Cinéma: ‘Buisson ardent’ rafle les Lions tchèques

Štěpán Hulík, photo: ČTK

La 21e édition des Lions tchèques, cérémonie qui récompense les meilleures performances cinématographiques, s’est déroulée ce samedi au palais Rudolfinum à Prague. Parmi les nominés, le grand vainqueur de cette édition a été le film ‘Hořící Keř’ -‘Buisson ardent’ de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland, lequel a récolté onze prix.

'Buisson ardent', photo: HBO
C’est la première fois que la cérémonie des Lions tchèques s’est déroulée dans la salle de concert du palais Rudolfinum, et non pas au palais Lucerna comme cela était de tradition, et c’est bien la première fois également qu’elle avait été accompagnée de la Philharmonie tchèque, dirigée par Jiří Bělohlávek. Si quatre films se sont partagés entre dix et quatorze nominations ('Hořící Keř'-'Buisson ardent', 'Jako Nikdy'-'Comme jamais', 'Revival' et 'Rozkoš-Délice'), c’est le film d’Agnieszka Holland, ‘Hořící Keř’ -‘Buisson ardent’, qui s’est vu attribuer le plus de récompenses, à savoir onze au total, dont le meilleur film, la meilleure réalisation, le meilleur second rôle, la meilleure caméra ou le meilleur scénario. ‘Buisson ardent’, c’est l’histoire vraie de Jan Palach, jeune étudiant tchèque qui s’était immolé le 16 janvier 1969 sur la place Venceslas à Prague pour protester contre l’invasion de son pays par les troupes du Pacte de Varsovie, mais c’est surtout l’histoire des événements qui se sont déroulés après son immolation. ‘Buisson ardent’ c’est le combat d’une mère pour l’honneur de son fils sacrifié. Le film est ainsi devenu le film le plus récompensé de l’histoire des Lions tchèques, en devançant le film ‘Il faut tuer Sekal’ - ‘Je třeba zabít Sekala’, qui avait obtenu dix statuettes en 1997. Un des membres de la présidence des Lions tchèques, Ivo Mathé, s’est exprimé à l’occasion, en affirmant le caractère exceptionnel du film ‘Buisson ardent’.

« Effectivement, le nom de ‘Buisson ardent’ a résonné peut-être plus que nous ne l’attendions, même si sa prépondérance a été importante. Le film est très précieux et unique. Il est atypique dans la mesure où il a été créé sur la base d’une mini-série télévisée en trois parties, qui a par la suite été refaite spécialement pour le grand écran. Mais la matière est unique. Il est vraiment surprenant que jusqu’à présent, personne ne s’était empoigné du sujet, et ce depuis les vingt-trois ans qu’il a été possible de le travailler. Parce que le drame autour de Jan Palach est véritablement saisissant. Et au regard de l’histoire tchèque, avec le léger recul historique qui est désormais possible, ce film est absolument singulier et remarquable. »

Štěpán Hulík, photo: ČTK
Le scénariste du film ‘Buisson ardent’, Štěpán Hulík, lui aussi récompensé a évoqué le sujet fort du film, ainsi qu’un grain de chance – en ayant découvert un vieil article dans les journaux sur le procès fait à la mère de Jan Palach, représentée par l’avocate Dagmar Burešová. Štěpán Hulík a évoqué ce qui l’a captivé le plus dans cette histoire à valeurs universelles :

« Ce qui est le plus fascinant c’est le fait que ce soit toujours inexplicable. D’un côté je suis conscient du fait que Jan Palach soit un héros, et d’un autre côté je suis conscient du contexte, du fait, que par son acte, par exemple, il a laissé des marques sur ses proches, il les a blessés. Et c’est ce pluralisme qui m’a fasciné, et qui continue de me fasciner. C’est pourquoi je voulais écrire sur son acte, et sur ce qu’il avait engendré. »

Au micro de Radio Prague au mois de novembre 2012, Agnieszka Holland, qui venait de terminer le tournage de ‘Buisson ardent’, était revenue sur son expérience personnelle d’étudiante liée aux événements des années 1960, un moment où elle avait été elle-même incarcérée ; une expérience qu’elle considère la plus importante de sa vie.

Agnieszka Holland, photo: Alžběta Švarcová, ČRo
« Je n’étais pas obligée de me documenter, parce que mes souvenirs de l’époque sont encore frais. J’ai fait mes études à Prague, j’y ai passé cinq ans de ma vie. J’ai vécu l’intervention soviétique en 1968 et les événements qui ont suivi. J’ai été assez active dans le mouvement d’étudiants et à cause de cela, je me suis retrouvée en prison, à Ruzyně. J’y ai passé environ sept semaines. J’ai été condamnée et même s’ils ont suspendu la peine ensuite, je suis passée devant les tribunaux à Prague. J’ai vu que les gens se sont résignés assez rapidement. Ils ont perdu l’espoir de changer quelque chose à la réalité. J’étais jeune, courageuse, j’avais soif de liberté et cette résignation des Tchèques m’a beaucoup marquée. C’était une des grandes expériences de ma jeunesse. »

Au regard des nominations de ce samedi, Ivo Mathé, le membre de l’académie du film, s’est également exprimé sur l’état de la cinématographie tchèque :

Ivo Mathé, photo: ČT24
« Il est toujours surprenant de voir une production si importante. Le chiffre de vingt-neuf films produits l’année dernière, est un chiffre vraiment important pour un pays qu’est la République tchèque ; et je ne parle pas des documentaires. C’est vrai qu’il n’est peut-être pas très encourageant lorsque les nominations tournent autour de quelques titres seulement. Un profane dirait « Allons tourner moins de films, mais de meilleure qualité ». Mais cela n’est pas possible, dans la mesure où il y a des films qui sont acclamés par le public, puis d’autres qui sont issus de la production de jeunes auteurs. Mais, nous y trouvons de nombreux films de qualité. Par exemple, le film de Zdeněk Tyc, ‘Jako nikdy’ – ‘Comme jamais’, a obtenu le plus de nominations après ‘Buisson ardent’. Et je crois bien qu’il s’agit d’un excellent film. »