culture physique féminine pratiquée sous la direction des monitrices et eut le mérite d'introduire la formation des pédagogues spécialisés dans l'éducation physique.

Vers la fin des années soixante, l'idée du Sokol propagée par les missions de ses moniteurs saisit d'autres nations slaves. A l'époque, l'essor du Sokol était si considérable que Tyrs envisagea de constituer une fédération réunissant toutes les unions des Sokols et de convoquer un congrès. Les autorités autrichiennes interdirent l'organisation du congrès, ainsi que la constitution d'une fédération mais elles ne pouvaient pas empêcher l'apparition de nouvelles organisations qui nouèrent de vives relations.

Le début des années quatre-vingts voit une augmentation du nombre des membres du Sokol: en 1882, Tyrs convoqua à Prague la fête jubilaire à l'occasion du douzième anniversaire de la naissance de ce mouvement. Regroupant près de 80 000 membres, le Sokol était l'organisation tchèque la plus performante à l'époque. Le 18 juin, la capitale du royaume de Bohême résonna des voix des Sokols et de leurs chansons; l'éclat des festivités fut accentué par le défilé d'hommes en uniformes, marchant de la place Charles à Strelecky ostrov (îlot des Tireurs), ovationnés par des spectateurs enthousiastes. Cette première fête fédérale eut un vif écho non seulement au sein de l'organisation mais elle enthousiasma également le public tchèque. Elle jeta les bases de la tradition de toutes les fêtes suivantes représentant les manifestations importantes à l'échelle nationale.

Ce ne fut que cinq ans après la mort de Tyrs, en 1889, que les autorités autrichiennes autorisèrent la fondation d'une organisation centrale réunissant les ligues régionales des Sokols de Bohême. Elle reçut le nom de Fédération des Sokols de Bohême. Parmi ses premières manifestations mentionnons l'excursion des Sokols à Paris pour participer aux concours internationaux organisés par l'Union des gymnastes de France. Bien que le gouvernement autrichien eût interdit une participation de masse à ces festivités, les Sokols partirent et remportèrent de nombreuses victoires internationales.

La deuxième fête fédérale des Sokols eut lieu à Prague en 1891 dans le cadre de l'exposition jubilaire et la troisième fête fut organisée auprès de l'Exposition ethnographique des Slaves de Bohême, en 1895. Les quatrième et cinquième fêtes représentèrent un grand pas en avant. Elles contribuèrent aux efforts déployés en vue d'achever le processus unificateur des Sokols slaves. Les différents centres des Sokols des nations slaves s'unifièrent pour former l'Union des Sokols Slaves siégeant à Prague. La sixième fête fédérale organisée en 1912 fut non seulement la commémoration du cinquantième anniversaire de la fondation de cette organisation réunissant déjà plus de 1260 unions et près de 100 000 membres, mais elle fut en même temps la première fête de l'Union des Sokols Slaves et représenta une action d'opposition aux ambitions et à la politique d'hégémonie allemande et austro-hongroise. A l'époque, personne ne se doutait que la sixième fête serait la dernière festivité de ce mouvement avant l'éclatement de la Première Guerre mondiale.

La naissance de la République tchécoslovaque se traduisit par une participation active des Sokols à l'édification de l'Etat démocratique. En tant que membres de la Garde nationale, ils contribuèrent à la mise en place de l'armée démocratique.

Néanmoins quelques années plus tard, le ciel européeen commence à se couvrir une nouvelle fois des nuages de la guerre. Après l'occupation, le Sokol fut dissous mais des milliers de Sokols combatirent le nazisme sur les champs de guerre et des milliers devinrent victimes de la persécution politique. Beaucoup participèrent à l'Insurrection de Prague en mai 1945, 700 y trouvèrent la mort et plus de 200 furent blessés. La reprise des activités après la guerre est coupée par le putsch communiste en 1948; le Sokol subit une transformation successive en une organisation d'éducation physique soumise à des objectifs communistes. En 1956, le Sokol est définitivement supprimé.

Pendant la période de 1948 à 1990, le flambeau des Sokols passa à des leaders des Sokols à l'étranger qui soutenaient les dissidents du pays et contribuaient à la renaissance du Sokol tchécoslovaque en 1990.

Auteur: Astrid Hofmanová
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