Florianna Kudrnová : « À quatorze ans, je savais déjà que je ne pourrais pas vivre en Tchécoslovaquie »
« À l’école, certains garçons me traitaient de pute française. J’avais huit ans et c’était en pleine guerre d’Algérie. Quand j’avais quatorze ans, la jeunesse communiste de ma ville me demandait d’accompagner des délégations françaises qui venaient en Tchécoslovaquie », se souvient Florianna Kudrnová, fille d’une mère franco-polonaise et d’un père tchèque qui dirigeait la Chambre de commerce de Plzeň, jusqu’à sa fermeture en 1950. Comme ses parents, Florianna a subi la pression du régime communiste. À treize ans, elle voyage seule en France pour rendre visite à sa famille. Deux ans plus tard, en septembre 1965, alors qu’elle se trouve de nouveau à Paris, la jeune fille décide de ne plus retourner en Tchécoslovaquie. Elle sera rejointe par sa mère quelque temps plus tard.
Soixante ans après cette décision qui a bouleversé sa vie, Florianna vit toujours dans la région parisienne, à Ivry-sur-Seine. C’est de là qu’elle nous raconte son parcours hors du commun : celui d’une mère divorcée de deux fils, mais aussi d’éducatrice spécialisée dans des foyers de jeunes, d’interprète ou encore d’amie de Pavel Tigrid, grande figure de l’exil tchèque.
Extrait :
« Ma mère m’a rejointe à Paris à l’automne 1966 après avoir reçu l’autorisation de quitter la Tchécoslovaquie. Avant cela, j’avais été prise en charge par nos amis et travaillais comme fille au-pair tout en suivant des cours de français. Ma mère a ensuite trouvé, par l’intermédiaire des Tchèques de l’association Sokol, un poste de comptable dans une entreprise basée à Versailles qui était dirigée… par un Tchèque de Plzeň ! Moi-même, je travaillais comme vendeuse et faisais des photos de mode - c’étaient les débuts du prêt-à-porter. Cela ne m’amusait pas follement, mais ça payait bien. J’étais souvent au Quartier Latin et sortais beaucoup. Personne n’a jamais contrôlé mes papiers… J’avais une autorisation de séjour qu’il fallait renouveler tous les trois mois à la préfecture de police. J’avais seize ans et j’étais indépendante…. Via une amie, j’ai rencontré un jeune dessinateur industriel français d’origine italo-espagnole. Pour régler ma situation, nous nous sommes mariés, j’avais dix-sept ans et demi. »
« Aujourd’hui encore, je continue de penser en tchèque. Je me sens profondément tchèque, pas vraiment française, car ma mère, il ne faut pas l’oublier, était une Polonaise née en France. Elle aussi avait émigré. Pour moi, la France est un pays d’accueil. J’aurais des difficultés à vivre en Tchéquie, et ce, pour une seule raison : à Paris, je vis avec le monde entier. »










