Vols d’objets religieux : retrouvée en Allemagne, une précieuse statue a été restituée à la Tchéquie
Tandis que des milliers d’œuvres d’art ont été dérobées des églises tchèques après la chute du régime communiste, l’une d’entre elles, une statue baroque de sainte Ludmila, a été retrouvée en Allemagne et restituée, début septembre, aux autorités tchèques. Un retour qui rappelle que près de 10 000 œuvres et objets religieux restent toujours introuvables.
La statue mesure un peu plus d’un mètre et demi de haut et date du début du XVIIIe siècle. En 2024, trente ans après sa disparition de l’église de l’Assomption-de-la-Vierge-Marie à Schořov, village des environs de Kutná Hora (Bohême centrale), elle a été mise aux enchères à Stuttgart. La police allemande a alors lancé l’enquête et a contribué au transfert de la précieuse statue en bois en Tchéquie, comme l’explique une de ses représentantes :
« Nous ne savons pas comment la statue est arrivée à Stuttgart, car les propriétaires qui l’avaient achetée à des revendeurs sont décédés depuis. Elle a été mise aux enchères avec beaucoup d’autres objets. Aujourd’hui, les gens collectionnent moins ce genre de choses, ils ne s’y intéressent plus vraiment, et c’est pourquoi les vendeurs n’ont aucune idée de l’histoire de ces artefacts. »
Souvent laissé à l’abandon sous l’ancien régime communiste, le patrimoine religieux en Tchéquie n’a pas fait l’objet d’une plus grande attention non plus dans les premières années qui ont suivi la révolution de Velours. Des groupes criminels ont profité de la négligence des autorités pendant la période « transitoire » des années 1990 pour piller les églises et autres édifices religieux un peu partout dans le pays, et plus encore dans les régions frontalières. Une réalité historique que rappelle Magda Němcová, chargée de la protection du patrimoine culturel au ministère de la Culture :
« Selon l’Institut Goethe de Prague, qui avait réalisé une enquête à ce sujet à l’époque, 15 % des biens culturels matériels ont disparu du territoire tchèque chaque année. Ces pertes énormes sont tout à fait comparables à celles survenues pendant la Guerre de Trente ans. On peut même dire que le bilan est encore pire. Dans certaines églises, et plus particulièrement dans les lieux de pèlerinage quelque peu éloignés, il ne restait plus rien, si ce n’est les cadres des tableaux. Même les bougeoirs ont été volés. Au moment de l’ouverture des frontières, nous n’étions tout simplement pas prêts à faire face à l’intérêt que ce patrimoine non protégé a suscité chez les trafiquants qui ont ensuite revendu ces objets précieux dans les pays voisins. »
Magda Němcová souligne que si la statue en question de sainte Ludmila a pu être récupérée rapidement et sans complications, c’est parce que son détenteur, un homme de bonne foi, a accepté de la céder à l’État tchèque. Un cas de figure plutôt exceptionnel, selon la responsable du ministère. Car, plus généralement, les restitutions constituent des procédures juridiques et administratives compliquées nécessitant une coopération internationale et pouvant durer jusqu’à trois ans.
Comme l’explique encore Magda Němcová, identifier des objets retrouvés est souvent d’autant plus compliqué que les revendeurs les modifient précisément pour brouiller les pistes.
« Par exemple, ils enlèvent les couleurs d’une sculpture polychrome, ou inversement, dorent une statue qui, à l’origine, ne l’était pas. Ou bien, comme les mains des saints sont fixés sur des pivots, ils les placent dans une autre position. Ils leur retirent les attributs qui les caractérisent et les remplacent par des attributs qui appartenaient à d’autres sculptures. Lorsque nous identifions de tels objets, leurs propriétaires actuels sont souvent confus et refusent d’admettre qu’il s’agit d’une œuvre volée. Ils sont persuadés que l’identification n’est pas correcte », raconte la spécialiste.
La statue en bois de la princesse Ludmila, première sainte de Bohême, avait été proposée, peu après son vol, sur le marché pour environ 15 000 marks allemands. L’année dernière, elle a été mise aux enchère pour 1 000 euros. Cependant, selon les experts tchèques, sa valeur est aujourd’hui inestimable.
L’œuvre qui rend hommage à la femme considérée, au même titre que son petit-fils Venceslas, comme la sainte patronne de la nation tchèque, et dont la fête est célébrée le 16 septembre, a été restituée au diocèse de Hradec Králové.






