Presse : deux massacres liés à la Deuxième Guerre mondiale pour comprendre l’histoire

Le massacre de Postoloprty, 1945

Cette nouvelle revue de presse évoquera tout d’abord deux chapitres douloureux liés à la Deuxième Guerre mondiale. Parmi les autres sujets au menu : le feu vert pour les éoliennes en Tchéquie, les nouveaux risques pour l’industrie automobile, les résultats d’une étude sur la borréliose et un mot enfin sur une rétrospective consacrée au photographe Jan Saudek.

Ce 10 juin, 83 ans se sont écoulés depuis le massacre commis par les nazis dans la commune de Lidice en Bohême centrale. Le chroniqueur du journal en ligne Forum24.cz rappelle qu’après la guerre, un véritable culte a été créé autour de cet événement tragique que rien ne devait déranger :

La commune de Lidice a été rayée de la carte par les nazis | Photo: ČT24

« Chaque année, des cérémonies commémoratives ont lieu dans le village reconstruit après la guerre, dont le scénario est plus ou moins toujours le même : discours et dépôt de couronnes de fleurs. Lidice est devenue un lieu politique pendant toute la seconde moitié du XXe siècle et pendant plusieurs années encore. Son héritage était entièrement contrôlé par les communistes, tandis qu’aujourd’hui, ce sont souvent les nationalistes qui tentent d’exploiter sa mémoire en brandissant les mots ‘nation ‘ ou ‘ patriotisme’. Ces mêmes ‘patriotes’ qui gardent pourtant un silence obstiné lorsque les historiens évoquent les excès commis après la guerre par les Tchèques à l’encontre des Allemands. Par exemple lors du massacre de Postoloprty, petite ville de Bohême du Nord, commis le 4 juin 1945 lorsque près de 760 citoyens allemands dont cinq enfants ont été tués, mais aussi ailleurs. »

Or, comme le souligne le chroniqueur, commémorer à la fois Lidice et les victimes de l’expulsion des Allemands après la guerre, ces deux moments tragiques de notre histoire, revêt une importance profonde non seulement pour la compréhension de l’histoire du pays : « Lidice comme souvenir du mal nazi, symbole de l’innocence et du martyre, Postoloprty comme symbole de la vengeance des vainqueurs, symbole de la culpabilité collective ». Et de regretter  que les hauts représentants de l’Etat qui se rendent régulièrement à Lidice n’ont toujours pas trouvé le chemin de Postoloprty :

« Pourquoi le président tchèque devrait-il visiter ces deux lieux ? Sur le plan symbolique, rendre hommage à toutes les victimes, sans tenir compte de leur origine ou des circonstances de leur mort, témoignerait du respect de la vie humaine en tant que telle. »

Feu vert pour les éoliennes en Tchéquie

Les Tchèques n’apprécient pas les éoliennes et dénoncent notamment leur impact visuel sur le paysage. Un argument qui ne tient pas , selon l’hebdomadaire Respekt:

Photo: František Tichý,  ČRo

« Il suffit de parcourir le pays pour voir combien le paysage est défiguré par beaucoup d’autres choses, à commencer par les tours de refroidissement des centrales nucléaires visibles de loin, en passant par les lotissements construits sur les collines et les immenses silos agricoles. La question de savoir si la construction ou le maintien de ces bâtiments enlaidissent ou non le paysage n’a d’ailleurs presque jamais été abordée. Les autoroutes, elles aussi, défigurent le paysage, bientôt même dans la région des Monts des Géants (Krkonoše) où la construction d’une voie rapide vers la Pologne est déjà prévue. »

En dépit du climat hostile à l’égard des éoliennes qui prédomine au sein de la société, nourri par des préjugés liés à tout ce qui est écologique, la Chambre des députés vient d’approuver à une large majorité, y compris avec les voix du mouvement d’opposition ANO, une loi qui devrait considérablement simplifier et accélérer la construction de parcs éoliens dans le paysage tchèque et autour des communes. « Pour la Tchéquie, il s’agit presque d’un pas en avant en terme de civilisation », souligne le magazine avant d’ajouter :

« L’époque où la Tchéquie était une sorte de musée dans ce domaine est  révolue. Il faudra désormais informer les gens sur les avantages que ces éoliennes géantes représentent pour leurs communes. Après la leçon tirée de la crise énergétique, il faut saisir cette opportunité à bras-le-corps et, évidemment, penser au paysage. »

Le pari sur l’industrie automobile fragilisé

L’industrie automobile est sous pression, les licenciements s’accélèrent. « La Tchéquie a radicalement besoin d’un nouvel élan économique ». Voilà le titre d’un texte publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny dans lequel on peut lire :

