À Prague, un nouveau musée pour découvrir l’histoire d’amour entre Mozart et « ses » Pragois
Depuis deux mois, Pragois et touristes peuvent visiter un nouveau musée dédié à Wolfgang Amadeus Mozart. Situé dans le quartier de Malá Strana, en face de l’église Saint-Nicolas, ce Mozart Interactive Museum propose de redécouvrir de façon surprenante la vie et l’œuvre du célèbre compositeur au travers d’expositions qui font la part belle aux nouvelles technologies et à l’interactivité.
Dédier un musée entier à Prague au compositeur viennois peut sembler au premier abord déroutant. Cependant, un amour réciproque unit la capitale tchèque et le prodige autrichien, comme nous l’explique Eva Velická, directrice du musée :
« Mozart a visité Prague à cinq reprises. Il adorait la ville et les Pragois qui, en retour, l’adoraient eux aussi. La première fois, il a été stupéfait d’entendre les gens devant le théâtre fredonner les mélodies des Noces de Figaro, d’entendre les harpistes dans la rue reprendre les airs de ses opéras, et de voir les gens dans les bals danser sur sa musique. Il est devenu tellement populaire que le Théâtre des États à Prague lui a commandé une pièce, et c’est ainsi qu’est né son célèbre Don Giovanni. L’opéra des opéras est donc intrinsèquement lié à la ville de Prague, car c’est pour Prague qu’il a été écrit. »
Le tournage d’Amadeus
À ces cinq séjours historiques du compositeur dans la ville aux cent clochers, il faut en ajouter un autre, plus récent mais non moins symbolique. Dans la première moitié des années 1980, dans une Tchécoslovaquie qui se trouvait alors encore derrière le rideau de fer, c’est en effet à Prague que Miloš Forman avait installé ses caméras pour le tournage d’Amadeus, un film qui vaudra huit Oscars au réalisateur américain d’origine tchèque. Malgré quelques erreurs historiques ou libertés, comme le rappelle Eva Velická, ce biopic romancé fait partie de l’histoire de Mozart et de Prague.
« Il y a, par exemple, l’histoire de Salieri, qui ne haïssait pas Mozart et avec lequel il n’y avait pas réellement de rivalité, car Salieri était bien plus haut dans la hiérarchie. Le compositeur italien était le maître de chapelle de l’Empereur. C’était un titre de renom et il n’avait par conséquent pas de raison de se battre contre Mozart, qui, en comparaison, n’était que simple musicien de la chambre impériale. En réalité, Salieri aimait Mozart. D’ailleurs, quand celui-ci est mort, il a aidé sa veuve puis est devenu le professeur de son fils. Ceci dit, le but de notre musée n’est pas d’être en opposition avec le film ou de le démonter. Nous sommes même actuellement en pourparlers pour obtenir l’autorisation de diffuser des extraits d’Amadeus, parce que le film fait partie de l’histoire de Mozart et de Prague. Dans les années 1980, sous le communisme, c’était vraiment quelque chose d’exceptionnel de voir des équipes américaines tourner en Tchécoslovaquie. Ce que nous voulons donc dans notre musée, c’est raconter l’histoire de Mozart d’une autre manière et, peut-être, corriger quelques petites erreurs. »
Le musée interactif consacré à Mozart permet à ses visiteurs d’interagir avec les différentes expositions. Après avoir scanné un code QR remis à l’entrée, ils peuvent ainsi sélectionner la langue de leur choix ; pour le moment parmi le tchèque, l’anglais, l’allemand et l’italien, mais bientôt aussi, grâce à l’IA, parmi un panel encore plus large, puis suivre les instructions et informations données. Un choix innovant et assumé, motivé par une envie de moderniser le genre mais aussi par des raisons pratiques.
« Nous voulons que le musée s’adresse vraiment à tous. Ce n’est pas la maison-musée traditionnelle de Mozart. Le compositeur n’a pas habité les lieux et nous ne possédons pas de collections historiques liées à Mozart. Malgré cela, nous voulions raconter l’histoire de Mozart à Prague. Et pour cela, nous avons fait le choix de l’interactivité. Ici, vous pouvez jouer comme Mozart et l’incarner. En tant que musicologue, je peux aussi dire que tous les textes fournissant des informations sur la vie de Mozart sont exacts. Vous ne trouverez aucune des erreurs que l’on voit souvent sur Internet. Mais en plus de ces informations, l’interactivité permet réellement à tous d’apprécier la visite du musée. L’objectif principal est que les gens sachent que Mozart a résidé à plusieurs reprises à Prague, et c’est ici que l’on trouve la trace de cette connexion entre la ville et l’artiste. »
Diriger Don Giovanni et jouer du clavecin
À travers les trois étages du musée, qui représentent les différentes étapes de la vie de Mozart, les visiteurs sont invités, entre autres, à diriger une représentation de Don Giovanni à l’aide un casque VR sur la tête, à jouer du clavecin en suivant les touches qui s’illuminent ou encore à redécouvrir, sous la forme de jeux vidéo, les intrigues des plus grands opéras du compositeur. Une diversité d’activités permise grâce aux nombreux artistes qui ont contribué à la réalisation du projet.
« Les expositions ont été préparées par différents artistes tchèques. Par exemple, un artiste a effectué des recherches avant de peindre pendant plusieurs mois ces violons aux couleurs et motifs des villes que Mozart a traversées. Un célèbre grapheur slovaque a aussi réalisé un dessin pour nous. Quant à la musique que l’on entend dans l’exposition, elle aussi a été spécialement enregistrée. De nombreux musiciens et artistes ont donc pris part au projet. »
Récemment ouvert, le musée entend désormais se développer davantage encore. De futures salles d’expositions sont en préparation et divers projets visant à faire du lieu un centre de la vie musicale pragoise sont en cours.
« Nous voulons organiser des concerts et nos propres événements. Nous aimerions vraiment que ce lieu fasse partie intégrante de l’offre musicale de la ville. »
« Nous souhaitons aussi que les étudiants en musique à Prague puissent venir s’exercer gratuitement. Ce serait du gagnant-gagnant : eux n’auraient pas à louer de salle de répétition tandis que nous, nous aurions de la musique live dans le musée. Cela pourrait être intéressant pour eux de pratiquer leur art dans un hall et non dans une petite salle. »
En attendant que toutes ces belles choses se réalisent, le musée situé au 33 rue Karmelitská est ouvert chaque jour de la semaine à tous les curieux qui souhaitent découvrir ou en savoir davantage sur l’histoire commune de Mozart et de Prague.














