« Un rêve de filmer mes clips au Château de Prague » : entretien avec Mireille Mathieu après ses concerts d’adieu à la capitale tchèque
À l’occasion de sa tournée d’adieu à Prague (Good by my love Prague), la chanteuse française Mireille Mathieu a accordé un entretien exclusif à Radio Prague International, dans sa loge après son deuxième concert mercredi soir. Fidèle au public tchèque depuis ses premiers passages dans la capitale dans les années 1960, l’artiste évoque ses souvenirs de Prague, l’accueil des spectateurs tchèques et la relation particulière qu’elle entretient avec la ville. Elle revient également sur sa voix, sa célèbre coiffure et adresse un message à notre station nonagénaire et menacée.
Extraits de cet entretien disponible dans son intégralité en audio :
Vous connaissez bien Prague. Il y a de magnifiques images de vous descendant d’un avion en 1967. Quel est le souvenir que vous avez de Prague à cette époque ?
Mireille Mathieu : « Alors, à cette époque, j’avais besoin de boire un jus d’orange. Et on m’a offert un vrai jus d’orange ! Et c’était vraiment à ma descente d’avion, je ne sais pas, à l’hôtel peut-être. J’ai de très beaux souvenirs. Et après, évidemment, j’ai découvert la ville. J’ai chanté en 1967 et en 1987 aussi. Mais j’adore Prague. Prague est une ville magnifique ! Je ne connais pas une personne qui me dise le contraire. Ce n’est pas trop loin, ce n’est pas trop onéreux et c’est très beau. Et on est très bien accueillis ! »
En 1967, c’était l’époque du Printemps de Prague. Avant l’invasion des troupes du pacte de Varsovie, il y avait une atmosphère sûrement un peu spéciale. Est-ce que vous vous en souvenez ? Du concert ?
« Non, je ne m’en souviens pas. Mais je me souviens de cet accueil qui était très chaleureux. Et c’était tout l’Olympia qui est venu. On arrivait de Moscou, une centaine de personnes en tout. Et qui étaient ravies d’être à Prague pour la première fois. Ce qui était mon cas. »
Vous avez tourné ici des clips dans des endroits assez fabuleux. Parlez-nous de cette expérience.
« J’ai enregistré un disque de mélodies classiques. Et j’ai eu la chance et l’honneur que le président Zeman me donne la possibilité de filmer tous mes clips au Château de Prague. Ainsi que dans la cathédrale Saint-Guy. Et j’ai filmé dans la cathédrale l’Ave Maria. Et tous les clips ont été tournés dans le Château. Et Ivana, l’épouse de M. Zeman, a été vraiment aux petits soins avec nous. Ainsi que le président. C’était extraordinaire avec le grand orchestre. C’était superbe. Et en plus, on a eu un temps magnifique. On a pu filmer dans les jardins. C’était un rêve. »
« Je vais à chaque fois à l'église Saint-Ignace avant un concert à Prague »
Vous avez dit être revenue à Prague en 1987. Ça devait être une autre ambiance. Parce que là, on était dans ce qu’on appelle ici la normalisation imposée par Moscou. Est-ce que c’était plus terne que la première fois ?
« Je n’ai pas ressenti ça. J’ai ressenti cette hospitalité. Vous savez, on peut avoir peu de choses, mais vous donner tellement d’amour ou de générosité. Le peuple tchèque a beaucoup de générosité. Et donne beaucoup. Il y a une chose que je n’oublie pas, c’est le pont Charles qui est merveilleux. Qui est plein de… À chaque personne, je dis en premier : il faut le voir, le pont Charles. Le Château aussi. »
« Moi, personnellement, je vais chaque fois dans une église. Ce n’est pas la cathédrale. C’est une église qui est magnifique, qui s’appelle Saint-Ignace (en tchèque Kostel svatého Ignáce z Loyoly). Il y a dedans une Notre-Dame de Lourdes. C’est une merveille. Il y a des fleurs tout le temps, à n’importe quelle heure… L’église est d’une splendeur ! Alors chaque fois, je vais chanter Panis Angelicus pour me chauffer la voix. Je fais une prière et puis après je vais dans la salle de mon concert. Chaque fois, où que je sois dans le monde, je vais dans une église. Et quand je suis ici, à Prague, à Saint-Ignace. »
Les Tchèques apprécient vraiment votre voix. On l’a encore vu ce soir au Palais des Congrès. Comment est-ce qu’elle a évolué au fil des années, votre voix ? Comment est-ce que vous percevez cette évolution ?
« Je pense que c’est comme le bon vin. Quand on vieillit, une voix, si on la travaille à bon escient, se bonifie. Alors je l’espère. Je fais tout pour. C’est-à-dire, moi, ça consiste à faire mes vocalises tous les jours. Sauf si je voyage, je me lève très tôt, ça c’est plus difficile. Mais quand je suis chez moi, ou à un endroit, à mon hôtel, ici par exemple à Prague, je sors ma voix le matin. Je fais mes vocalises, ma respiration. Et quand j’arrive au théâtre, je fais la même chose. Je salue mon équipe, l’équipe tchèque, l’équipe française. Après il y a ma maquilleuse. Et puis mon équipe arrive. Je fais mes vocalises et je répète. »
« Une radio, c'est comme un amoureux ! »
De nombreuses générations vous reconnaissent immédiatement à votre coupe de cheveux. Est-ce que je peux vous demander d’où est venue l’idée d’avoir cette coupe qui vous symbolise en quelque sorte ?
« Alors, cette coupe vient de deux sœurs très célèbres en France et dans le monde entier je crois, les sœurs Carita. Il y avait deux grands coiffeurs : mesdemoiselles Carita et le coiffeur Alexandre. Et ce sont mesdemoiselles Carita qui m’ont trouvé cette coiffure. Et elle me suit partout. Elle est imitée partout, par les mannequins, partout. Ça me comble de joie. »
Mireille Mathieu, merci beaucoup. Que pourriez-vous souhaiter à Radio Prague International, qui est menacée actuellement ?
« Alors je souhaite beaucoup d’amour. Que tout le monde écoute. Écoutez la radio, c’est très important ! Une radio, c’est comme un amoureux. C’est comme un amoureux qu’on aime, mais qu’on a besoin de voir et de lui dire qu’on aime. Alors c’est très important. Et je lui souhaite bien sûr d’être centenaire ! »






