Erasmus + : « La Tchéquie est un pays d'accueil »

La République tchèque, en tant que présidente du Conseil de l’Union européenne, a accueilli cette semaine la réunion des principaux représentants des agences internationales du programme Erasmus, afin de discuter des enjeux actuels de ce programme. Sébastien Thierry, qui dirige l’agence Erasmus + France, et Michal Uhl, directeur de l’agence Erasmus de Tchéquie, a répondu aux questions de RPI.

Sébastien Thierry : « Je dirige l’agence Erasmus + France, qui est chargée par la Commission européenne de mettre en œuvre le programme Erasmus sur le territoire français, c’est-à-dire la métropole et les départements d’outre-mer, et donc de permettre aux étudiants, aux apprentis, aux élèves, aux enseignants, aux formateurs, de pouvoir effectuer un séjour à l’étranger avec Erasmus +, en mobilité d’études, en mobilité d’observation, ou en mobilité de stage - tout le programme Erasmus +. Et pour les évènements je vais laisser mon ami et collègue Michal les présenter, puisque ce sont nos collègues de la République tchèque qui nous accueillent ici à Prague. »

Michal Uhl : « Je suis le directeur de l’agence Erasmus de la République tchèque. On a la présidence européenne à la suite de la France et avant la Suède ; on organise donc un évènement où tous les directeurs et directrices de toute l’Europe arrivent ici à Prague, et on discute de tout ce qui concerne le programme, les problèmes, les obstacles, et le futur programme qui va être mis en place après 2027. »

Est-ce que vous pouvez nous expliquer la différence entre Erasmus et Erasmus + ?

Sébastien Thierry : « En 2014 est né le programme Erasmus +. En fait il s’agit d’un programme qui agrège différents programmes qui existaient avant, programmes européens de mobilité, de coopération européenne et internationale. Et parmi ces programmes qui existaient avant, il y avait le programme Erasmus. Donc Erasmus +, c’est plus qu’Erasmus ! »

Donc c’est une continuité du programme Erasmus ?

ST : « C’est une sorte de continuité du programme Erasmus, et un élargissement puisqu’Erasmus c’était le programme pour l’enseignement supérieur. Erasmus + concerne l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, l’enseignement scolaire, l’éducation des adultes, la jeunesse et le sport. C’est toutes ces dimensions. »

Maintenant on voit que le programme s’ouvre à d’autres destinations qu’européennes, est-ce que c’est votre rôle de vous en occuper et comment cela fonctionne concrètement

MU : « Dans le nouveau programme qui date de 2021, on a la possibilité d’envoyer des étudiants à l’étranger, c’est-à-dire à l’étranger hors de l’Europe, et c’est à peu près 20% dans le budget classique dans le secteur des universités. Les écoles utilisent beaucoup cette possibilité, les étudiants sont souvent en Asie, en Amérique etc. »

Concrètement quand vous parlez de budget, en quoi cela consiste ?

Michal Uhl | Photo: Ondřej Tomšů,  Radio Prague Int.

M.U « Le budget d’Erasmus dans la période 2014/ 2020, on a eu 14,7 milliards d’euros pour l’Europe, et dans le budget 2021/ 2027, on a 26 milliards d’euros pour toute l’Europe. »

Et par conséquent, cet argent, c’est pour financer les universités ? Comment est-ce que la bourse fonctionne ?

M.U : « Cet argent est distribué aux universités, aux écoles, c’est-à-dire aux écoles qui proposent une candidature au sein de l’agence, et reçoivent de l’argent utilisé pour les mobilités, c’est-à-dire que cet argent est utilisé pour les mobilités des étudiants, des enseignants, qui vont à l’étranger pendant une certaine période. »

La Tchéquie, une destination en hausse pour les Français

Pour les étudiants français, quelle est l’importance des universités tchèques dans les programmes Erasmus ?

