Dans les coulisses du Festival de Karlovy Vary avec son photographe officiel depuis plus de 20 ans

Dustin Hoffman au festival de Karlovy Vary

Photographe officiel du Festival international du film de Karlovy Vary depuis plus de vingt ans, Michal Čížek a immortalisé les plus grandes stars passées par la station thermale, de Robert Redford à Sharon Stone, en passant cette année par Dustin Hoffman ce week-end ou Juliette Binoche en ce milieu de semaine. Chef d'une équipe de photographes, il revient sur l'évolution du festival, sa philosophie de la photographie et l'atmosphère si particulière qui fait de Karlovy Vary un rendez-vous unique en Europe.

Vous photographiez le Festival de Karlovy Vary depuis plus de vingt ans. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Michal Čížek | Photo: Alexis Rosenzweig,  Radio Prague Int.

« C'était en 2004, il y a environ vingt-deux ans. À cette époque, j'avais fait la connaissance de Kateřina Bartošková, la fille de Jiří Bartoška, et c'était aussi le début de ma carrière de photographe. J'étais venu ici simplement en visite, puis, un ou deux ans plus tard, le festival a voulu réorganiser son service photo. Depuis, l'équipe a grandi en même temps que le festival : nous sommes passés de trois ou quatre photographes à douze ou treize aujourd'hui. »

Nous sommes installés à l’hôtel Thermal, centre névralgique du festival. Que représente cet endroit pour vous ?

« Pour moi, le Thermal, c'est d'abord cette toute petite pièce d'à peine huit mètres carrés où nous nous entassons chaque année pour éditer nos photos. C'est aussi le tapis rouge devant l'hôtel et la grande salle, qui est selon moi l'une des meilleures salles de cinéma d'Europe centrale. »

Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary

Le premier soir du festival est particulièrement intense sur le tapis rouge. Vous êtes celui qui peut tout photographier et qui a accès à tout ?

« Pas exactement, mais j'ai une certaine responsabilité dans l'organisation et je peux participer aux décisions concernant les photographes qui auront accès au tapis rouge. Cette année, il est plus long, ce qui offre davantage de possibilités aux autres photographes. Et comme nous sommes nombreux dans l'équipe, nous pouvons couvrir l'événement depuis plusieurs angles. On peut anticiper le meilleur emplacement, mais on ne sait jamais où quelque chose d'intéressant va se produire. C'est précisément pour cela que nous sommes plusieurs. »

Êtes-vous satisfait des photos de cette soirée d'ouverture ?

« Quand on fait ce métier depuis si longtemps, on n'est jamais complètement satisfait. Cette année, c'était un peu différent, quelque chose de nouveau. En même temps, le tapis rouge s'est beaucoup standardisé au fil des ans, ce qui est normal. En revanche, cela laisse moins de place aux surprises, à ces instants inattendus qui permettent de réaliser une image vraiment différente. »

Photographier Dustin Hoffman, est-ce différent de photographier une jeune actrice ?

« Personnellement, je préfère photographier Dustin Hoffman. C'est une véritable superstar, mais aussi un homme sage qui ne donne pas l'impression de se croire exceptionnel. Certaines jeunes actrices peuvent parfois paraître plus distantes ou plus préoccupées par leur image. À mon âge, ce genre de jeu ne m'intéresse plus vraiment. Bien sûr, lorsqu'elles sont de bonne humeur, elles offrent parfois davantage de spectacle qu'un Dustin Hoffman. Mais je reste un sentimental : pour moi, c'est Dustin Hoffman avant tout. »

Dustin Hoffman | Photo: Michal Čížek

Couvrir une trentaine d'événéments par jour

Le festival a énormément grandi depuis vos débuts. Comment cela se traduit-il dans votre travail ?

« Il y a tout simplement beaucoup plus de travail. Le festival est plus grand, il y a davantage de sponsors, davantage d'événements parallèles. Le métier reste le même, mais le nombre d'événements à couvrir a explosé. Il y a vingt ans, nous photographions peut-être huit ou dix événements par jour ; aujourd'hui, nous en couvrons trente ou trente-cinq. En revanche, le nombre de photographes n'a pratiquement pas augmenté.

Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary

Le plus difficile n'a finalement pas été cette charge de travail, mais de constituer une équipe capable de fonctionner dans un espace minuscule. Les photographes sont souvent des personnalités créatives avec un certain ego. Il fallait trouver des personnes capables de travailler ensemble pendant dix jours. Un seul élément qui ne s'intègre pas peut déséquilibrer toute l'équipe.

Il faut aussi tenir compte de la diversité des sujets : nous photographions aussi bien du golf que des tapis rouges, des avant-premières ou des soirées mondaines. Tous les photographes ne maîtrisent pas forcément tous ces genres. Aujourd'hui, cela fait cinq ou six ans que l'équipe est stable. Nous essayons désormais de former de jeunes collègues qui pourront prendre la relève. »

Quelles sont les photographies dont vous êtes le plus fier ?

« C'est une question très difficile. On garde toujours un souvenir particulier de sa première bonne photo, puis avec le temps on la regarde autrement. Le problème, c'est que le festival se répète d'une année sur l'autre : le programme est similaire, les lieux sont les mêmes, seuls changent les invités.

Ces dernières années, les photos que j'ai réalisées de Jiří Bartoška (le président du festival décédé l’année dernière, ndlr) sont certainement celles auxquelles je tiens le plus. Certaines avaient d'ailleurs été exposées ici l'an dernier. Parmi les stars internationales, je citerais aussi une photo de Richard Gere au cinéma d'été.

Mais au fond, je ne cherche pas une photo exceptionnelle. Chaque édition possède une atmosphère particulière. Ce qui m'intéresse, c'est de raconter cette ambiance à travers une photographie documentaire, qui ne soit pas uniquement centrée sur les célébrités. »

Richard Gere | Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary

Après tant d'années au festival, avez-vous accumulé des anecdotes extraordinaires ?

« Honnêtement, pas vraiment. Et ce qui se passe à Karlovy Vary reste à Karlovy Vary... Les moments les plus précieux sont surtout ceux que j'ai partagés avec des proches ou des collègues. Ils comptent beaucoup pour moi, mais ils n'intéresseraient probablement pas les auditeurs. »

Vous évoquez Jiří Bartoška. Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

« Je n'ai jamais passé une soirée entière seul avec lui, mais chaque fois que nous étions en sa présence, c'était un moment très agréable. Jiří Bartoška était un homme intelligent, drôle, capable de mettre tout le monde à l'aise et de divertir ceux qui l'entouraient. »

Robert Redford, Sharon Stone, Richard Gere, Johnny Depp et Dustin Hoffman

Cette année, le festival rend aussi hommage à Václav Havel. Avez-vous eu l'occasion de le photographier ?

« Oui, mais finalement assez peu. J'ai commencé à couvrir le festival en 2004 et ses visites étaient déjà moins nombreuses. Lorsque j'ai préparé l'exposition consacrée pour cette 60e édition du festival et les 90 ans de la naissance de Václav Havel, je me suis aperçu qu'il existait relativement peu de photographies de lui ici. Nous avons donc complété les archives du festival avec des images provenant de l'agence ČTK afin de proposer une exposition aussi riche que possible. »

Parmi toutes les personnalités que vous avez photographiées, lesquelles vous ont le plus marqué ?

Robert Redford | Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary

« Robert Redford a été formidable, Sharon Stone aussi. Dustin Hoffman également : on établit très rapidement une connexion avec lui. Johnny Depp est également une personnalité fascinante, notamment dans sa manière d'interagir avec l'objectif.

Mais finalement, on apprend souvent davantage en côtoyant des réalisateurs, des directeurs de la photographie ou d'autres professionnels du cinéma qui ne sont pas des superstars mondiales. Ce sont souvent eux qui se révèlent les plus intéressants. »

Vous êtes également photojournaliste tout au long de l'année. Karlovy Vary est une ville très particulière, avec des univers qui se croisent. Avez-vous envie de la photographier en dehors du festival ?

« Grâce à mon travail, j'ai parcouru une grande partie de la Tchéquie. Je suis venu ici en hiver, pendant un championnat du monde de basket. C'était assez frustrant : le centre-ville était vide, la colonnade n'était pas animée.

