Énergie : la Tchéquie mise sur le développement des petits réacteurs nucléaires modulaires

Visualisation des petits réacteurs nucléaires modulaires

Un petit pas pour le développement de l’industrie nucléaire, un grand pas pour l’histoire énergétique de la République tchèque, selon son ministre de l’Industrie. Bien que leur utilisation pour la production d’énergie en soit toujours au stade de projet d’avenir, le gouvernement tchèque souhaite stimuler le développement et la construction future de petits réacteurs nucléaires modulaires dans le pays. C’est dans ce cadre que deux accords clés avec le groupe énergétique ČEZ et la société britannique Rolls Royce SMR ont été signés en fin de semaine dernière à Prague.

Un horizon relativement proche et lointain tout à la fois. Très incertain encore aussi, mais si tout se passe comme l’espère aujourd’hui le gouvernement tchèque, le premier petit réacteur modulaire (PRM) pourrait être mis en service en République tchèque dans la seconde moitié des années 2030.

Karel Havlíček | Photo: Ministère de l’Industrie et du Commerce

C’est avec cet objectif en tête qu’un un protocole d’accord visant à promouvoir le développement de ces unités de petite taille et de faible puissance en République tchèque a d’abord été passé avec ČEZ, société énergétique dont l’État tchèque est l’actionnaire majoritaire.

Un accord suivi de la finalisation, vendredi 24 avril, d’un autre contrat portant lui sur les travaux préparatoires en vue du développement de cette alternative technologique également à moindre coût, cette fois avec la société britannique Rolls-Royce SMR (« small modular reactor »). Deux signatures dont s’est vivement réjoui le ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, Karel Havlíček :

« Nous sommes prêts à mettre en place les instruments financiers nécessaires pour qu’un petit réacteur modulaire, et je préfère même dire ‘des réacteurs’, puisse voir le jour dans notre pays. L’année prochaine, nous déciderons de la suite que nous entendons donner au programme nucléaire  à la centrale de Temelín et nous commencerons à préparer logistiquement ce que nous entendons y construire. Mais les petits réacteurs modulaires ne se limitent pas à la République tchèque. En collaboration avec le Royaume-Uni, la société Rolls-Royce SMR et ČEZ, c’est l’Europe que nous voulons conquérir ! »

Avec le projet d’agrandissement de Dukovany, un des deux centrales existantes dans le pays, où deux nouveaux grands réacteurs traditionnels devraient être construits par la société coréenne KHNP, l’énergie nucléaire rêvet une importance stratégique pour l’avenir de la République tchèque. C’est toutefois à la centrale de Temelín, en Bohême du Sud, que ce premier PRM sur le sol tchèque devrait être installé.

Rolls-Royce SMR et ČEZ, qui détient 20 % des parts de la société britannique, ont conclu un partenariat stratégique qui vise à définir le modèle d’investissement et le financement des projets de PRM avec pour objectif de déployer, à plus long terme, jusqu’à 3 gigawatts d’électricité en République tchèque. Dans le cadre de ce contrat de travaux préliminaires, les études de conception spécifiques au site, qui incluent les démarches administratives et les diverses autorisations nécessaires, débuteront parallèlement aux travaux d’infrastructure préliminaires déjà en cours sur le site de Temelín.

Centrale nucléaire de Temelín | Photo: ČEZ

Le PRM de Temelín, dont le prix n’a pas encore été défini, sera le deuxième projet du genre du développeur britannique au monde. Avant cela, c’est sur le site de Wylfa, au pays de Galles, que les premières unités de Rolls-Royce SMR verront le jour. Si l’un des principaux avantages de ces petits réacteurs est qu’ils peuvent être fabriqués en série dans des usines, puis regroupés progressivement, bloc par bloc, à l’endroit de leur montage et de leur installation, les préparatifs et la mise sur pied des projets précédant leur réalisation n’en restent pas moins particulièrement longs, comme l’explique Jiří Duspiva, expert du Centre de recherche de Řež, un site qui, à quelques kilomètres au nord de Prague, constitue le centre stratégique de la recherche nucléaire en République tchèque :

Jiří Duspiva | Photo: Kateřina Cibulka,  ČRo Plus

« En règle générale, la réalisation de grands réacteurs est un processus long. Et si nous construisons la même technologie, simplement en plus petit, et c’est ce que sont ces PRM à eau légère, nous sommes soumis de facto à la même législation. Autrement dit, la phase préparatoire, la documentation et tout ce qui précède la réalisation des travaux ne nécessitent pas beaucoup moins de temps que pour un réacteur conventionnel. La technologie est similaire, une des principales différences est une puissance forcément moindre. »

C’est précisément en raison de la longueur de ces procédures que la mise en service d’un premier PRM en République tchèque, initialement envisagée pour la première moitié des années 2030, a d’ores et déjà été repoussée de quelques années.

À plus long terme, selon le président-directeur de ČEZ, Daniel Beneš, outre Temelín, le développement de ces PRM pourrait permettre leur installation également sur d’autres sites dans le pays, là où se trouvent actuellement des centrales thermiques au charbon. Un moyen pour aider la République tchèque à se débarasser de sa dépendance aux combustibles fossiles tout en lui permettant de diversifier son bouquet énergétique et de renforcer son niveau de sécurité énergétique et de compétitivité.