Face au plan de paix pour l’Ukraine, une Europe faible ou forte ? La presse tchèque partagée
Le plan de paix pour l’Ukraine, les défis à relever pour le président Petr Pavel dans le cadre de la formation du nouveau gouvernement, un rassemblement des Allemands des Sudètes qui se tiendra pour la première fois en Tchéquie. Tels sont les principaux sujets de cette nouvelle revue de presse. Un mot aussi sur le bénévolat de la joueuse de tennis Linda Nosková en Afrique et sur la possible interdiction des téléphones portables dans les écoles.
« Les États-Unis ont présenté à leurs alliés un plan de paix élaboré au Kremlin qui, finalement, s’est heurté à une opposition tant au niveau national qu’international », constate l’hebdomadaire Reflex, qui s’intéresse notamment à l’engagement européen :
« Malgré les critiques fréquentes sur la faiblesse de l’Europe et son incapacité à parler en faveur de la paix, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Les pays européens ont rapidement réagi et fait clairement savoir qu’il était inacceptable pour eux que l’Ukraine soit contrainte d’accepter les conditions russes qui, de fait, correspondent à ce que les Russes voulaient déjà au printemps 2022. C’est grâce à l’Europe, prétendument impuissante, et aux législateurs américains qui s’y sont opposés que la capitulation diplomatique de l’Ukraine a pour l’instant été évitée. »
« L’Europe, si souvent critiquée pour sa faiblesse, maintient aujourd’hui l’Ukraine à flot », renchérit le journal Deník N. Critiquer les alliés européens pour leur impuissance diplomatique est dès tout à fait déplacé dans le contexte actuel. « Pour une fois, nous pouvons être fiers de l’UE », écrit-il.
Concernant les négociations menées entre Kiev et Washington et la présence de responsables européens à Genève, le quotidien Hospodářské noviny exprime, lui, un avis quelque peu différent :
« Les Européens ont une nouvelle fois fait l’expérience de ce que cela signifie de faire l’objet d’un accord plutôt que d’être celui qui le négocie. L’Europe a une nouvelle fois démontré son incapacité à prendre des décisions stratégiques. Les Européens n’ont pas de plan global pour mettre fin à la guerre en Ukraine, ils n’ont pas défini d’objectif réaliste et de mesures à prendre pour orienter l’Ukraine et surtout la Russie de Poutine vers cet objectif. Les sanctions à n’en plus finir et les discours musclés ne suffisent pas dès lors qu’il s’agit de les appliquer de manière cohérente. Il convient d’avoir un plan et de le mettre en œuvre. »
Le quotidien Mladá fronta Dnes insiste pour sa part sur l’unité d’action de l’Europe :
« Les États européens ont une puissance économique et, à bien des égards, une puissance militaire croissante. Mais ce dont ils doivent maintenant faire preuve, c’est de leur puissance diplomatique. Cela signifie ne pas accepter les exigences russes qui visent à affaiblir et à diviser l’Alliance atlantique, ne pas céder sur le principe de la souveraineté de l’Ukraine sur les territoires non conquis par la Russie et ne pas se laisser entraîner dans un ordre d’après-guerre où l’Europe paierait avec de l’argent ou des soldats, mais ne prendrait aucune décision. »
« Nous avons déjà vu beaucoup de plans de paix dans la guerre déclenchée par l’invasion russe en Ukraine, et celui qui est actuellement en cours d’élaboration entre Washington, Kiev et Moscou n’aura peut-être pas plus de succès que les précédents », suppose un chroniqueur du site Seznam Zprávy. Cependant, comme il l’indique, les négociations se déroulent cette fois dans un décor complétement différent : « En effet, ce ne sont pas tant les salles de réunion qui déterminent le cadre de la diplomatie que la boue des tranchées du Donbass. Et la réalité y est implacable : l’Ukraine est en train de perdre. »
En attendant la formation du gouvernement, le président Petr Pavel ne se laisse pas manipuler
« Nous n’avons pas encore de gouvernement, mais une question fondamentale est déjà claire : Petr Pavel n’est pas un président faible », peut-on lire sur le site de l’hebdomadaire Respekt. Celui-ci précise sa vision de l’évolution de la situation politique :
« Depuis la victoire d’Andrej Babiš aux élections, Petr Pavel est confronté à deux énigmes politiques à la fois : d’une part, en s’appuyant sur la loi et la jurisprudence judiciaire, y compris un arrêt de la Cour constitutionnelle, il doit contraindre le leader d’ANO à enfin régler sérieusement son énorme conflit d’intérêts. La motivation du président est tout à fait compréhensible. Si Andrej Babiš ne résout pas son conflit d’intérêts, il menacera la possibilité pour d’autres entreprises, organisations et villes d’obtenir des subventions européennes. Enfin, si le président n’intervient pas, lui aussi sera tenu pour responsable de la violation de la loi et d’un conflit très risqué avec l’UE. Voilà pourquoi il insiste pour qu’Andrej Babiš explique publiquement comment il compte s’y prendre. »
Le deuxième problème concerne le député Filip Turek, candidat du parti Motoristé (Les Automobilistes) d’abord aux fonctions de ministre des Affaires étrangères, puis, désormais, à celles de ministre de l’Environnement :
