De plus en plus de morts sur les routes tchèques

Prague

La vie de chaque jour, en République tchèque, c'est aussi la voiture. Nous avons déjà parlé des automobilistes tchèques dans une émission précédente. Cette fois-ci, je vous propose un sujet un peu triste, mais combien alarmant : les accidents de la route. Pourquoi ? Parce que le nombre de morts de la route en Tchéquie a considérablement augmenté, cette année.

Rouler en voiture présente des risques, que ce soit en Tchéquie ou dans d'autres pays du monde. Personne n'est à l'abri d'un accident de la route, même sans en étant la cause. En effet, il y a des accidents qui sont dus à une mauvaise conduite, à la violation du code de la route. D'autres sont la conséquence d'une défection du matériel ou d'événements indépendant de notre volonté. Par exemple, une biche qui traverse la route sans que vous puissiez l'éviter. Le plus triste est quand il y a mort sur la route. Depuis 1989, en treize ans donc, le nombre de morts de la route au mois de juillet n'a jamais dépassé la centaine. Cette année, 159 personnes ont trouvé la mort sur les routes tchèques ! Quelles peuvent être les raisons d'une telle hécatombe ? Les statistiques de la police indiquent que beaucoup de conducteurs trouvent plaisir à rouler la nuit, en prenant encore plus de risques que dans la journée. Il en résulte un plus grand nombre d'accidents qui sont, souvent, mortels. Du côté des psychologues, on pense plutôt que cette hausse du nombre de morts de la route serait due à la canicule que nous vivons, depuis le début de l'été. Les personnes au volant seraient plus fatiguées et sous l'emprise du stress.

Pour les raids de nuit, à grande vitesse, les contrôles routiers effectués par la police donnent raison aux statistiques. L'une des causes les plus fréquentes des accidents est la vitesse. Jaroslav Pavelka, de la direction de la police de la route pragoise, résume les activités des policiers, au cours du mois de juillet : « Nous avons réalisé trois grands contrôles routiers nationaux. Nous avons pris 12 000 conducteurs en flagrant délit de violation du code de la route. Plus de la moitié étaient coupables d'excès de vitesse. Un délit grave aussi : l'alcool au volant, chez 174 automobilistes. Plus de 1200 véhicules étaient en mauvais état technique ».

Quels sont les délits les plus fréquents des automobilistes sur les routes tchèques ? Nous l'avons dit, en premier lieu, les excès de vitesse. Ensuite, il y a l'alcool au volant et le refus de priorité. En ce qui concerne la vitesse, rappelons qu'en Tchéquie, on peut rouler à 130 km/heure sur l'autoroute, 90 sur les autres routes, 50 dans les agglomérations. Dans les zônes d'habitation, indiquées par un panneau, la vitesse permise est de 20 km/heure. Disons que sur les autoroutes, la majeure partie des automobilistes respectent la limitation de vitesse. En effet, il n'y a pas encore un très grand nombre de grosses cylindrées, et on en est pas encore à la réalité allemande ou de grosses voitures vont même jusqu'à pousser hors de la route d'autres véhicules plus lents. Il est vrai que nos voisins allemands ne connaissent pas la limitation de vitesse sur leurs autoroutes. La police de la route tchèque affirme, quand même, qu'un bon tiers des conducteurs roulent bien au delà des 130 kilomètres à l'heure permis. Il en est de même sur les nationales et les autres routes. Bien peu de conducteurs respectent le 90. Même chose pour le 50 en agglomération. Il n'est pas rare de voir une file de voitures respectant le code en traversant un village et une ou deux voitures qui la dépassent en roulant à 70 et plus !

En Tchéquie, les accidents ne sont pas les plus nombreux sur les autoroutes, mais sur les routes de campagne. Ce qui est alarmant est la hausse du nombre d'accidents mortels ayant eu lieu la nuit. La raison ? Il s'agit souvent de jeunes qui font les discothèques de la région, roulent vite et, malheureusement, conduisent souvent sous l'emprise de l'alcool. Le plus souvent, leurs raids nocturnes se terminent par une colision avec un arbre, un poteau, un panneau publicitaire. On note, aussi, un grand nombre d'accidents de camions. Le plus souvent, la cause est le microsommeil. Les contrôles n'étant pas fréquents, les chauffeurs des poids-lourds ne respectent pas le nombre d'heures de conduite permis et le repos obligatoire. S'en suit la somnolence au volant et, malheureusement souvent, l'accident. Cela concerne, aussi, les chauffeurs de cars qui, ne respectant pas les heures de repos, causent de très graves accidents.

Même la présence de la police de la route ne démonte pas certains automobilistes. Un exemple pour tous. Une patrouille de policiers est stationnée sur la bande d'urgence de l'autoroute de Plzen. Elle se trouve à quelques centaines de mètres d'une pompe à essence ou conduit une bande ou la ligne jaune n'est pas continue comme dans le cas de la bande d'urgence ou se trouvent les policiers. Hé bien, veuillez le croire ou non, la majorité des automobilistes se rendant à la pompe à essence commencent à bifurquer déjà sur la bande d'urgence, et s'arrêtent, étonnés, à quelques mètres seulement devant les policiers ! Martin Balcar, l'un des policiers de la route de la brigade autoroutière de Rudna, non loin de Prague est perplexe : « C'est incroyable ! Comment se fait-il que les gens soient aussi agressifs ? Ils nous passeraient tranquillement dessus, ils s'en foutent complètement » !

Pourquoi tant de morts de la route en juillet ? Le psychologue Jan Weinberger, du Centre d'étude du trafic routier, affirme : « Lors de chaleurs, comme celles que nous avons vécues au mois de juillet, les fonctions physiques et psychiques de l'homme sont atténuées. L'agressivité augmente, et il est difficile d'attendre à un carrefour, sous le soleil brûlant. Le meilleur remède contre la soif ? En Tchéquie, la bière. Pour cela aussi, tant de conducteurs ayant bu avant de prendre le volant ». Pour ce psychologue, les nouveaux numéros d'immatriculation sont aussi pour quelque chose dans l'augmentation du nombre des accidents de la routes bénins. On se rappelle difficilement ces numéros et d'après eux on ne sait pas d'où vient le véhicule. Par exemple, un Pragois ne reconnait plus un campagnard à son immatriculation. Cela peut conduire aux accidents.

Que faire contre cette hausse du nombre des accidents de la route ? Les services de police, les spécialistes du trafic routier, les psychologues et même certains conducteurs sont pour une répression plus sévère. Pas seulement des contreventions, même des retraits de permis et, surtout l'introduction du permis à points. Les automobilistes tchèques réclament, aussi, des mesures plus sévères pour les conducteurs étrangers. En effet, un Tchèque, qui a bu et est arrêté par la police, est passible d'une lourde amende et d'un retrait de permis. Rien de tel pour un étranger : il paiera une amende ridicule de 40 euros ! Le Tchèque qui violera le code en Allemagne, par exemple, sera traité comme un conducteur allemand. Dans le cas où il ne paiera pas l'amende, on ne le laissera pas entrer en Allemagne, de nouveau, tant qu'il n'aura pas payé sa dette. Rien de tel, encore, en Tchéquie : le conducteur étranger jette, le plus souvent, la contrevention dans le canivau. Il sait que rien ne lui arrivera ! Cela changera peut-être bientôt, avec l'entrée de la Tchéquie dans l'Union européenne, et le quotidien des Tchèques aussi.