Budget de l’État : en 2027, la Tchéquie aura le deuxième déficit le plus élevé de son histoire
Comme attendu, le gouvernement a approuvé, lundi, le projet de budget de l’État pour 2027. D’un montant de 386 milliards de couronnes (environ 15,8 milliards d’euros), le déficit envisagé sera le deuxième le plus élevé dans l’histoire du pays. Avant l’examen du texte par les députés, cette perspective suscite un certain nombre de critiques.
Présenté, fin août, par la ministre des Finances, Alena Schillerová, membre du mouvement ANO et fidèle collaboratrice du Premier ministre Andrej Babiš, le projet a fait grincer quelques dents – ne serait-ce qu’en apparence - jusque dans les rangs des deux autres partis qui composent la coalition gouvernementale. Et si les dirigeants du SPD (extrême droite) et des Automobilistes, qui souhaitaient que la voilure soit quelque peu réduite, avaient annoncé, la semaine dernière, qu’ils étaient parvenus à trouver un terrain d’entente avec ANO pour permettre l’adoption du texte lors du Conseil des ministres de lundi, ce n’est finalement que d’une paille (trois petits milliards de couronnes) que le montant du déficit a été revu à la baisse.
Initialement prévu à 389 milliards de couronnes, il devrait finalement donc être de 386. Soit 76 de plus que celui prévu pour cette année, et pas loin de 100 milliards supplémentaires par rapport au résultat final obtenu pour l’exercice 2025 (290,7 milliards de couronnes de déficit, soit 11,9 milliards d’euros).
À l’exception de l’année 2021 (419,7 milliards de couronnes), quand des mesures exceptionnelles avaient dû être prises pour faire face à la crise du Covid-19, jamais encore, depuis la partition de la Tchécoslovaquie, un gouvernement tchèque n’avait envisagé un déséquilibre aussi important entre recettes et dépenses. Selon Alena Schillerová, le montant de ces dernières sera en 2027 de 6,5 % plus élevé que pour cette année.
Ces derniers jours, Andrej Babiš a eu beau rappeler que la République tchèque comptait toujours parmi les pays les moins endettés en Europe et dans le monde (près de 3 700 milliards de couronnes à la fin 2025, soit un taux de 43,1 % du PIB à la fin 2025), le président de la République, Petr Pavel, auquel il appartiendra en fin d’année d’apposer sa signature en bas de cette nouvelle loi des finances, n’en a lui pas moins estimé que ce déficit, même donc raboté de trois milliards, était « très élevé » et a annoncé qu’il entendait « étudier » très attentivement les raisons de ce que beaucoup d’économistes considèrent comme un dérapage des finances publiques.
Toutefois, qu’il plaise ou non au chef de l’État, aux experts neutres, qui eux aussi le considèrent comme « trop élevé sans raisons objectives » compte tenu notamment de la situation économique actuelle du pays, ou à l’opposition, au sein de laquelle il a été tout à la fois qualifié de « honte économique », de « fiasco », de « pari hasardeux sur l’avenir » ou encore d’« insulte aux jeunes », ce projet de budget 2027, qui doit être soumis à l’examen des députés pour la fin septembre, devrait passer comme une lettre à la poste à la Chambre basse du Parlement, la coalition gouvernementale y disposant d’une très confortable majorité (avec 108 de ses 200 sièges).
Imperméable (ou habituée) aux critiques, la ministre des Finances a de son côté défendu son travail en rappelant que, dans ses grandes lignes, le prochain budget sera axé sur les investissements et le développement du secteur de la santé, que les salaires dans la fonction publique augmenteraient de 5 à 9 % et que, pour la première fois depuis l’adhésion du pays à l’OTAN, les dépenses du ministère de la Défense, d’un montant de 191 milliards de couronnes, atteindront 2 % du produit intérieur brut (PIB). « Je pense que, dans la mesure de nos moyens, nous traitons le secteur public du mieux que nous le pouvons », a résumé une Alena Schillerová à qui il appartient désormais encore de présenter ce projet dans ses moindres détails.