« Là encore, la situation semble claire, car jamais encore un candidat à un poste ministériel n’avait rassemblé autant d’arguments contre sa nomination. La passion de Filip Turek pour le salut nazi, sa joie exprimée lorsque de jeunes néonazis ont tenté d’immoler par le feu une petite fille rom du nord de la Moravie, les ambiguïtés autour du réglement de ses impôts ou ses tendances à la violence difficilement réprimées sont autant d’éléments négatifs qui sont perçus comme les plus choquants. »
Respekt indique que pour un chef d’État soucieux de respecter la Constitution à la lettre, le rejet de la candidature Filip Turek n’est pas une situation facile. Néanmoins, selon l’auteur, « Petr Pavel démontre que, malgré son expérience politique limitée, il n’est pas un président faible ou lâche, qu’il n’a pas peur des conflits politiques et qu’il ne se laisse pas manipuler. »
Pour la première fois, un rassemblement des Allemands des Sudètes se tiendra en Tchéquie
En mai prochain, Brno accueillera le 76e congrès de l’Association des compatriotes allemands des Sudètes. Ainsi donc, pour la première fois depuis leur expulsion de l’ancienne Tchécoslovaquie après la guerre, ce rassemblement traditionnel sera organisé sur le territoire tchèque. Le journal en ligne Lidovky.cz écrit à ce sujet:
« En fait, il ne s’agira là de rien de particulier. Des centaines, voire des milliers de personnes viendront à Brno, beaucoup en costume traditionnel, et occuperont une bonne partie des hôtels, ce qui fera le bonheur de leurs propriétaires. Lorsque, l’année dernière, lors du congrès à Ratisbonne, le ministre Mikuláš Bek a pris la parole après que l’hymne tchèque a été joué, absolument rien ne s’est passé. L’époque où les congrès des Allemands des Sudètes suscitaient de l’inquiétude et un intérêt particulier des médias est révolue. Cette époque a définitivement pris fin sous le gouvernement de Petr Nečas (2010-2013), lorsque le Premier ministre tchèque s’est rendu à Munich et le Premier ministre bavarois à Prague. »
Lidovky.cz rappelle que l’Association des compatriotes allemands des Sudètes a fait disparaître de ses statuts le point relatif la restitution des biens confisqués après la guerre. Des deux côtés de la frontière, il existe désormais d’autres priorités comme, par exemple, l’amélioration de la liaison ferroviaire entre Munich et Prague. Pour autant, la tenue de ce congrès en Tchéquie n’en constituera pas moins un défi à relever sans précédent :
« Si ce rassemblement se déroule dans le calme et que rien d’extraordinaire ne se produit, ce sera un résultat remarquable. Cela prouvera que le spectre des compatriotes allemands des Sudètes a perdu de son importance même pour les nouvelles équipes au pouvoir. Il est pourtant difficile de croire que leur congrès à Brno ne sera pas exploité politiquement au moins par le parti d’extrême droite SPD de Tomio Okamura et ses électeurs. »
Non aux téléphones portables dans les écoles
« Le futur probable ministre de l’Éducation, Robert Plaga, veut interdire les téléphones portables dans les écoles, et ce, malgré l’opposition d’une partie des enseignants et des parents », rapporte le site Info.cz. Enfin une bonne idée, une décision courageuse et judicieuse qui mérite d’être applaudie, selon l’auteur :
« La seule chose que l’on puisse regretter est qu’elle n'ait pas été prise plus tôt. Il est grand temps d’admettre que les technologies modernes nous dépassent désormais, jusqu’à un point où leurs effets néfastes prennent le dessus sur leurs avantages. Limiter les appareils de communication mobiles dans les écoles est la première étape pour réguler cette domination néfaste. »
L’aide de la joueuse de tennis tchèque Linda Nosková en Afrique
« Le monde du tennis est en émoi. Les stars affichent leurs vacances luxueuses, pendant que la Tchèque Linda Nosková aide les enfants en Afrique. » C’est ce que rapporte le site Aktualne.cz. qui précise :
« Après une saison difficile, Linda Nosková, actuellement 13e joueuse mondiale, a décidé de se reposer tout en se rendant utile. Elle s’est en effet envolée pour Zanzibar pas seulement pour bronzer mais aussi et surtout pour travailler comme bénévole dans l’une des écoles tchèques qui ont été créées là-bas. Début septembre, la meilleure joueuse de tennis tchèque actuelle a créé un nouveau compte Instagram pour annoncer que son contenu serait quelque peu différent de ce qui se fait habituellement. Elle entend y présenter ses positions sur l’environnement, la politique, les droits de l’homme et sur ce qui la préoccupe le plus en tant que citoyenne du monde. Ses photos prises sur place ont fait le tour des réseaux sociaux, où ses fans ont laissé des messages touchants saluant l’engagement de la jeune femme originaire de Přerov. »
Aktualne.cz rappelle que Linda Nosková a réalisé cette année, à 20 ans, la meilleure saison de sa carrière, avec un bilan de 40 victoires pour 66 matchs disputés. Et si elle n’a remporté aucun titre, elle a néanmoins atteint les finales de trois tournois.