Photo: Škoda Auto

« Selon les sondages, les emplois chez Škoda Auto sont les plus prisés par les étudiants tchèques des cycles secondaires et supérieurs. A l’heure actuelle, l’industrie automobile en Tchéquie emploie directement ou indirectement, par l’intermédiaire de sous-traitants, environ un demi-million de personnes. Les salaires sont supérieurs à la moyenne, même par rapport à ceux de nombreux autres pays européens. La majeure partie de la production est destinée à l’exportation, le principal client étant l’Allemagne. Et ce sont justement les liens avec l’Allemagne, la nouvelle politique économique de l’Union européenne, les énergies chères, ainsi que la guerre commerciale mondiale imposée par le président américain Donald Trump et la concurrence croissante de la Chine qui mettent l’industrie automobile sous pression.»

Il semble donc que le pari fait sur l’industrie automobile, qui a été et reste extrêmement fructueuse, touche lentement à sa fin. Voilà pourquoi, comme l’indique l’éditorialiste du journal, il sera difficile de trouver un nouveau modèle économique, notamment pour la Tchéquie bien qu’elle figure toujours parmi les pays de l’UE ayant le taux de chômage le plus bas :

« Les licenciements dans l’industrie automobile sont une mauvaise nouvelle. Pas nécessairement du point de vue du marché du travail en termes de chômage, mais dans la mesure où, s’ils se poursuivent, l’Europe, y compris la Tchéquie, perdra l’une de ses compétences clés. De nombreux pays européens, en particulier l’Allemagne et la Tchéquie en tant que centres industriels, ont besoin de trouver un nouvel élan pour leur économie. Et ce, rapidement, avant que notre pays ne devienne un musée en plein air où les touristes viendront voir et acheter des bricoles fabriquées à l’autre bout du monde. »

Sciences : les moustiques ne transmettent pas la borréliose

Beaucoup de gens en Tchéquie prétendent, comme en témoignent les nombreuses discussions sur les réseaux sociaux, avoir contracté la borréliose sans avoir été piquées par une tique. Pourtant, une équipe de scientifiques du Centre de biologie de l’Académie des sciences, de l’Université de Bohême du Sud et du laboratoire Bioptique de Plzeň réfute dans leur dernière étude l’hypothèse selon laquelle cette infection grave pourrait être transmise par un moustique ou un autre insecte. Le site info.cz précise:

Photo: Radio Prague Int.

« Les scientifiques tchèques sont parvenus à cette conclusion au bout de quatre ans de recherches et de tests.. Après avoir vérifié les trois conditions fondamentales nécessaires pour qu’un moustique puisse transmettre la borréliose à l’homme, ils ont fini par exclure cette possibilité. Ils n’ont en effet détecté aucune bactérie borrélia chez les quelque mille moustiques capturés dans différentes régions du pays. Et ce, malgré l’utilisation des méthodes de diagnostic les plus modernes.»

Unique à l’échelle mondiale, l’étude des scientifiques tchèques a été publiée dans l’importante revue scientifique, Parasites&Vectors.

Une rétrospective pour les 90 ans du photographe Jan Saudek

La Central Gallery de Prague présente depuis le mois de mai jusqu’en février 2026 l’exposition Jan Saudek 90!, organisée à l’occasion du 90e anniversaire du photographe. Le chroniqueur du journal Deník  N observe :

Source: Central Gallery

« Il ne s’agit pas d’une rétrospective classique, mais plutôt d’un regard sur le monde à travers les yeux d’un auteur dont on parle si peu en Tchéquie et dont les clichés font aujourd’hui partie des collections permanentes d’institutions telles que le Centre Pompidou à Paris, l’Art Institute of Chicago ou le MoMA à New York. L’exposition à Prague cherche à présenter non pas l’image médiatique de l’artiste formée par les tabloïds, mais l’homme qui a créé son propre langage photographique et qui s’y tient rigoureusement. Tout comme sa vie, l’exposition ne suit aucun ordre établi. La sélection évoque un flux spontané d’associations et d’émotions où même la datation n’a pas de sens. Depuis les années 1960, Saudek revient régulièrement à la même composition. La scène ne change pas, mais les personnages, les gestes et l’atmosphère, oui. Il crée ainsi une série où prédominent tantôt le physique, tantôt la mélancolie ou l’exagération. »

On y trouve des photos emblématiques telles que Les Amants ou Life, mais aussi des clichés moins connus avec des enfants, des portraits de famille stylisés ou des photos avec des costumes historiques. « Le style de Saudek ne vieillit pas, car il n’a jamais été moderne. Mais c’est précisément là que réside la force de ces œuvres », souligne en conclusion le chroniqueur de Deník N.