100 ans après sa découverte, la Vénus de Věstonice est à voir sous toutes ses coutures

Vénus de Věstonice

A l’occasion du centenaire de sa découverte par l’archéologue tchèque Karel Absolon, la Vénus de Věstonice est exposée à Brno jusqu’au 28 septembre : ce n’est bien sûr pas la première fois, même si ses apparitions sont rares, mais c’est toutefois pour la première fois qu’il sera possible de la voir de tous les côtés.

D’ordinaire, elle repose à plat dans son écrin, une petite boîte un peu particulière qui remonte à cent ans, lorsque la petite Vénus paléolithique a été mise au jour sur le site de Dolní Věstonice (Moravie du Sud) parmi les vestiges d’un foyer préhistorique utilisé par des chasseurs de mammouths, comme l’explique Petr Neruda, commissaire de l’exposition :

Petr Neruda et la Vénus de Věstonice | Photo: Václav Šálek,  ČTK

« Elle est suffisamment solide, étanche à la poussière et à l’eau. Donc, même si à l’origine c’est une boîte à munitions, nous pensons qu’elle est parfaite pour accueillir la statuette. Le mécanisme est particulièrement solide. Elle est conservée, allongée sur une peau de chevreuil, dans cette boîte que Karel Absolon a fait fabriquer spécialement pour elle. Nous continuons à utiliser cette boîte, il n’y a pas de raison de la remplacer car elle est parfaite et permet de la transporter en toute sécurité. »

Et la sécurité est primordiale, comme le prouve tout transport en dehors de la ville de Brno où elle se trouve généralement : lorsqu’elle avait été présentée à Prague il y a quelques années, ça avait été sous escorte policière digne d’un haut dirigeant.

Vénus de Věstonice | Photo: Radim Strachoň,  MF DNES,  LN/Profimedia

Car la Vénus de Věstonice, entre 29 000 et 25 000 ans au compteur, est une rareté : véritable trésor national, elle est considérée comme la plus ancienne figurine de céramique au monde. Sa composition, notamment, a fait l’objet de nombreuses controverses et hypothèses depuis sa découverte. L’an dernier, le Musée morave de Brno a toutefois annoncé, à la suite d’analyse réalisées à l’aide d’un scanner micro-CT, qu’elle était composée de fragments de roches et de minuscules fossiles, et non d’os de mammouth comme l’ont longtemps pensé certains archéologues.

Le centenaire de sa découverte était l’occasion de la montrer au public différemment de ce que les gens ont pu voir jusqu’à présent : installée sur un support rotatif qui l’enserre au niveau du bas du corps, elle sera visible pendant trois mois – littéralement sous toutes les coutures :

« Nous voulions profiter de l’occasion pour faire quelque chose auquel le public n’est pas habitué : voir la Vénus de Věstonice de dos également. Nous avons opté pour un support qui tourne sur lui-même. Il fallait qu’il soit assez solide pour la maintenir de manière stable, mais sans la recouvrir. Il fallait aussi qu’il soit esthétique : des bijoutiers ont donc fabriqué ce support en rhodium dont la couleur est très proche de celle de la statuette. »

Vénus de Věstonice | Photo: Radim Strachoň,  MF DNES,  LN/Profimedia

Haute d’à peine 11,5 centimètres, la Vénus de Věstonice est issue de la civilisation dite gravettienne, une culture du Paléolithique supérieur qui couvrait toute l’Europe, depuis la façade atlantique jusqu’à la Russie actuelle. Elle a été particulièrement florissante dans le bassin dit de Vienne, donc par extension géographique en Moravie. Qui dit céramique, dit la nécessité de disposer de fours pour faire cuire ces statuettes. Or ces populations préhistoriques d’alors étaient des chasseurs-cueilleurs, un mode de vie qu’on n’associe guère avec la sédentarité. Et pourtant, comme le soulignait sur notre antenne le préhistorien belge Marcel Otte, cette vision est bien trop strictement figée : les populations à l’origine de cette œuvre d’art unique ont tout à fait pu être mobiles et prédateurs tout en étant sédentaires et producteurs.

Dans tous les cas, comme le constatent les chercheurs, la Vénus de Věstonice témoigne à la fois du talent artistique de ces populations, mais aussi de la maîtrise du processus de fabrication.

Photo: Radim Strachoň,  MF DNES,  LN/Profimedia

Un talent artistique qui serait dû, contrairement aux représentations qu’on s’en faisait autrefois, à… une femme. Il y a une dizaine d’années, les chercheurs se sont rendu compte qu’à l’arrière de la statuette se trouvait une empreinte très légère de doigt, celle d’un enfant. Cette découverte a conduit les archéologues à penser que la Vénus de Věstonice aurait justement pu être le résultat d’une création féminine et non masculine, comme l’expliquait l’expert Martin Oliva il y a quelques années :

« Aujourd’hui, nous avons tendance à penser qu’il s’agissait d’une pratique féminine, que les femmes utilisaient peut-être davantage ces statuettes, qu’elles faisaient partie de l’univers idéologique maternel de la fertilité féminine, et non de la vision sexuelle masculine. Et la vision féminine est justement liée à la vision de l’enfant aussi. »

Qu’elle soit le résultat d’une vision artistique féminine ou masculine, la Vénus est considérée dans tous les cas par les scientifiques comme un possible symbole de fertilité : la statuette de femme nue est, comme nombre de ses consœurs mises au jour un peu partout en Europe, caractérisée par la mise en valeur des courbes et des organes sexuels. Si la plupart de ces représentions féminines préhistoriques sont dépourvues de traits du visage, la Vénus de Věstonice est, avec la dame de Brassempouy, une notable exception puisqu’elle présente des yeux stylisés – ce qui fait de la petite statuette morave une autre rareté.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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