ST : « Alors la première destination des étudiants français, je pense que ça ne surprendra pas forcément, c’est l’Espagne. Mais suivie d’assez près de l’Allemagne, de l’Irlande. Beaucoup moins du Royaume-Uni désormais, puisque le Royaume-Uni est sorti de l’Union européenne, et du programme Erasmus +, c’est leur choix, ils auraient pu y rester.

Photo illustrative: javier trueba,  Unsplash

La République tchèque, en l’occurrence, est une destination qui est un peu moins fréquentée, c’est aussi un pays qui est un peu moins important que l’Espagne ou l’Allemagne, donc pas forcément autant de possibilité de mobilité, mais surtout ce que l’on observe qui est très positif, c’est que les étudiants français, les apprentis français, sont chaque année, plus nombreux à venir en République tchèque, pour une année d’étude ou pour un stage de quelques semaines ou de quelques mois. Donc c’est une destination qui attire, c’est plutôt un constat positif que l’on peut faire. »

Est-ce qu’il y a des universités très réputées ici qui offrent des très bonnes formations ?

L’université Charles à Prague | Photo: Khalil Baalbaki,  ČRo

M.U « Je crois que l’université de Charles est l’une des plus célèbre universités en République tchèque, mais aussi les universités techniques sont très bien reconnues. C’est-à-dire qu’on a des universités en Bohême, en Moravie, qui acceptent chaque année des étudiants de France. Et au niveau du classement, c’est-à-dire le top dix des pays au niveau de ceux qu’on accueille, la France est au cinquième rang. C’est-à-dire, qu’en numéro un ce sont les Slovaques, après les Turcs, les Espagnols, les Polonais et les Français. C’est-à-dire que c’est l’un des pays où l’on reçoit le plus grand nombre d’étudiants en Tchéquie. »

ST : « Moi ce que je peux dire c’est que la dernière fois que je suis venu à Prague c’était il y a presque trente ans, donc à une période où la République tchèque venait de s’ouvrir au monde occidental. J’y reviens maintenant et je suis ébloui par ce que je vois. Je pense que cela joue énormément en fait dans l’attractivité d’une destination, le fait qu’on ait un pays où on se sent bien, une capitale qui sait accueillir et cela fait la réputation d’un pays. Cela peut être un facteur d’explication de cette attirance croissante des Français pour la destination tchèque. »

M.U : « Le nombre d’étudiants qui partent dans le secteur des universités chaque année est d’à peu près 8 000 et le nombre d’étudiants qui arrivent en Tchéquie est de 11 000. C’est-à-dire que la Tchéquie est un pays d’accueil, parce que l’on est aussi au centre de l’Europe, tout est prêt, et le niveau de vie est à un bon niveau. Les prix sont, pour la majorité des étudiants plus accessibles qu’en Finlande, qu’en Irlande, ou en Allemagne. »

Photo illustrative: L’Université Hradec Králové

Erasmus + pour plus d'inclusion 

Est-ce que vous pouvez parler plus précisément du programme Erasmus mais en République tchèque cette fois ?

M.U : « Toutes les écoles supérieures sont dans le programme, maintenant avec le budget que l’on a, on est capable d’intégrer à peu près 15% de la population. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup d’écoles qui participent au programme, dans toutes les villes de Tchéquie. »

Et est-ce que vous voyez beaucoup d’étudiants tchèques partir à l’étranger, et est-ce que cela se démocratise de plus en plus ?

Photo illustrative: Lucie Fürstová,  ČRo

« Oui. Parce que l’une des priorités du programme dans cette période, c’est-à-dire la période 2021 jusqu’à 2027, c’est l’inclusion. Et on travaille dans le réseau des agences très fort pour que le programme soit inclusif. C’est-à-dire que l’on s’ouvre même aux personnes qui, dans la période précédente, n’auraient pas pu accéder au programme. Et maintenant je crois que l’on a fait des grands efforts, on démocratise le programme, pour que tout le monde puisse participer. »

Est-ce que pour les étudiants français, assez connus dans le passé pour ne pas avoir un très bon niveau de langue, peuvent avoir des problèmes d’ordre linguistique pour le programme Erasmus, ou au contraire justement ils sont plus amenés à essayer de progresser en langues ?