Karlovy Vary est une ville magnifique, mais comme beaucoup de villes des Sudètes, elle n'est pas toujours facile à faire vivre. Heureusement que le festival existe : pendant quelques jours, il fait découvrir la ville et toute la région au monde entier. »

Un livre de photos de la Tchéquie pendant la pandémie

À propos de villes désertes, vous publiez cette année un livre de photos réalisées pendant la pandémie de Covid-19. Pourquoi ce sujet ?

'Spolu sami'  (Ensemble seuls) | Photo: Michal Čížek,  Donio

« Dès le début de l'année 2020, j'ai compris qu'il se passait quelque chose qui méritait d'être documenté au-delà de mon travail quotidien. Beaucoup de collègues ont photographié les hôpitaux. Moi aussi, mais je voyais déjà des images venues d'Italie ou d'Espagne. Je voulais raconter autre chose.

Avec le recul, je pense que les deux années de pandémie ont surtout profondément transformé notre manière de penser et notre société. Elles ont accéléré des évolutions qui existaient déjà.

J'ai attendu le bon moment pour transformer tout ce travail en livre. En cherchant, je me suis aperçu qu'il existait très peu d'ouvrages comparables dans le monde. Ce qui me paraît précieux dans ce livre, ce n'est pas chaque photographie individuellement, mais l'ensemble : il montre cette période sous de nombreux angles et constitue un véritable témoignage de son époque. »

Pendant les confinements, beaucoup ont retenu les rues désertes. Était-ce aussi votre principal souvenir ?

'Spolu sami'  (Ensemble seuls) | Photo: Michal Čížek,  Donio

« En réalité, les rues n'étaient jamais totalement vides. On apercevait toujours quelqu'un au loin, même sur les sites touristiques. Ce qui m'a le plus marqué, ce n'était pas l'absence de personnes, mais le silence. Plus de tramways, très peu de circulation... C'était ce silence qui était saisissant, même s'il est très difficile de le traduire en image. »

'Spolu sami'  (Ensemble seuls) | Photo: Michal Čížek,  Donio

Saisir les instants sans intervenir dans la scène

Pour revenir au festival, vous est-il déjà arrivé qu'une célébrité se plaigne de vos photographies ?

« Non, jamais. Je ne suis pas un photographe qui cherche à provoquer les personnes qu'il photographie. Mon rôle est de saisir les instants tels qu'ils se présentent, pas d'intervenir dans la scène.

Je ne suis pas non plus de ceux qui interpellent les stars pour attirer leur attention. En tchèque, on appelle ce type de photographes les "ananas", parce qu'ils crient sans cesse "a na nás !" (et vers nous !) pour faire tourner les têtes. Ce n'est pas du tout ma manière de travailler.

Tout repose sur l'empathie. Je ne vois aucun intérêt à photographier quelqu'un dans une situation embarrassante. Je préfère chercher le bon moment, le bon endroit, être présent lorsqu'il se passe quelque chose de vrai.

C'est aussi ce qui distingue Karlovy Vary d'autres grands festivals. Ici, le public peut réellement approcher les artistes. À Cannes, il est déjà difficile d'entrer dans une projection, alors voir les stars est presque impossible. À Karlovy Vary, des milliers de jeunes campent, assistent aux séances et croisent les invités. Cette proximité me plaît beaucoup plus que le côté paillettes et inaccessible d'autres festivals. »

Le festival fête cette année son 80e anniversaire. Vous imaginez-vous encore ici pour le centenaire ?

« (Rires.) Dans vingt ans ? Ma collègue Zuzana Mináčová a photographié le festival à partir des années 1960 et jusqu'à près de 90 ans, alors pourquoi pas...

Mais on se rend compte qu'au fil des années les situations se répètent, et il devient de plus en plus difficile de trouver un regard nouveau. En revanche, il y a ici une équipe formidable. Tant que ce sera possible – et que cela ne dépendra pas seulement de moi – je reviendrai toujours, ne serait-ce que pour retrouver tous ces gens. »

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