En Tchéquie, l’archéologie expérimentale au service du plus vieux puits du monde

La réplique d’un puits néolithique en bois, considéré comme le plus vieux au monde

Mis au jour en 2018 près du village d’Ostrov, dans la région de Pardubice, lors de fouilles préventives réalisées avant la construction de l’autoroute D35, un puits néolithique en bois, considéré comme le plus vieux au monde, vient de se voir confectionner une réplique, grâce à l’archéologie expérimentale.

A quoi ressemblait un puits en bois construit par les premiers agriculteurs européens il y a plus de sept millénaires ? Pour tenter de répondre à cette question, des chercheurs tchèques viennent d’en réaliser une réplique grandeur nature dans l’Archéoparc de Všestary, près de Hradec Králové. La particularité de ce projet est qu’artisans et archéologues ont utilisé exclusivement des techniques et des outils inspirés du Néolithique, afin de reproduire le plus fidèlement possible l’un des objets archéologiques les plus exceptionnels jamais découverts en Tchéquie.

Car aujourd’hui, l’archéologie expérimentale est une discipline indispensable et incontournable de la science. En reconstituant l’utilisation et la fabrication d’un objet pour en déterminer les méthodes d’usage, cette méthode permet de valider (ou pas) des théories mais aussi et surtout de comprendre mieux le passé lointain de nos ancêtre, au-delà des limites de la recherche et de la simple déduction.

La réplique s’inspire directement du puits mis au jour en 2018 près de Pardubice : à l’époque, la nouvelle de la découverte du plus ancien puits en bois au monde avait été signalée par de nombreux médias étrangers également : une datation très précise grâce à la dendrochronologie avait permis de le situer à 5 526 ou 5 255 avant J.-C. Ainsi ce qui semblait d’abord n’être qu’une structure en chêne remarquablement conservée s’était révélée être une découverte majeure pour l’archéologie mondiale.

L’ouvrage lui-même est relativement modeste : une structure carrée d’environ 80 centimètres de côté et de 1,40 mètre de hauteur. Pourtant, sa conception a surpris les spécialistes. Les quatre poteaux d’angle comportent des rainures dans lesquelles ont été insérées des planches soigneusement ajustées. Or, jusqu’à cette découverte, ce type d’assemblage était généralement associé à des périodes beaucoup plus récentes, comme l’âge du bronze ou même l’époque romaine.

Les outils utilisés pour la fabrication de la réplique | Photo: Kateřina Procházková,  Musée de Bohême de l’Est de Pardubice

Pour les archéologues, cette réalisation démontre que les communautés néolithiques possédaient déjà un savoir-faire technique bien plus avancé qu’on ne l’imaginait. Les artisans ne disposaient pourtant que d’outils en pierre, en os ou en bois. Malgré cela, ils ont réussi à tailler avec précision de lourdes pièces de chêne et à concevoir une structure suffisamment solide pour résister pendant des millénaires puisque son âge est estimé à quelque 7 300 ans !

Photo: Zuzana Boučková,  ČRo

Et c’est là qu’intervient la magie de l’archéologie expérimentale car les chercheurs ont voulu tester cette maîtrise technique par eux-mêmes. En reconstruisant le puits dans des conditions proches de celles du Néolithique, avec des outils similaires, ils cherchent à mieux comprendre les méthodes employées par les premiers agriculteurs installés sur le territoire de l’actuelle Tchéquie. L’archéologie expérimentale permet ainsi de vérifier concrètement combien de temps nécessitait la fabrication d’un tel ouvrage, quelles compétences il était indispensable de maîtriser et quelles difficultés les constructeurs de l’époque ont dû surmonter.

La découverte de ce puits a également apporté de précieuses informations sur la vie quotidienne de ces populations néolithiques. Des analyses microscopiques ont permis d’identifier des restes végétaux et des traces de céréales. Les chercheurs y ont notamment relevé les plus anciennes preuves connues dans le pays de la présence de pavot et de lin. Ces indices sont le témoignage d’une agriculture déjà diversifiée et d’une exploitation organisée de la terre.

Construction d'une réplique d'un puits néolithique | Photo: Kateřina Procházková,  Musée de Bohême de l’Est de Pardubice

Le remarquable état de conservation du puits s’explique par les conditions particulières dans lesquelles il est resté enfoui pendant plus de 7 000 ans. L’humidité et l’absence d’air sont des conditions favorables à la conservation du chêne qui, d’une certaine façon, ont permis de le fossiliser. C’est ce qui explique que le bois retrouvé était très dur et résistant. Mais une fois extraits du sol, les vestiges sont toutefois devenus extrêmement fragiles.

Photo: Zuzana Boučková,  ČRo

Pour conserver l’artefact, les restaurateurs ont tout d’abord nettoyé chaque élément avant d’immerger le bois pendant seize mois dans une solution à base de saccharose. En en faisant une sorte de friandise, le sucre a progressivement remplacé l’eau contenue dans les fibres, empêchant ainsi qu’elles ne se rétractent au séchage. Après cette étape, les différentes pièces ont encore dû sécher pendant près d’un an. Au total, cinq scientifiques ont participé à ce travail de fourmi destiné à sauver cette pièce unique du patrimoine mondial.

Restauré, le puits original sera, à terme exposé au Musée de Bohême orientale de Pardubice. Quant à sa réplique de Všestary, elle offre au grand public une occasion unique de visualiser de manière très concrète une technologie vieille de plus de sept millénaires.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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