Fêtes de Pâques

r_2100x1400_radio_praha.png

Bienvenue à l'écoute de cette émission spéciale consacrée aux fêtes de Pâques et présentée par Alain Slivinsky et Jarka Gregorova.

Pâques est, en République tchèque comme ailleurs, la plus importante fête chrétienne. Pour beaucoup, elle symbolise aussi le retour du printemps, une renaissance de la nature, une nouvelle vie. Le régime communiste inclinait à ramener le sens de la fête de la résurrection de Jésus-Christ à une simple tradition ethnique. Pourtant, il n'a pas réussi à imposer cette image dans l'esprit des Tchèques. Le sens profond de Pâques a été effacé, sans tomber vraiment, dans l'oubli général.

Le lundi de Pâques est lié, depuis toujours, à tout un éventail de coutumes et de traditions. Beaucoup d'entre elles sont tombées dans l'oubli, d'autres connaissent une certaine renaissance, surtout à la campagne. Voyons donc un peu les traditions du temps de nos grand-mères et arrière-grand-mères marquant la semaine de la Passion.

Le dimanche des Rameaux, appelé également Pâques fleuries, les villageois endimanchés, de tout âge, prenaient le chemin de l'église. Chacun serrait dans les mains les premiers rameaux printaniers, symbolisant l'entrée du Christ à Jérusalem, pour les faire bénir. Les chatons de saule, de marsault ou quelques branchettes de staphylier, entouré de lierre, étaient ramenés au logis après avoir été bénis. Chacun gardait les rameaux chez soi jusqu'au premier mai. Le soir, la fermière bénissait son logis, faisant le tour de la maison, de l'étable et du jardin avec les rameaux dans la main. Elle priait Dieu de protéger sa famille et la ferme du mal. Le fermier, éparpillait les chatons émiettés dans les champs tout en priant Dieu pour avoir une bonne récolte. Chaque membre de la famille accomplissait un acte différent avec les rameaux qu'il avait fait bénir.

Que ce passait-il le Jeudi saint?

En Bohême, on l'appelle Jeudi vert. Ce nom est inspiré par le fait que Jésus Christ aurait mangé avec ses disciples une salade confectionnée d'herbes printanières à la cène. Or, le jeudi vert, on mangeait en Bohême du chou, des pois et des soupes préparées à base des premières herbes printanières. Les herbes étaient éventuellemnt additionnées aux sauces. Le mode d'assaisonnememt diffère des endroits. En Silésie on utilise le cresson, dans la région des Monts des Géants la livèche, dans d'autres régions l'achillée, appelé également le saigne-nez ou les feuilles de fraisier. Les ortilles fraîches restent toujours l'herbe la plus courrante. Voilà une tradition qui persiste encore aujourd'hui, dans certaines régions.

Comme on le sait, le Jeudi saint, les cloches s'envolent à Rome en signe de deuil. Dans le temps, on attachait les cloches pour les empêcher de sonner. Le son des cloches était remplacé par le bruit des crécelles. Très différent du son des cloches, mais c'est une question d'habitude. Le Jeudi saint, les ménagères confectionnent encore aujourd'hui, des pâtisseries appelées judas. Les judas sont une sorte de brioches en pâte levée, de différentes formes. Dans certaines régions, les judas ont la forme de la corde fatale, à laquelle Judas s'est pendu après avoir trahi Jésus-Christ.

Une autre tradition assez interéssante est liée au Jeudi saint. Il s'agit de La poursuite de Judas. Le jeu consistait à choisir un garçon, de préférence aux cheveux roux, pour représenter Judas. Le garçon était vêtu d'un manteau de fourrure retourné à l'envers, le visage noircit de suie, coiffé d'un chapeau noir. Judas s'enfuyait depuis l'église, au cimetière, sur la place et dans les champs. Lorsqu'on l'attrapait, les autres faisaient résonner les crécelles au-dessus de la tête du garçon masqué en Judas en chantant : Judas, Judas qu'as-tu fais, tu as trahi Jésus-Christ, tu l'as livré aux Juifs... Ce jeu ne s'effectue pratiquement plus.

Le Vendredi saint, le jour des miracles...

Au moment où l'on commence à chanter la Passion à l'église, les montagnes et les rochers de la Bohême et de la Moravie s'ouvrent pour offrir les trésors enfouis dans les profondeurs des roches. Toute personne peut entrer à l'intérieur des montagnes et se servir à sa guise. Il faut pourtant bien surveiller l'heure car les montagnes se referment au dernier son de la chanson de Passion. Malheur à celui qui s'attarderait par lésinerie ou poussé par une trop grande envie de richesse! Il restera enfermé à l'intérieur de la montagne jusqu'au prochain Vendredi saint. La question se pose de savoir si la personne serait encore en vie.

Le Vendredi saint, les gens en Bohême et en Moravie procédaient aux ablutions à la mémoire du nettoyage des plaies du Christ. Ils se lavaient les mains, les pieds, le visage, parfois le corps entier dans les cours d'eau, pour être en bonne santé. Cet acte devait les protéger contre la gale, l'épilepsie, la jaunisse, les taches de rousseur, conserver la beauté, une chevelure abondante et un joli teint. Oui, certes, l'eau était encore plutôt fraîche, mais les gens étaient plus endurés à l'époque. Les villageois faisaient de même avec les chevaux, le bétail, les ustensiles en bois.