ST : « Ce que l’on observe dans les chiffres pour le coup parce qu’on a pu le mesurer, c’est que les français sont très mobiles et très demandeurs d’expériences en Europe, et plus largement à l’international. Donc penser que les français préfèrent rester chez eux, parce qu’ils ne parlent pas les langues, ce n’est pas ce que l’on constate dans les chiffres.

Photo illustrative: cottonbro,  Pexels

Cela étant dit, le point qui nous importe ici, c’est exactement celui que soulignait Michal, c’est : de qui parle-t-on ? Parce que dans un pourcentage évidemment vous avez des gens qui ont peut-être un peu plus de facilités que d’autres. Or, ce qui nous intéresse ici, c’est plutôt les étudiants, les apprentis, les élèves, qui ont moins d’opportunités. C’est eux que l’on va s’efforcer d’encourager, d’accompagner, pour qu’ils puissent avec Erasmus + avoir une expérience, qui pour certains va changer leur vie. Donc ceux qui justement ont un niveau de langue par exemple qui est insuffisant, ou des résultats scolaires qui sont insuffisants, qui sont issus de famille avec très peu de moyens. Ces personnes-là, on va essayer vraiment de les accompagner, de façon renforcée, pour qu’ils puissent accéder au programme. Et à partir de là, ils feront comme les autres, c’est-à-dire qu’ils auront envie de partir. Une première expérience qui est réussie, même si elle dure une semaine/ dix jours, cela amène à d’autres expériences plus longues, et donc à s’ouvrir sur le monde. »

De plus en plus de programmes en anglais

Comme la République tchèque n’est pas anglophone, est-ce que vous pensez que cela attire moins pour des personnes qui voudraient améliorer leur niveau en anglais ou en espagnol, en langues plus courantes ?

ST : « Il y a là aussi un effet qui est à déconstruire, c’est que la langue serait un obstacle. C’est un obstacle qui est perçu, presque un prétexte pour se dire ‘je n’ai pas envie de partir’. Dans la réalité, tout ceux qui sont partis, même avec un niveau de langue insuffisant, s’en sortent et vivent une expérience assez incroyable.

Photo illustrative: Tulane Public Relations/Wikimedia Commons,  CC BY 2.0

C’est d’autant plus vrai par exemple pour des jeunes de la formation professionnelle, qui effectuent un stage et qui ne parlent pas forcément la langue, donc le tchèque, le polonais, le suédois, le finnois, que sait-je ; ou voire l’anglais dans certains cas, lorsqu’ils sont sur le lieu de stage, ils ont un autre langage, qui est le geste professionnel. Et cela marche. Et bien souvent pour entrer en communication, on se rend compte que l’on arrive à se débrouiller de cette façon-là. Après ce que l’on voit de plus en plus dans les pays, alors je ne connais pas le cas de la République tchèque, peut-être que Michal pourra préciser, en tout cas dans les pays surtout scandinaves, ou Europe centrale et orientale, c’est notamment pour l’enseignement supérieur de plus en plus de formation qui sont en anglais. Justement parce que cela permet d’attirer d’avantage d’étudiants donc cela renforce aussi l’attractivité du pays en tant que tel. C’est un effort qu’il faut saluer de la part de ces autorités éducatives que de développer ces cursus en anglais pour d’avantage ouvrir la destination. »

Photo: Faculté de médecine de l’Université Charles de Hradec Králové

M.U : « Si quelqu’un veut étudier dans le cadre d’un Erasmus en République tchèque, il peut le faire en anglais, c’est une chose qui est très courante. Et sinon si quelqu’un veut étudier tout le programme, toute la formation en anglais, il en a aussi la possibilité. On a plus de 1000 programmes en Tchéquie où l’on peut étudier en anglais. On a aussi des Américains ou d’autres nationalités qui arrivent en Tchéquie et ils font des études de médecine, les six ans d’études de médecine en anglais, et c’est assez courant. »