Zinedine Soualem : son rôle dans La Venue de l’avenir, « un cadeau »
Le coup d’envoi du 28e Festival du film français a été donné jeudi soir, dans la salle du Lucerna à Prague, avec le dernier film de Cédric Klapisch, La Venue de l’avenir en ouverture. Très apprécié en Tchéquie pour ses films L’Auberge espagnole et Les Poupées russes, le réalisateur est de retour dans les salles obscures du pays dès fin novembre avec un long-métrage où il s’est essayé pour la première fois – et en partie – au film d’époque. Pour en parler, Radio Prague Int. s’est entretenu avec Zinedine Soualem, un de ses acteurs fétiches, venu présenter le film jeudi soir.
« Hier soir, c’était une salle spéciale, parce que ce n’était pas un vrai public à proprement parler, mais il y avait quand même pas mal de francophones. Je me suis dit : on est en Tchéquie et tout le monde parle français ! C’était assez agréable. L’ambassadeur de France est très drôle, il est monté sur scène, il a fait un petit discours moitié en français, moitié en tchèque, et c’était assez impressionnant. La personne qui présentait la soirée est une comédienne, et je l’ai trouvée assez extraordinaire, parce qu’elle maîtrise le français admirablement bien. Elle m’a posé quelques questions en introduction. Donc j’étais à la fois impressionné et ému aussi, parce que c’est un film que j’aime beaucoup. Cédric Klapisch m’a écrit spécialement un très joli rôle, donc j’étais content d’être là. »
Le film sort en salle très bientôt en Tchéquie, le 27 novembre. Qu’est-ce que vous diriez à des spectateurs, des cinéphiles tchèques qui aiment le cinéma français, pour leur donner envie d’aller le voir ?
« C’est un film qui parle de la France, mais qui parle aussi du monde moderne, qui parle de deux époques qui ont à peu près cent ans de différence, et qui sont un peu correspondantes. Pour l’une, c’est l’avènement du cinéma, de la photo, du moteur à explosion, où les omnibus sont remplacés par les voitures, les autobus. Et aujourd’hui, c’est Internet, c’est l’intelligence artificielle. Donc c’est un film qui parle à la fois de la France, de Paris, mais qui parle aussi du monde moderne. Deux époques où on fait un saut dans la technique et dans le temps. Pour les amoureux de la France, c’est encore plus intéressant. Et puis, on peut être amoureux de la France, qu’on soit à l’étranger ou en France. Je pense que c’est même un film très important dans la filmographie de Cédric Klapisch, parce qu’il y a mis beaucoup de lui-même. Rien que quand on voit le générique, il y a mis beaucoup de photos : il a demandé à toute l’équipe de lui donner des photos personnelles. C’est quelque chose qu’il n’avait pas prévu à l’origine. Il en a mis également de sa famille, car son grand-père était un photographe ce qui lui a donné l’amour de l’image, de la photo, et évidemment par la suite du cinéma. »
C’est aussi la première fois aussi qu’il tournait un film d’époque… Du moins en partie.
« Oui, à l’origine, il voulait faire un film complètement d’époque. Et puis il a réfléchi, et il a trouvé cette idée merveilleuse et qui fonctionne bien, d’osciller entre aujourd’hui et il y a 100 ans. »
Vous avez tourné énormément de films, peut-être presque tous les films de Cédric Klapisch…
« Dans Ce qui nous lie, j’ai tourné. La séquence a été coupée, mais j’ai tourné quand même. »
Vous avez donc vraiment un lien particulier, parce que vous dites qu’il a écrit ce rôle pour vous, en plus.
« Depuis le temps, au bout de 36 ans, soit il y a de l’amitié qui naît un peu, autrement ce n’est que technique. Donc, oui, ça fait un petit moment qu’on est très amis. »
Dans ses films, il y a toujours ses acteurs fétiches qui reviennent. Il y a Cécile de France, vous, mais en même temps, il fait venir des nouveaux visages. Or, ici c’est un film de famille…
« Exactement. C’est ce que j’aime à dire : Cédric a une bande, il aime bien travailler avec les mêmes, mais ce n’est pas quand même un clan sclérosé. Il y a toujours des nouveaux entrants, des nouveaux sortants. Dans la distribution, il y a quand même une majorité de gens qui n’avaient jamais travaillé avec lui. Et aussi, il s’entoure. Moi, je sais que je suis là depuis longtemps. Cécile de France, aussi, elle est là. Et dans la technique, c’est pareil. La coiffeuse, c’est la même. Ça fait 20 ans ou 30 ans qu’on se voit, et c’est très agréable. »
Qu’est-ce qui vous a séduit dans votre personnage ?
« Je considère que c’est un joli cadeau qui m’a été fait notamment à cause de la scène de départ à la retraite : c’est une scène que Cédric avait repérée sur Internet. On s’était dit qu’il fallait absolument que ce soit réussi parce que sur YouTube, c’était très fort. Je crois que c’était un prof de gym qui partait et qui était applaudi et encensé par tout le collège. On était allé dans le collège un mois avant le tournage et je crois qu’il avait réussi à avoir 250 autorisations de parents, ce qui n’était pas assez. Pendant le tournage, Cédric me dit soudain qu’il est prévu que 650 élèves, dont les parents ont accepté, soient là. Et le jour où on l’a tourné, quand j’ai vu le dispositif, le long couloir, l’escalier, la sortie, je savais que ça allait être touchant à jouer. C’était même facile à jouer parce que les élèves étaient à fond. On l’a refait, je crois, une dizaine de fois. Et à chaque fois, ils étaient à fond. Il y avait mes deux propres filles, mes deux vraies filles qui jouaient mes deux fausses filles. Cédric le leur avait demandé. Une de mes filles est réalisatrice, l’autre est comédienne. Je leur dit : au mois de juin, tel jour, il faut que vous soyez là et pas que vous soyez au Caire ou ailleurs. Elles étaient là, donc c’était un doublé gagnant, comme on dit. »
Revenons sur les deux temporalités dans le film, comment est-ce que Cédric Klapisch, l’équipe, et vous-même, avez abordé les différences esthétiques qui en découlent ?
« C’est des choses plus techniques. Moi, je ne peux pas en parler tant que ça, puisque je n’étais que dans la partie moderne. Je sais que ça a été à la fois agréable et difficile. C’est-à-dire que quand on en parlait, quand on tournait ensemble les scènes de l’époque moderne, il me disait que c’était quand même plus facile. Dès qu’il y avait un changement de costume, de coiffure, ça prenait cinq minutes pour nous. Mais quand il devait changer Suzanne Lindon, ça pouvait durer une heure, une heure et demie à cause de la coiffure par exemple. Et puis, évidemment, la couleur : le chef opérateur n’avait pas la même exigence parce que ce n’était pas la même image, la même lumière. »
Ce n’est pas votre dernière aventure, j’imagine, avec Cédric Klapisch, il y en aura d’autres…
« J’espère ! D’ailleurs il vient manger chez nous dans quelques jours alors je vais commencer à le sonder, à lui demander ce qu’il fait. Mais après, j’ai appris que ça ne sert à rien : c’est mon ami, s’il y a quelque chose, il y a quelque chose. Mais je sais que je serai toujours dans ses films. Parfois, ça peut être un petit clin d’œil et puis parfois, comme celui-là, ça peut être un gros rôle plein de tendresse. Donc, je suis là. Il peut m’appeler quand il veut. »




