Bonvenon al Brno ! Le Congrès mondial annuel d’espéranto se tient à Brno pour sa 110ᵉ édition

Le Congrès mondial annuel d’espéranto à Brno

Plusieurs milliers d’espérantistes se sont réunis du 26 juillet au 2 août dans la capitale de la Moravie pour participer à des conférences, à des sorties culturelles et à des cours de cette langue internationale construite qu'est l'espéranto. Le Congrès mondial s’était déjà déroulé deux fois à Prague, en 1921 et en 1996.

Ludwik Lazar Zamenhof autour 1895 | Photo: Bildarchiv Austria/Wikimedia Commons,  public domain

L’espéranto a été proposé en 1887 par Ludwik Zamenhof dans le but de devenir une langue de communication simple et universelle. Cette année, des dizaines de francophones sont notamment présents, parmi lesquels Jannick Huet-Schumann, qui travaille à la Maison culturelle de l’Espéranto à Baugé-en-Anjou, ou Jérémie Sabyumva, président de l’Association nationale d’espéranto au Burundi. Nous les avons interviewés pour en savoir plus sur leur relation à l’espéranto et sur la tenue du congrès à Brno.

Jérémie : « Je m’appelle Jérémie Sabyumva, je viens du Burundi. J’ai été en contact avec l’espéranto dans les années 2000. À cette époque, j’étais président de l’Association nationale d’espéranto et j’ai participé à la création de l’association des jeunes espérantistes du Burundi. J’ai aussi participé à la commission africaine de l’Association universelle d’espéranto. Pour le moment, je suis membre du comité exécutif, c’est mon troisième mandat. »

Photo illustrative: Martin Schmitt,  Flickr,  CC BY 2.0

Jannick : « Je suis Jannick Huet-Schumann. Je vis avec l’espéranto depuis 1983. J’ai commencé à l’apprendre lors d’un stage. Ma mère, institutrice, avait appris l’espéranto pour un congrès en Pologne. Elle a beaucoup accroché à la langue et m’a entraînée dans cette voie. J’avais 29 ans. Ensuite, j’ai rencontré mon futur mari à Varsovie en 1987, lors du congrès pour le centenaire de l’espéranto. Mon mari, ingénieur en Allemagne de l’Est, a longtemps travaillé pour le Congrès des enfants, qui se tient en parallèle de celui des adultes, et nous avons beaucoup voyagé grâce à l’espéranto. Nous vivons près de Rennes et avons une famille espérantophone. Nous avons élevé nos enfants avec trois langues : l’allemand, le français et l’espéranto. »

Est-ce que vos enfants considèrent l’espéranto comme leur langue maternelle, au même titre que le français ou l’allemand ?

Jannick : « Oui, tout à fait. »

Et que faites-vous aujourd’hui ?

Le château de Grésillon à Baugé-en-Anjou est géré depuis les années 1950 par la communauté de l'espéranto | Photo: Przemysław Wierzbowski,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

Jannick : « Depuis 2011, j’organise des stages intensifs d’espéranto à la Maison culturelle de l’espéranto à Baugé-en-Anjou, dans un château acheté par des espérantistes. Nous accueillons aussi des groupes non-espérantophones en location, en plus des stages. »

Les francophones parlent-ils mieux l’espéranto que les Tchèques ?

Jannick : « Ça dépend des individus. Beaucoup de Français ont du mal à accentuer l’avant-dernière syllabe. Par exemple, si je dis en espéranto "je cherche Berthe", je dis "Mi serĉas Berthe". Un espérantiste tchèque dira plutôt "Berthe serĉas mi". L’ordre des mots est libre, et si j’ai bien compris, en tchèque on met souvent l’accusatif en premier. »

De nombreux Allemands et Chinois

L’organisation du congrès à Brno a-t-elle quelque chose de particulier ?

Le Congrès mondial annuel d’espéranto à Brno | Source: Kongresa Libro

Jannick : « À chaque congrès, il y a des spécificités. Dans les pays de l’Est, nous sommes souvent accueillis dans des universités, avec les logements étudiants mis à disposition. Le programme national est aussi souvent mieux soutenu par l’État ou la commune. »

Jérémie : « Pour le moment, le congrès se déroule normalement, le programme prévu est bien suivi. Nous avons été reçus par le maire de Brno. Le gouvernement et les autorités collaborent bien avec les espérantistes locaux, ce qui est positif pour nous. Toutefois, une semaine, c’est court. Il y a souvent deux, trois, voire quatre événements parallèles. Le congrès tourne autour de trois axes : le recrutement, l’enseignement et l’utilisation, c’est-à-dire la participation aux divers événements. Aujourd’hui, par exemple, j’ai présenté un exposé sur l’information et la communication via l’espéranto, en prenant l’exemple de l’Afrique. D’autres conférences portent sur la paix mondiale ou sur la manière dont l’espéranto peut changer les mentalités. Les thèmes sont nombreux. »

Quel est le profil type d’un espérantiste aujourd’hui à Brno ?

Jannick : « Il n’y en a pas. On peut juste dire qu’il y a plus de personnes âgées que de jeunes, mais il y a quand même des jeunes, et toutes les couleurs sont représentées. »

Jérémie : « Le pays avec le plus de participants est la République tchèque, ce qui est logique puisque c’est le pays hôte. Il y a aussi de nombreux Allemands et Chinois. Nous sommes plus de 63 nationalités réunies ici. On constate qu’il y a moins de jeunes et davantage de personnes âgées. C’est un vrai défi. Cela dit, le Congrès des jeunes se tient cette année en Indonésie. Pour les jeunes, il est souvent difficile de payer les frais de participation. Mais dans l’ensemble, je dirais qu’il s’agit d’une véritable mosaïque. »

« L'espéranto représente toute ma vie »

Quelle est votre phrase préférée en espéranto ?

Jannick : « Le slogan du club tchèque : ĝui la vivon, ce qui signifie "jouir de la vie". »
Jérémie : « Mi amas pacon : "j’aime la paix". »

Comment expliqueriez-vous votre passion pour l’espéranto ? Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Jannick : « Cela représente toute ma vie, ma famille espérantiste, et la possibilité de communiquer avec des personnes de toutes les cultures. »

Jérémie : « Pour moi, c’est une langue à part. En tant qu’Africain, c’est une langue qui me place sur un pied d’égalité avec les autres. Dans la communauté espérantophone, il y a du respect, de l’amour et de la solidarité. L’espéranto est pour moi une grande famille que j’ai adoptée après ma famille biologique. C’est une langue magique, une langue qui rassemble les gens partout dans le monde, sans cette impression de domination coloniale. »

Auteur: Denis Lerasle
mot-clé:
lancer la lecture