A-t-on tout dit sur l'insurrection pragoise dont nous célébrons, le 5mai, le 60e anniversaire?

Les barricades - rue Revolucni
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Il y a de cela tout juste 60 ans, le 5 mai 1945, l'insurrection nationale contre l'occupant nazi éclatait à Prague. Près de 30 000 Tchèques, hommes et femmes, ont décidé de ne plus attendre la fin de la guerre, mais d'y contribuer eux-mêmes. Grâce à eux, Prague était déjà libre quand les premiers tanks de l'Armée rouge sont entrés dans Prague, à l'aube du 9 mai.

Les barricades - rue Revolucni
L'insurrection a précipité la fin de la guerre et sauvé, fort probablement, Prague. Selon le plan nazi ARLZ, la capitale tchèque devait être complètement détruite. Le signal à l'insurrection a été donné par le Conseil national tchèque, par l'intermédiaire de la Radio tchécoslovaque. Le combat pour le maintien de la radio est devenu crucial. Car la radio propageait dans l'éther les informations sur l'évolution de la situation, coordonnait les actions et diffusait des appels pour venir en aide aux insurgés.

"Nous appelons la police tchèque, les gendarmes, l'armée, à venir en aide à la radio. Venez tous à la radio, les Tchèques y sont massacrés, nous appelons tous les Tchèques."

Près de 1600 barricades ont été érigées dans Prague pendant les 4 jours qu'a duré l'insurrection. Dans l'après-midi du 8 mai 1945, la capitulation allemande était signée par le Conseil national tchèque et le général des armées allemandes Rudolf Toussaint.

Il est devenu une tradition que les cérémonies de souvenir aient lieu chaque année, le 5 mai, devant la radio, là où une plaque rappelle les noms des 89 Tchèques morts près du bâtiment. La situation pendant l'insurrection pragoise du 5 mai 1945 a été la plus grave près de la Radio, mais aussi dans les alentours de la place de la Vieille-Ville. Libuse Erbstova, participante directe aux événements, s'en souvient:

"Les Allemands avaient placé sur les deux tours de Notre-Dame-de-Tyn des mitrailleuses légères à balles silencieuses qui ont fait des dizaines de morts sur la place. La faculté de droit avait été aménagée en dépôt de munitions. Des tanks allemands faisaient le plein pour tirer sur la barricade près du théâtre des Etats."

Pilotes tchécoslovaques
Prague aurait pu être libérée plus tôt si les Américains n'avaient pas dû respecter la ligne de démarcation convenue dans l'esprit de la future répartition de l'Europe. Prague était prédestinée à faire partie du bloc de l'Est. Ceci dit, quel est le regard porté sur l'insurrection par l'ancien pilote de RAF, le capitaine Jaroslav Chejstovsky?

"Nous, en Angleterre, nous étions prêts, les avions étaient prêts à s'envoler pour Prague. Si la direction politique nous l'avait permis, l'insurrection n'aurait pas dû durer quatre jours, car nous étions capables d'être à Prague quatre heures après son éclatement."

Après le coup d'Etat communiste de 1948, l'insurrection pragoise est devenue l'objet de manipulations et d'abus. Même 60 ans après, tout n'a pas été dit sur le sujet. Ainsi, l'un des tabous touche à l'engagement des troupes Vlasov, soldats soviétiques mais adversaires de l'Armée rouge ayant créé leurs propres unités. L'historien Eduard Stehlik de l'Institut militaire historique explique:

Le général Vlasov
"Il ne faut pas glisser vers l'autre extrême et dire que Prague a été libérée par les troupes Vlasov, après qu'il ait été interdit, jusqu'en 1989, de parler de leur aide. Cette aide était surtout psychologique, mais aussi militaire: ces soldats bien armés ont surtout bloqué les parties sud-ouest de Prague. Près de 300 d'entre-eux sont tombés. Mais le principal poids des combats reposait sur les Tchèques qui ont gagné, eux-mêmes, l'insurrection."

Le régime communiste n'a jamais pardonné aux acteurs et héros de l'insurrection que Prague se soit libérée d'elle-même, avant même l'arrivée de l'Armée rouge. Le capitaine Nechansky, membre du Conseil national tchèque et co-signataire de la capitulation, fut exécuté. Un autre signataire de la capitulation, le général Kutlvasr, fut quant à lui emprisonné dans la même cellule que celui contre qui il avait lutté, le général allemand Toussaint...