Le Vendredi saint a éte depuis la nuit des temps, en Bohême et en Moravie, considéré comme jour propice pour la collecte des plantes médicinales, destinées également à la Magie blanche.

Jeudi saint et Vendredi saint sont liés encore à une tradition très ancienne concernant Judas : le Supplice du feu de Judas. Ce jeu religieux est probablement le plus ancien jeu de Pâques en Bohême. Le Jeudi saint et le Vendredi saint, des jeunes garçons munis de crécelles et de claquettes, se réunissaient devant la tour de l'église et observaient attentivement l'horloge. La porte de l'église était fermée et un ou plusieurs adolescents enfilaient le costume de Judas. Le costume consistait à attacher du foin autour du corps avec des cordes. Par-dessus, les garçons enfilaient un drap blanc. Lorsque l'horloge sonnait quinze coups, Judas sortait de l'église en courant. Les autres se lancaient à sa poursuite faisant tourner les crécelles et chantaient une chanson inculpant les Juifs de la mort de Jésus-Christ. Le garçon habillé en Judas fuyait en direction du cimetière, le but du trajet. Si une chapelle se trouvait sur le chemin, tout le monde s'arrêtait, récitait le Notre père et Je vous salue Marie. Puis, Judas continuait sa course, poursuivit par les autres garçons chantant toujours la même chanson. Arrivé au cimetière, Judas sautait par-dessus le mur, assez bas, à l'époque. Les autres faisaient pareil. Au cimetière, ils se jettaient sur Judas, lui arrachait le costume et brûlaient l'habit. Les plus téméraires sautaient par-dessus le feu. Pareil à la Poursuite de Judas, cette tradition est très rare, aujourd'hui.

Les traditions du Samedi saint, en Bohême, ne sont pas moins intéressantes. En Bohême, le Samedi saint est appelé Samedi blanc, en raison de la tunique blanche que portaient jadis les gens qui désiraient se faire baptiser. Le Samedi blanc est le jour du retour des cloches de Rome; on glorifie le feu nouveau et la lumière. On allumait alors, le matin, un feu en plein air, devant l'église ou au cimetière. Le feu, appelé également le feu de Pâques, brûlait du matin à midi. Le feu servait à allumer le cierge pascal avec lequel s'allumaient les autres bougies portées par les croyants et appelées les petits judas. Ensuite, les croyants entraient avec les bougies à l'église assombrie.

Dans le contexte du Samedi saint en Bohême, il est important de parler d'une tradition purement religieuse appelée la Barbe de Judas. Le prêtre attachait un bout d'étoupe à une barre de fer qu'il fixait sur la chaire et, pendant la messe, chantait : Voyez donc la gloire éphémère de ce monde. Dans certaines régions, on brûlait la barbe de Judas, après la messe. La barbe de Judas symbolisait la fugacité du monde.

Voyons maintenant un peu une petite tradition populaire lointaine. Le soir du Samedi saint, les garçons couvraient le chemin menant de leur maison au logis de leur bien-aimée avec du sable, des sciures de bois, des balles d'avoine ou du fourrage haché. Le matin, la jeune fille se levait très tôt pour balayer le chemin, avant que quelqu'un d'autre le découvre. Plus tard, la sciure de bois et autres, ont été remplacés par des signes comme des coeurs, des inscriptions, des flèches, faites le plus souvent avec de la chaux.

Le dimanche de Pâques, il était interdit de travailler, de laver la vaisselle, de faire le lit…à l'exception de nourrir le bétail. Ce jour là, les chrétiens amenaient à l'église des paniers remplis de nourriture pour les faire bénir. Les écrits du 15ème siècle indiquent que les prêtres bénissaient différents aliments comme l'agneau de Pâques, le poisson, le lard, les oeufs, le lait, en plein air. La coutume de l'oeuf béni, appelée précisément la coutume du partage égal et de l'ingestion de l'oeuf bénit en commun, a résisté jusqu'à nos jours. Au retour de l'église, la famille se réunissait à table, avant le déjeuner. Tout le monde faisait la prière, debout, puis chaque membre mangeait une part d'oeuf. Cette coutume symbolisait la foi en la cohésion en famille et la recherche de la bonne voie.

Enfin le lundi de Pâques, tant attendu! Les plats délicieux et les oeufs, si beaux et si joliment décorés!…Sans oublier l'arrosage, coutume si amusante, pratiquée comme la peinture des oeufs, jusqu'à présent. L'arrosage est typique surtout en Moravie. Tôt le matin, les garçons arrivent dans la maison où habite une jeune fille et l'asperge d'eau froide ou la jettent carrément dans l'eau. En fait, c'est le symbole de la fraîcheur. En Bohême, la préférence est de battre les femmes avec des verges tressées en une épaisse tige avec des rameaux d'osier ou de saule. Les jeunes filles sont battues pour rester en bonne santé et gaies, les vieilles filles pour qu'elles rajeunissent, mais pour les vieilles filles cela n'a pas trop de succès.

Peu de gens savent, aujourd'hui, ce que c'était le rire de Pâques ou de la Passion (risus pachialis). La semaine de la Passion était une semaine où il fallait garder son sérieux. Une fois terminée, les gens avaient envie de rire. Les prêtres ajoutaient, alors, au sermon des histoires drôles pour amuser les gens et le rire provoqué par les histoires du prêtre se nommait le rire de Pâques.

Nous espérons, chers amis à l'écoute, que les Fêtes de Pâques ont été, pour vous, une succession de plaisir et de joie.