Décider de l’Ukraine sans l’Ukraine ? Forte de son expérience, la Tchéquie opposée à cette perspective

Donald Trump

Alors que Donald Trump et Vladimir Poutine doivent se rencontrer en Alaska ce vendredi 15 août, un sommet dont Volodymyr Zelensky semble devoir rester exclu, la Tchéquie, dont le chef de la diplomatie effectue ces jours-ci une nouvelle visite en Ukraine, estime que celle-ci doit pouvoir décider librement de son avenir.

À Prague, à l’exception de certaines positions populistes ou extrêmistes, c’est d’abord un regard essentiellement sceptique qui est porté sur la prochaine rencontre entre les présidents américain et russe, ou plus précisément sur l’idée que l’on puisse vouloir décider de l’Ukraine sans l’Ukraine. C’est donc tout naturellement, tant sa position coule de source depuis le début du conflit, que la Tchéquie compte parmi les vingt-six pays de l’Union européenne dont les chefs d’État et de gouvernement, ce mardi, ont réaffirmé la nécessité pour l’Ukraine de pouvoir se prononcer librement et en toute indépendance sur son avenir.

Volodymyr Zelensky | Photo:  Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Comme Volodymyr Zelensky, et comme, donc, de nombreux dirigeants européens, le Premier ministre tchèque redoute, lui aussi, que la discussion prévue entre Donald Trump et Vladimir Poutine aboutisse à une issue défavorable à l’Ukraine, à travers notamment une concession des territoires occupés par l’armée russe. Un scénario qui, vu de Tchéquie, comme il a encore été possible de le lire ici ou là dans la presse ces derniers jours, n’est pas sans rappeler la conférence qui s’est tenue à Munich en 1938 et qui, en l’absence d’un président tchécoslovaque que les grandes puissances de l’époque avaient pris soin de ne pas inviter, avait alors, en plus de régler la crise des Allemands des Sudètes, scellé le sort de la Tchécoslovaquie en tant qu’État indépendant.

Petr Fiala | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Ce mardi, Petr Fiala (Spolu), qui ne participera pas à la réunion virtuelle entre les États-Unis, certains pays européens et Kiev annoncée pour ce mercredi par l’Allemagne, a ainsi souligné que s’il espérait que les négociations pour un cessez-le-feu trouvent une issue positive et qu’il souhaitait « une paix juste et durable », celle-ci ne serait possible qu’à condition que l’Ukraine approuve celle-ci. Une hypothèse toutefois peu probable si l’on s’en tient aux derniers propos tenus par Volodymyr Zelensky. Tout en affirmant soutenir « la détermination du président Trump » pour « empêcher la Russie de tromper à nouveau le monde », le président ukrainien a dénoncé le fait que l’armée russe, loin de l’idée de vouloir cesser la guerre, préparait « de nouvelles opérations offensives ».

S’efforcer de continuer à accentuer par tous les moyens la pression sur Moscou, c’est aussi le souhait qu’a exprimé le chef de la diplomatie tchèque. Un Jan Lipavský (Spolu) qui a entrepris sa sixième visite en Ukraine depuis février 2022 et le début de l’agression russe à grande échelle :

Jan Lipavský | Photo:  Efrem Lukatsky,  ČTK / AP

« L’objet de ma visite ici est bien sûr d’abord de renforcer les relations tchéco-ukrainiennes, elle vise aussi à montrer que nous soutenons nos entreprises sur le terrain afin qu’elles puissent participer activement à la reconstruction de l’Ukraine. Mais cette visite constitue également un message politique. Elle confirme, une fois encore, que nous continuons à soutenir l’Ukraine dans sa lutte contre l’agression russe. C’est là un domaine où nous avons véritablement un intérêt commun. Enfin, elle pemet de marquer concrètement notre soutien à la future intégration européenne de l’Ukraine ou à son adhésion à l’OTAN. »

À Kiev, alors qu’il participait ce mardi à une conférence organisée pour le 76e anniversaire de la signature des Conventions de Genève, et après avoir été reçu par son homologue Andriï Sybiga, qui a déclaré à cette occasion qu’une « politique de concessions et d’apaisement [était] inacceptable », Jan Lipavský a lui aussi rappelé que face à « une agression russe continue [qui] a causé d’immenses souffrances humaines et de graves violations du droit international humanitaire », Prague considérait l’intégrité territoriale, dans le cas de l’Ukraine, comme « un principe intangible ».

Jan Lipavský et Andriï Sybiga | Photo:  Efrem Lukatsky,  ČTK / AP

Et si, lundi, le président américain s’est agacé du refus de son homologue ukrainien de céder une partie de son territoire à la Russie, le ministre tchèque a, lui, estimé que c’était d’abord à l’Ukraine qu’il appartenait de « décider de ce qu’elle est prête à accepter et de ce qu'elle n’est pas prête à accepter ». C’est aussi dans cette optique qu’il a déclaré ne pas s’inquiéter outre mesure de la perspective du face-à-face Trump-Poutine sans représentant européen dans désormais trois jours :

Vladimir Poutine | Photo:  Gavriil Grigorov,  Kremlin Pool / Zuma Press / Profimedia

« Actuellement, c'est l’Europe qui finance la majeure partie de l’aide militaire à l’Ukraine. Il suffit de regarder les chiffres pour en avoir la confirmation, et c’est pourquoi je pense que l’Europe aura naturellement sa place dans ces négociations. Cependant, ce ne sera peut-être pas le cas dans ce format, et sur ce point, je ne peux pas me prononcer avec certitude. D’un autre côté, il ne faut pas oublier que les principaux acteurs européens sont régulièrement informés par les États-Unis, ce qui signifie que nous ne pouvons pas dire que l’Europe est complètement exclue. »

Par ailleurs, lundi, le vice-ministère tchèque des Affaires étrangères, Eduard Hulicius, a rappelé que la Tchéquie soutenait toujours la proposition américaine d’un cessez-le-feu entre l’Ukraine et la Russie, que Volodymyr Zelensky avait acceptée le 11 mars dernier, et le principe selon lequel les frontières des États ne peuvent pas être modifiées par la force.

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