En Tchéquie, des éoliennes dont personne (ou presque) ne veut
Parallèlement aux élections municipales, des référendums portant sur l’implantation d’éoliennes se sont tenus dans vingt-et-une communes en République tchèque, vendredi et samedi derniers. Alors que ces consultations auraient pu ouvrir la voie à un doublement, voire davantage, de la capacité des parcs éoliens dans le pays, dans vingt d’entre elles, une majorité a voté contre les projets envisagés.
« Les résultats ont été très serrés dans plusieurs endroits, malgré cela je ne m’y attendais pas (à un tel rejet). En même temps, cela n’a rien d’étonnant : les craintes et les préoccupations des habitants l’ont emporté. » Dans un entretien accordé à la Radio tchèque, c’est une vive déception que Martin Ander, ancien vice-président du Parti des Verts et membre de l’Association pour une énergie moderne, a exprimée.
Dans une seule commune, à Dětřichov, dans les environs de la ville de Pardubice (Bohême de l’Est), village d’un peu moins de 400 habitants, la majorité des votants (50,49 %) ont donné leur feu vert à la municipalé pour qu’elle poursuive les discussions avec ČEZ, le géant énergétique, visant à la construction d’un parc éolien sur le territoire de la commune. Partout ailleurs, et ce quelles que soient les régions, c’est donc le « non » qui l’a emporté.
L’enjeu est de taille puisqu’il porte sur la construction de près de 90 nouvelles turbines d'une puissance totale d’environ 480 mégawatts. Si l’ensemble des projets étaient réalisés, cela permettrait à la République tchèque de doubler sa capacité éolienne actuelle et ainsi, à terme, d’alimenter en électricité quelque 400 000 foyers.
Cette victoire du « non », Martin Ander l’explique par le fait que si l’État prétend, certes, que l’énergie éolienne fait partie du mix énergétique, car elle réduit la dépendance du pays aux importations, mais il n’explique toutefois pas ces avantages aux Tchèques. « Certains hommes politiques bâtissent leur campagne sur l’opposition aux éoliennes. Ils communiquent de manière singulière : d’un côté, ils admettent que la présence de centaines d’éoliennes ne les dérangerait pas, mais ils se réjouissent lorsque leur construction est stoppée avec succès », regrette-t-il, tout en citant l’exemple de Filip Turek, le très controversé président d’honneur des Automobilistes, formation anti-écologiste, chargé de mission pour le Pacte vert pour l’Europe au sein de la coalition gouvernementale.
Plus globalement, le développement de l’éolien fait l’objet d’une vaste campagne de désinformation en République tchèque, où seules cinq nouvelles éoliennes ont été installées en 2025 et où l’énergie éolienne ne contribue qu’à hauteur de 1 % à la production totale d’électricité (contre près de 19 % à l’échelle de l’Union européenne). Actuellement, quelque 220 éoliennes sont en service en République tchèque, pour une puissance totale d’un peu moins de 380 mégawatts.
Dans environ un tiers des cas, les résultats des référendums ont été influencés par le concept de « zones d’accélération » des énergies renouvelables - soit des secteurs définis par les autorités pour y prioriser l’implantation de parcs éoliens terrestres -, qui suscite chez les habitants des inquiétudes quant à une concentration excessive d’éoliennes à proximité de leur domicile. Toutefois, les maires n’apprennent le plus souvent la création de ces zones que par l’intermédiaire du ministère de l’Environnement (actuellement dirigé par un représentant des Automobilistes), sans aucune concertation préalable sur des questions telles que les mesures de compensation.
« Les responsables politiques qui reconnaissent les avantages de l’énergie éolienne hésitent à s’exprimer sur le sujet, car le débat public est envahi par une multitude de mythes, de fausses informations et, souvent, par des campagnes négatives très agressives », constate également Martin Ander, et ce, alors que l’organisation de référendums se multiplie ces dernières années avec, dans la très grande majorité des cas, comme l’ont confirmé les résultats de samedi dernier, des issus négatives.
Ainsi, donc, le retard de la République tchèque sur ce terrain ne cesse de s’accentuer, et ce, pas seulement vis-à-vis de ses voisins de l’ouest, l’Allemagne et l’Autriche, mais aussi par rapport, par exemple, à la Pologne au nord, où la part de l’éolien dans le mix énergétique du pays s’élève désormais à 14 %. Une évolution inquiétante et « une mauvaise nouvelle » pour l’industrie tchèque, toujours selon Martin Ander, car, rappelle-t-il, « le vent souffle gratuitement et réduit ainsi le prix final de l’électricité ».




