Alexandre le Grand, héros d'un opéra minimaliste

Photo: Narodni divadlo

Après le succès de son opéra Yta inocens (Yta, l'innocente), le jeune compositeur tchèque Tomas Hanzlik a récidivé avec « Lacrimae Alexandri Magni (Les Larmes d'Alexandre le Grand) », oeuvre écrite sur commande du Théâtre national de Prague. La première de cette oeuvre qui met en musique une pièce de théâtre écrite au XVIIIe siècle par un membre anonyme de l'ordre des Piaristes, a eu lieu, ce jeudi, au Théâtre des Etats à Prague.

C'est dans un lycée de l'ordre des Ecoles Pies connus sous le nom de Piaristes, dans la ville de Lipnik en Moravie, que les étudiants ont joué, en 1764, cette pièce divertissante sur l'enfance d'un héros. Aujourd'hui Tomas Hanzlik insuffle par sa musique minimaliste et néo-baroque une nouvelle vie à ce vieux divertissement latin. A l'origine, la pièce n'était pas destinée à être chantée et son intrigue est assez mince pour un opéra. C'est un court épisode de la jeunesse d'Alexandre le Grand tiré de Plutarque.

Tomas Hanzlik et Sona Cervena, photo: CTK
Alexandre, un enfant de douze ans, est jaloux des triomphes du roi Philippe de Macédoine, son père, qui mène une campagne guerrière dans les pays étrangers. Lorsqu'une prophétie apprend à Alexandre qu'il pleurera pour son père, il en déduit que les troupes de Philippe ont essuyé une défaite, et il décide de venir à sa rescousse. Dans un élan d'enthousiasme, il réunit une armée et en prend le commandement. Cependant, avant qu'il ne parte, un messager vient lui annoncer que Philippe a une fois de plus remporté une victoire. Alexandre se met à pleurer parce que son père a accaparé tous les triomphes pour lui seul et n'a pas permis à son fils de montrer son courage et d'avoir sa part de gloire. Pour le compositeur Tomas Hanzlik ce livret mince en apparence ne manque pas de signification profonde.

« Le sujet de l'opéra sur les larmes d'Alexandre le Grand peut paraître banal au premier abord. Je ne veux pas parler de nos intentions, mais lors d'une répétition avec l'orchestre, j'ai même été un peu effrayé en écoutant le final de l'opéra. Et je me suis reposé la question sur ce que l'auteur de la pièce voulait dire. Tout cela est conçu et présenté comme une comédie infantile. C'est une histoire sur le désir infantile d'obtenir quelque chose à tout prix. Et, à la fin, on laisse entendre que ce désir de la gloire et du pouvoir à tout prix peut avoir des conséquences dangereuses. Alexandre le Grand a été en premier lieu un guerrier, et nous savons ce que les guerres ont apporté à la civilisation et aux hommes. Je pense donc que ce problème est bien grave, bien qu'il ne soit pas exprimé explicitement dans le texte. »

C'est le jeune artiste slovène, Rocc, qui a signé la mise en scène et la scénographie de ce spectacle. Il a prêté beaucoup d'attention surtout à un épisode humoristique situé au milieu de l'opéra :

« L'humour est pour moi très important depuis le début. Déjà mon professeur qui a eu une grande influence sur moi, Mme Marie Mrazkova disait : 'Rocc, il faut que dans chaque tragédie il y ait une comédie et dans chaque comédie une tragédie.' Et cela, l'optimisme qui en résulte, est pour moi extrêmement important. Le rôle du théâtre est de transmettre aux gens qui y viennent une vitamine, leur donner une satisfaction, et aussi les divertir et les faire rire. Et je crois que nous y avons réussi aussi grâce à la musique composée par Tomas Hanzlik. »

Le style post-moderne que Rocc a donné au spectacle ne correspond pas tout à fait au langage musical de Tomas Hanzlik et ne développe pas les inspirations baroques. Malgré les beautés de la partition et plusieurs belles performances vocales, cette première reste inférieure au charme des spectacles précédents montés par Tomas Hanzlik avec des moyens beaucoup plus modestes, mais avec des collaborateurs plus sensibles à son style.